Coxinhell Studio

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Scènes

Idem / Picore / Aucan

Idem - Photo : Marylene Eytier
Divan du Monde (Paris), le 22 novembre 2011
Sainte Cécile peut être heureuse. La sainte patronne des musiciens a reçu un vibrant hommage auquel elle ne s’attendait certainement pas. Ses protégés ont célébré la date au Divan du Monde dans une orgie de décibels. Le plateau fêtait également les sorties respectives des albums de chaque formation ; l’occasion de faire un tour d’horizon sur l’actualité noise-électro.

Une scène à laquelle les Nantais d’Idem (voir article dans le N°62 du magazine) appartiennent dorénavant « cordes et âmes ». Exit le carcan novo-dub français, la tendance prise depuis « The Sixth » se prolonge sur leur dernier album. On a pu découvrir leur nouvelle installation live ou le ballon laisse désormais place à un écran panoramique en fond de scène et un jeu de lumière minimaliste, mais efficace. L’attention se focalise plus sur le groupe du coup. Pendant que Vincent terrasse les futs de sa batterie avec savoir-faire, Pitch telle une créature gothique aimante notre regard par ses gesticulations et sa voix abyssale. Sa présence sur scène apporte d’ailleurs tout le côté obscur du groupe. Quand le quatuor se fait trio pour quelques instrumentaux, c’est plus le pendant noise qui domine. Pas facile de débuter un set à 19 h 20 mais l’envie de ces quatre-là a su remplir progressivement la salle.

Après un long changement de scène, Picore a entamé la prestation la plus expérimentale de la soirée. Les pensionnaires de JFX se sont livrés à un concert proche de la performance d’art contemporain. Jonchés au milieu d’instruments de toutes sortes, de la batterie classique aux machines, en passant par la scie circulaire et la clarinette, les six membres de Picore ont déversé sur un public nombreux les torrents d’un free-rock tribal, enrubanné d’influences orientales. L’approche libertaire de leur musique se traduisait aussi dans leur jeu scénique. Le chanteur invoque ses psaumes cabalistiques à genoux quand il saisit soudain un extincteur dont il déverse le contenu sur un de ses acolytes. L’image reste gravée tout autant que celle du dernier titre, où à l’abri sous un drap ignifugé, la victime de l’extincteur prenait sa revanche en envoyant des jets d’étincelles au visage du chanteur. Un concert surprenant visuellement plus que musicalement où l’on tournait parfois en rond.

Ce sont les Italiens d’Aucan qui ont eu la lourde tâche de passer après Picore. Question présence scénique, il semblait difficile de rivaliser. Leur installation d’abord plutôt rigide – une batterie en fond de scène encadrée par deux trépieds de claviers et de machines a l’avant – n’a pas empêché nos amis transalpins de jouer avec des guitares en les plantant littéralement dans le sol. L’inspiration leur venait-elle du set précédent ? En tout cas, cette sauvagerie rock correspondait bien à leur dubstep d’obédience électrique, qui est en quelque sorte l’équivalent dans leur courant de ce qu’est Pendulum pour la drum’n bass. Bien que très sombre, leur musique libérait une énergie que captait volontiers les danseurs du premier rang.
Alors Sainte Cécile, heureuse ?

Texte : Damien Baumal
Photos : Marylène Eytier


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