Soirée Transat

Mathieu Lippé - Photo : Marylene Eytier
Les trois baudets (Paris), le 25 octobre 2011 « La Transat Chanson Aquitaine / Québec. De Tadoussac à Astaffort… », ce nouveau dispositif d’accompagnement « croisé » de jeunes artistes de France et du Québec inauguré  en 2010 sous l’impulsion de Voix du sud  (et Francis Cabrel), l’OFQJ et le Festival de la Chanson de Tadoussac a pour objectif de faciliter l’accès de jeunes artistes de l’ancien et du nouveau continent à de nouveaux territoires où l’on chante dans une langue partagée : Le français. Après un atelier à Astaffort et différentes scènes en France et au Québec, avec les artistes : Sylvain Reverte (Aquitaine) et Mathieu Lippé (Québec), retour sur le concert de Paris.

Un double concert franco / québécois qui ouvre ce soir avec le spectacle de Sylvain Reverte qui distille folk intimiste et pop délicate  avec  tendresse et poésie. Un interprète charismatique  qui dépeint sa vision de la vie  avec  une joie communicative, mais aussi parfois révolte et mélancolie.

Magistral, un mot taillé dans du Lippé !

Mathieu Lippé : un Québécois à voir, à entendre au plus vite et sans modération. Lorsque l’on quitte la salle ce soir là, c’est non seulement avec un sourire immense qui nous traverse le visage mais aussi avec la sensation d’avoir fait le plein d’une culture intelligente et intelligible, lucide et entremêlée de candeur et d’humour. Devant le magistral le manque s’installe.

Il nous a livré son conte entremêlé de chansons, de jeux de mots, de slam, de poésie. Preuve de force, il se réapproprie des genres musicaux, souvent stigmatisés en France à des catégories de chanteurs, passant les échelons avec pertinence et délectations.

Un vocabulaire cha-Lippé

On dit qu’en moyenne un individu utilise 2000 mots pour s’exprimer quotidiennement, le reste de son vocabulaire étant généralement employé de manière ponctuelle. On constate aussi que malgré une base quasi commune, chaque personne à son écriture-identité, en somme, tout le monde écrit comme personne ! Chose prouvée et force de frappe de Mathieu Lippé qui par exemple, re-visite le sens de noms de pays, abandonne le « propre » pour former un nouveau sens, devenu champ lexical, ce langage s’imprègne d’histoire, de métaphores et offre d’autres réflexions. « D’accord, l’Argent-ine ne tombe pas du ciel et j’y, Egypte peut rien, mais cherche le vrai, rappelle toi que celui qui Perse les voiles des illusions rencontre la vérité, trop souvent on ment alors qu’être Franc-ce, peut, il faut oser changer d’Angle-terre, taire les mentries de nos mauvaises Bir-manies, à vouloir, Au-trop-tricher pour sortir notre Espagne du jeu, un monde de tricheux, Estonie-déal? ».

Cé-ti correc’ ?

Sous le ton chaleureux de son accent Québécois « Cé-ti correc’ ? », il prouve la possibilité illimitée de l’imaginaire et de la richesse-création. Parolier, son arme est ciselée de mots, maniés avec précision et humour… Le public se régale, rigole, participe à l’œuvre chantée, s’accroche aux lèvres de l’artiste. Guitare-voix pour Mathieu Lippé, un guitariste , un homme basse-batterie et le tour et joué… Et c’est clair, les musiciens se délectent, s’en donnent à cœur joie, jouent de la performance… poussés par le niveau du personnage !

La chanson pour servir de voix à ceux dont le message ne porte pas

Fond de toile à ces notes de musiques : des questions existentielles qui s’invitent. Références à Lounes Matoub et autres portes-paroles des sans voix, l’air de rien, sous le ton de l’ironie mais avec un regard concentré, le cœur et chœur de l’ouvrage étant le message : acceptation-différence, écologie, être mortel et donc présent… Mathieu Lippé fait partie des inventeurs, créateurs de langages. Génie de la prestance, de la conviction, sa présence sur scène renchérie son propos, crédible, il témoigne d’une volonté et d’une lutte entretenue par un travail musical acharné. Reste juste une chose à dire…quelle est la formule déjà ? Ah oui… Chapeau bas !

Texte : Elodie Fournot

Photos : Marylène Eytier

 



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