La rue des artistes

Festival de Musique Emergente

Galaxie - Photo : John Blouin
Rouyn-Noranda  (Québec), du 1er au 4 septembre 2011
Le « petit » festival québécois fêtera l’an prochain son 10e anniversaire, et il a de quoi être fier : plusieurs prix (dont « Événement de l’année » au Gala alternatif de la musique indépendante du Québec 2010), une programmation de plus en plus diversifiée et un public fidèle (accro ?) au rendez-vous… Plusieurs sont en effet prêts à franchir la distance qui sépare Rouyn des grands pôles pour y écouter un mélange de valeurs sûres et d’artistes débutants. En 2011, environ 18 500 festivaliers sont venus déguster un menu majoritairement québécois, mais généreusement complété par quelques musiciens français et américains. Tentative d’en voir le plus possible en 4 jours !

Jour 1

À peine arrivés à Rouyn-Noranda après une journée complète de voiture, le spectacle d’ouverture s’amorce sur la grande scène extérieure : Passwords et Gatineau y mettent la table pour Vincent Vallières. C’est une succession de genres musicaux inusitée, perturbante, mais tout de même réussie : le rock-prog des premiers suscite la curiosité, malgré leur grande timidité sur scène (admise par le chanteur) ; et le mélange d’électro, de hip-hop et de pop des seconds entraîne une belle participation. La formation de Séba – une bête de scène – a bien changé depuis sa dernière apparition au FME, mais elle reste efficace et pertinente pour un concert d’inauguration en plein air. Sauf que la nouvelle choriste Audrey Émery, qui prête sa voix au dernier album de Martin Léon, colle un peu moins bien à l’ensemble.

Bifurcation vers l’Agora, ex-église qui accueille le français PianoChat et le groupe suédo-montréalais Thus:Owls. Un bloc musical garant d’une foule d’émotions intenses, quoique vécues un peu dans le désordre : si l’on s’enthousiasme vraiment devant le tour de force de l’étrange et sympathique homme-orchestre qui s’auto-échantillonne, on adopte plutôt un calme méditatif face à la livraison presque mystique d’Erika Angell et sa bande. Mais trêve d’introspection, puisque l’énergie du doublé Jimmy Hunt/Sunny Duval au Cabaret de la dernière chance est contagieuse : le premier brille avec un set plus rock qu’à l’habitude, et le second instaure un climat bien festif. C’est déjà beaucoup de musique dans nos oreilles pour inaugurer le périple !

Jour 2

Commencer la « journée » à 17h n’est pas trop exigeant, surtout quand il s’agit d’assister à un concert de b.e.t.a.l.o.v.e.r.s. dans une petite microbrasserie de la rue Principale. Il y fait très chaud et humide, le charismatique chanteur Charles Lavoie et ses musiciens sont installés carrément au sol, et un mur humain les entoure, avide de savoir si la magie opérera. Dur d’y voir quoi que ce soit, mais ô combien agréable d’y entendre des chansons bien ficelées, en formule claviers/guitare/contrebasse/batterie. Se laisser porter par l’atmosphère qui s’alourdit au fur et à mesure que l’orage approche. Trouver refuge aux locaux de CFME, la radio du festival, le temps d’une perfo intimiste de Dany Placard, puis repartir à la conquête des scènes de Rouyn.

Au Petit théâtre, c’est le multi-talentueux énergumène Socalled qui fait bondir la foule avec son étonnant mélange des genres. Arriver à son spectacle, c’est un peu oublier tout ce qui se passe autour pour ressentir l’énergie des pistes de « Sleepover » et l’émouvante intensité de Katie Moore. Sitôt le concert fini, la grande dame du folk-country s’esquive d’ailleurs très vite pour courir jusqu’à l’Agora, à un coin de rue, où elle offre immédiatement sa prestation à elle, qui permet à plusieurs de découvrir la splendeur de sa voix. Rater Panache, mais survenir juste à temps pour Malajube et son numéro rock bien rodé. Connaître par cœur l’enchaînement des titres (de « La caverne », « Labyrinthes » et « Trompe l’œil », mais aimer quand même, peut-être par nostalgie. La meilleure conclusion à cette seconde soirée, après avoir attrapé de justesse la fin d’Akron/Family ? La bande de Canailles, qui met le feu au Diable rond jusqu’à tard dans la nuit.

