
Montréal (Québec), du 16 au 19 novembre 2011
Entre le 5e et le 6e M pour Montréal, toute une métamorphose ! D’abord, une explosion de la programmation : aux « showcases » officiels se sont greffés plusieurs autres, locaux et internationaux, le jour et la nuit… 2011 a été l’avènement du choix à M, car auparavant l’événement n’offrait jamais de concerts simultanés. Électro ou folk? Métal ou chanson? Il a fallu trancher.
Suite à la perte, fin 2010, de la principale salle du festival (le Cabaret du musée juste pour rire), M pour Montréal a choisi de déménager ses activités dans plusieurs autres lieux : la Sala Rosa, la Casa del popolo, le Club Soda, l’Esco, le Quai des brumes… Non sans provoquer une certaine dispersion dans la ville. Cependant, il y a eu l’arrivée massive du public, dans des concerts qui autrefois donnaient l’impression d’être strictement réservés aux membres de l’industrie et de la presse. Cette fois, les spectateurs ont visiblement mieux répondu à l’appel. Des salles combles, quelques vitrines musicales où nous n’avons même pas pu mettre les pieds avec notre accréditation média. Bref : regard partiel sur un festival en pleine mutation, qui diversifie son contenu, ses lieux de diffusion et son public.
M-1
Sans cacher notre déception devant l’annulation du spectacle de Duchess Says, nous sommes quand même déplacés au Café Campus pour une soirée France/Québec très synthé, clairement sous le signe des années 1980. Avec les Français Concrete Knives (très bonne présence sur scène, mélodies d’une simplicité efficace, mais sans révolutionner quoi que ce soit) et Anoraak (véritable pastiche, Phoenix, mais en plus banal). Nous avons été plusieurs à penser que les textes en anglais chantés par des artistes francophones ont décidément moins la cote au Québec… Le beau coup de cœur de la soirée? Claass (et son puissant post-punk électronique : efficace, inhabituel, mais assez accessible pour faire enfin danser les spectateurs. Mais la fin assurée par les bien-aimés montréalais de Creature, qui n’étaient pas montés sur scène depuis un bon moment, n’a pas eu le même effet positif. Ils nous ont paru démodés, plus préoccupés par la pop, moins aptes à créer l’atmosphère festive d’autrefois.
M-2
La performance très tranquille de Daniel Isaiah à notre arrivée à la Sala augurait mal, mais Absolutely Free a rapidement sauvé la mise. Le groupe canadien formé par d’anciens membres de DD/MM/YYYY a ravi la foule avec sa livraison expérimentale très technique aux influences krautrock, même si ce n’est que son tout premier spectacle depuis sa « renaissance ». Un bref aller-retour de l’autre côté de la rue, à la Casa, a permis d’entendre la fin du concert des Islandais For a Minor Reflection (bien, mais vraiment trop similaire à Explosions in the Sky pour piquer notre curiosité).
Cadence Weapon a ensuite garanti une belle surprise : au milieu de contrées résolument rock, son hip-hop a apporté beaucoup de fraîcheur. Il a animé la foule avec confiance, oscillé entre l’humour et le sérieux talent vocal. Un nouvel album marquant devrait sortir bientôt. La pop torontoise de Young Empires a malheureusement mis fin au bal sur une note bien moins enlevée…La foule s’est dispersée, peut-être moins sensible à une pop 80 aussi sucrée après des prestations nettement plus originales.
M-3
Étrange départ avec les brouillons mais intrigants Tonstartssbandht, un duo qui semble jouer ce qui lui plaît, en faisant complètement fi du public. On salue leur originalité bien plus que la solidité de la performance. Nerveux ou je-m’en-foutistes? Plusieurs minutes se sont écoulées avant qu’ils ne touchent leurs instruments. Uncle Bad Touch (rock qui tire sur le garage et n’a rien de propret) n’a pas non plus eu l’effet d’une bombe, mais Parlovr, si. Le trio qui a la faculté de mêler punk et pop a livré une performance plus « accessible » que les dernières vues dans des festivals, mais c’était quand même un réel plaisir. Énergie contagieuse.
