
Montréal (Québec), du 28 au 31 juillet 2011
Autrefois concentré sur l’électro, ce petit festival d’été a opté pour la diversification. Sa programmation de plus en plus solide côté hip-hop, pop-rock et rock-électro est regroupée en vitrines consacrées à un style précis (même si certaines soirées sont très variées, voire hétéroclites) et organisées dans plusieurs petites salles rapprochées. Le mariage genre musical et salle est parfois des plus surprenants : du hip-hop à la Casa del popolo ? Du lounge au Quai des brumes ? De la house au Divan orange ? Pourquoi pas ! Mais, malgré de nombreuses propositions intéressantes, le public n’a cette année pas toujours été au rendez-vous – sauf peut-être aux concerts ayant lieu après minuit. Il faut dire qu’au même moment, Montréal a connu son plus gros week-end musical en plein air de l’année avec le méga-événement Osheaga rempli de grandes têtes d’affiche internationales. N’empêche que la formule du MEG est gagnante, et le contexte, souvent intime et très propice aux découvertes en marge des sentiers battus.
MEG , jour 1
La prestation du Français Boogers était l’occasion parfaite pour amorcer une première soirée très hybride. En formule groupe, il a livré de bons tubes plutôt pop (y compris « Lost My Lungs »), mais enrobés de rock (voire punk-rock) très années 90. Retour en adolescence amusant, oui, mais les groupes américains avec une énergie similaire sont légion. Le contact avec le public québécois semblait un peu difficile et, en dépit de quelques plaisanteries et clins d’œil au fait que nous sommes « cousins », on sentait qu’il n’était pas tout à fait à l’aise sur scène. Pourtant réceptive, la foule avait l’air de se demander « Pourquoi chanter en anglais quand on a un si gros accent ? »
Après l’arrivée des quatre gars en costume blanc de Girl (!), assez efficaces dans leur livraison électro-pop / new-wave / rock britannique, mais toujours sans grande originalité, il était temps de changer de scène pour un peu de hip-hop. Sympa, le duo de MC anglo-montréalais Og Hindu Kush a bien su réchauffer la scène pour The Left, un trio de Detroit composé de Journalist 103, DJ Soko et Apollo Brown. Du hip-hop indépendant avec des textes pas banals et des échantillonnages surprenants qui laissent transparaître une grande maîtrise de l’histoire du genre. Zéro prétention, beaucoup de plaisir : coup de cœur de cette première soirée.
MEG , jour 2
Début de soirée réussi à la toute petite Casa del popolo avec l’excentrique trio Technical Kidman, qui nous a donné envie d’en entendre plus. Après une entrée sur scène digne de ce nom (pendant que le groupe prenait place sur une toile de fond de distorsion, les spectateurs secouaient des mini-tambourins distribués au préalable), le groupe a clairement séduit son public avec ses propositions étrangement accrocheuses, aux synthés lancinants par-dessus lesquels sont couchés des chants aigus incantatoires dans une langue incompréhensible. Avec des morceaux beaucoup trop longs pour être vraiment pop, mais qui accrochent comme par surprise, on a toujours l’impression d’assister à un moment très spécial.
Par la suite, une alternance plutôt schizophrénique (et sous la pluie) entre la Sala Rossa, où se déroulait un gros concert hip-hop, et le Belmont, temple de l’électro dansante, nous a permis d’attraper des bribes de prestations livrées par les artistes canadiens Underground Realroad, Side C, Construct et The Killabits, mais aussi la totalité du set de DJ Brace, virtuose montréalais des tables tournantes, bientôt joint sur scène par les vétérans MC de The Beatnuts sous les cris de la foule. Bon, ils n’ont pas tellement de message autre que celui de faire la fête (idéalement en employant des moyens illégaux), mais il reste que l’invitation a semblé bien comprise de tous… Tous ces va-et-vient ont eu raison de nous; manque de cran pour attendre 2 h du mat’ pour voir monter sur scène l’Américain tant attendu DJ Craze, en retard sur l’horaire. Ce sera partie remise !
MEG , jour 3
Reprise de la formule de la veille, où le départ à la Casa nous avait bien réussi. Cette fois c’était le trio hip-hop américain Blurum 13 qui nous attendait… une belle découverte ! En plus du traditionnel combo DJ et MC, un batteur était installé sur scène pour dynamiser le set. Très efficace, la prestation de 30 minutes sans aucun temps mort s’est envolée beaucoup trop vite. Une intro idéale avant d’applaudir D-Shade , un rappeur émérite de la scène montréalaise (du trio Shades of Culture, qui a cartonné au cours des années 1990), doté d’un humour cinglant et d’un phrasé qui a de quoi rendre plusieurs MC jaloux. Après une période plus calme, où il a livré plusieurs collaborations côté scène locale (avec Socalled, Pawa Up First et Nomadic Massive, entre autres), il prépare en ce moment du nouveau matériel. À suivre…
Déterminés à capter un peu plus d’électro en cette dernière « soirée régulière » au MEG, nous avons tenté le Quai des brumes, qui offrait un bloc électronique plus « pur ». Un autre changement d’horaire non annoncé du festival nous a fait rater le Français Secret Maker, mais capter un extrait du set de Brandon Balek au passage. Loungy, statique, un peu terne sans être inintéressant, mais c’était surtout une proposition plutôt étrange pour cette taverne, qui n’accueille jamais ce genre de musique au cours de l’année et semblait pourtant peuplée de ses habitués (visiblement pas intéressés par l’électro).
Pour terminer cette soirée aussi chaotique que les précédentes, rien de mieux que Tambour battant, efficace duo parfaitement synchro d’un DJ et d’un batteur (percussions électroniques). Même si présenter un tel spectacle doit avoir un je-ne-sais-quoi d’aliénant, ils ont mis le feu au Divan orange en fin de soirée pendant plus d’une heure, devant une foule bien plus française que québécoise, qui semblait les connaître depuis longtemps. Pour nous, une autre découverte originale, qu’on imaginerait bien en paire avec Misteur Valaire, livrant une sorte d’« after » plus speed, house et influencé par l’industriel, mais dans le même esprit de « bricolage électro » que la formation montréalaise en plein boom depuis quelques années.
…Et le MEG Boat !
Le petit festival ne serait pas le même sans son événement le plus couru : le « MEG Boat », une croisière électro destinée aux couche-tard. Pour clore dignement quatre jours de concerts, le festival invite chaque année les festivaliers à monter à bord d’un grand bateau amarré au Vieux-Port de Montréal pour 3 heures de musique électronique. Cette année, le voyage a réuni les Américains Designer Drugs, les Français The Toxic Avenger et Tambour battant, les belges Party Harders et, de Montréal, Da Pink Noise et Dooze Jackers pour une bonne dose de son sur le fleuve Saint-Laurent !
Site du MEG : http://www.megmontreal.com
Texte : Marie-Hélène Mello
Photos : Pierre-Marc Bonneau, LP Maurice, Toma Iczkovits


