Jour 3

À la suite d’un bref tour à la base de plein air qui héberge la majorité des artistes du festival, le Pique-nique électronique semble être le choix tout indiqué pour terminer l’après-midi. Après avoir visité la mini-expo associée à l’album « Variations fantômes » de Philippe B et salué Les Surveillantes au passage, une bonne dose de décibels nous parvient depuis le parc qui borde le lac Osisko. Ce sont Bowly et DJ Lexis qui « électronisent » le lieu assez familial, peuplé d’enfants qui rigolent et de festivaliers qui dansent, mangent du barbecue ou se reposent de la cuite de la veille. Leur musique n’est pas mémorable, mais elle met quand même le ton pour l’apéro électronique de DJ Brace au Bar Le Groove, un set nettement plus riche et original, qui surprend et emporte la conscience loin de l’Abitibi… Tout sourire, le platiniste frisé prend la scène avec un plaisir contagieux – au point de laisser tomber le concert pas-si-surprise de Patrick Watson à quelques rues de là.

La soirée commence avec le doublé musclé tant attendu : Duchess Says et un avant-goût de son album à paraître cet automne (cette chanteuse enflammée est incapable de demeurer sur scène) puis Galaxie. Le volume est beaucoup trop élevé, mais tant pis… Parce que c’est ce qu’il faut pour survivre à un troisième soir de FME : du gros son, un rock étourdissant, la guitare d’Olivier Langevin qui en met plein la vue et une jolie finale où il s’en donne cœur joie avec son bassiste Fred Fortin. Ça rock et on en redemande ! Pour demeurer dans cette veine, détour jusqu’à Secret Chiefs 3, qui ressemble à une grand’ messe extraordinaire. Avec les vrais fans qui portent masque et cagoule, profiter d’une expérience rare et patienter jusqu’à la nuit électro, qui met en vedette à 2 h du mat’ Mike Mind, le retour de Plaster et Jordan Dare.

Jour 4

Cette dernière soirée a l’effet d’un digestif hip-hop après un week-end très copieux de rock et d’électro. En guise d’intro, un agréable moment en compagnie de Mark Bérubé au resto Chez Bob : depuis la terrasse, on voit et entend très bien sa musique majestueuse, texturée et évocatrice. Pendant ce temps, le vent du Nord (qui s’était montré très indulgent à l’égard des festivaliers) envahit Rouyn à grande vitesse et nous vole un bon 15 degrés Celsius en quelques heures. De quoi avoir envie de se réfugier à ce fameux triple concert hip-hop qui termine notre parcours.

C’est un Webster dynamique et très (voire trop) interactif qui ouvre le bal : avec sa performance honnête, il semble aussi séduire les jeunes enfants parmi la foule (c’est un concert où même les mineurs, identifiés par un bracelet de couleur différente, sont admis). Suivent les tant attendus Alaclair Ensemble, une bande de fous devant lesquels il est impossible de rester de marbre. Ses polyvalents MC sautent de tous les côtés, multiplient les mises en scène, les adresses au public, les numéros de théâtre volontairement gauches et les titres « post-rigodon » qui font leur signature. Une invitation à la fête pour les uns, mais aussi une source de mystification pour les autres. Le public adolescent de Rouyn attend manifestement Manu Militari et son rap engagé. Le contraste entre l’extatique collectif précédent et cette prestation d’un grand sérieux provoque presque un malaise, mais Manu livre une performance très réussie, probablement la meilleure que nous avons pu voir à ce jour. Plus détendu, avec seulement l’un de ses deux acolytes, il offre exactement ce que les fans de hip-hop réclamaient, avec, en bonus, plusieurs a capella qu’ils écoutent religieusement… et que l’on pourra se remémorer pendant les huit heures de route nocturne nécessaires pour rentrer à Montréal.

Site du FME : www.fmeat.org

Texte : Marie Mello

Photos : John Blouin, Marie Mello

 




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