Parfait pour mettre la table pour la folie d’Hollerado, quatre amis qui donnent le sourire avec leurs morceaux près de Weezer. Capital de sympathie. Attention aux ballons lumineux qui virevoltent dans la salle. Confettis. Enfin une finale de « showcase » digne de ce nom! Et à minuit, transfert au Club Soda pour un triple spectacle de Plaster, Misteur Valaire et Bran Van 3000 jusqu’à tard dans la nuit.
M-4 – phase 1
C’était le traditionnel après-midi de la Sélection Franco-M, où sont rassemblés tous les groupes qui chantent en français. À nouveau : dommage que cette présentation ait lieu en plein jour le samedi, un moment qui ne sert pas nécessairement tous les artistes au programme. Nous nous y sommes introduits pendant la fin du concert de Karim Ouellet, récemment couronné au GAMIQ pour son album « Plume ». Parfait pour commencer une longue journée de spectacles : pop, rock et reggae… Plus accessible pour les délégations internationales qu’Alaclair Ensemble, « Révélation de l’année » du GAMIQ, qui a succédé avec son hip-hop bien local, habilement greffé sur des « beats » qui raviraient dans une boîte de nuit. Ils ont fait tout un show, mais drôle de choix de présenter Alaclair à 14 h 45 un samedi après-midi.
Après le Bas-Canada, la Nouvelle-Orléans a rencontré le Québec : Canailles, qui se marie aussi très bien avec les atmosphères plus « tardives », a peut-être un peu mieux franchi la « barrière culturelle ». Jimmy Hunt a livré ses chansons avec perfection, puis c’était le retour attendu de Fanny Bloom en solo après l’aventure de la Patère rose. Plus de rythme, une assurance renouvelée, une amélioration de la performance vocale et parfois des airs de Lykke Li. Son premier disque « Apprentie guerrière » devrait arriver en février.
M-4 – phase 2
À peine quelques heures de répit, puis c’était la grande soirée de clôture au Métropolis. Cette année, le programme s’annonçait chargé et solide. Marie-Pierre Arthur a prouvé sa polyvalence avec de nouveaux morceaux qui sortent des sillons de la chanson (nouvel album à paraître bientôt). Les Barr Brothers ont confirmé qu’ils peuvent plaire à un public élargi; les moments où la harpiste Sarah Pagé se laissait aller étaient beaux, beaux, beaux. Comme Marie-Pierre, Ariane Moffatt est venue mettre à l’essai de nouveaux titres qui s’éloignent des chansons qui l’ont fait connaître. C’était électro, dansant, audacieux… Elle les a livrés avec une assurance telle, qu’on en a oublié que c’était leur baptême.
C’est avec Random Recipe que le party a vraiment décollé. Visiblement heureux de se produire au Métropolis, le groupe a montré sa pertinence dans un show pourtant majoritairement réservé à des formations assez grand public qui tournent depuis longtemps. Leur set a provoqué une réelle participation, notamment quand ils ont exploré live un « remix » tiré de leur dernier EP (« Shake it! Bake it! »), qui a forcé Fab à rapper plus vite que son ombre. Puis, Galaxie est débarqué avec force à coups de rock électro, suivi de Karkwa, les « chouchous » montréalais décidément plus présents en France qu’au Québec ces temps-ci…
Hélas, pendant ce temps nous avons raté Foxtrott qui se produisait au Club Soda. Un nouveau projet dont on aura sans aucun doute la chance de reparler bientôt. Un autre regret : ne pas avoir pu voir la totalité du concert de Thus:Owls, venus donner un aperçu de leur nouvel album : ça augure bien, très bien même…
Site web du festival : www.mpourmontreal.com
Texte : Marie-Hélène Mello
Photos : Michel Pinault, Toma Iczkovits



































