
Dour (Belgique), du 14 au 17 juillet 2011
Sous le ciel nuageux des Flandres, l’énorme festival de Dour (36 000 personnes par jour) a été bien ficelé et caché au sein de la petite ville, avec ses 7 grandes scènes et un camping qui n’en finit pas.
Sale temps, bonne humeur
Ici, il faut faire un choix dans la programmation serrée et s’y tenir. Les différentes étapes ne sont pas si éloignées les unes des autres, mais traverser la foule compacte peut prendre une éternité, et ceci sans mentionner les torrents de boue ! En effet, le temps n’en finissait pas de changer. Cela commença le premier jour par de joyeuses danses sur les tables de pique-nique oranges, sous une pluie tranquille à l’extérieur de la « Scène Dub », pleine à craquer avec les basses de Murdock, jusqu’à former, le dernier jour, un océan de révolutionnaires, agitant de grands drapeaux pour un groupe de reggae belge Alborosie jouant sur la grande scène extérieure… sous le soleil.
Energie
Gold Panda faisait salle comble dans une ambiance de célébration, faite de sons brillants et de belles projections. Puis Eskmo bouclait ses chants en direct dans une atmosphère électrique. Tout le chapiteau dansait sur de grosses basses et sous de simples lumières bleues. Les Deerhoof, arrivés un peu en retard et un peu fatigués au milieu d’une tournée intense, durent commencer leur concert sans balance, mais ils réussirent tout de même à amener une grande énergie et une intense vague de son à travers leur musique.
Vaisseau spatial
Nosaj Thing commença son set par des sons minimalistes très propres, dignes d’un musée d’art contemporain, le tout accompagné de visuels constitués de simples formes et couleurs, mais très percutants, parfois par la dynamique créée, à la manière d’un éclair intimement lié au bruit lourd du tonnerre, le tout saupoudré de belles mélodies. Le public fut totalement absorbé par cet artiste qui su, de ses mouvements, être en harmonie avec son environnement. Ce moment fut suivi du concert de Flying Lotus, partageant la scène avec Richard Spaven à la batterie et Dorian Concept aux claviers. Le public était déjà en communion avec ces légendes au cours du line-check ! Ils démarrèrent finalement avec de célèbres morceaux, et l’espace entier flotta tel un vaisseau spatial fait de projections cosmiques et de lumières projetées de tous les côtés. Mais Flying Lotus reste meilleur lorsqu’il se perd par moments dans des sonorités électroniques abstraites. Et bien sûr, les fantastiques Cocorosie ont écrit un nouveau chapitre de leur merveilleux conte avec des costumes magiques et une fille incroyable au beatbox. Neurosis retourna littéralement la tête du public et abattit les frontières des genres : même les gens ne faisant pas partie de la « scène métal » furent abasourdis et coururent acheter le disque.
Et je monte le son !
Le son était vraiment bon sur toutes les scènes couvertes, appréciable pour se mettre dans l’ambiance de n’importe quelle musique que l’on découvre pour la première fois. Comme 13&God (The Notwist vs Themselves) qui n’est ni plus ni moins que la combinaison de deux groupes, mais qui dégage une présence incroyable, avec au chant lead un Doseone presque agressif mais très communicatif. Le DJ fou The Gaslamp Killer avait fait le déplacement depuis Los Angeles spécialement pour cet unique concert. Il a délivré un mix incroyable sous forme de mash-up et de remixes. Il enchaînait les tubes à une cadence infernale (à raison d’un par minute !) et dans des superpositions et transitions si incroyables qu’il était parfois difficile de reconnaître l’original ! En même temps, il parvenait à secouer sa tête d’une manière incroyable, de telle manière que ces longs cheveux noirs dessinaient des « X » devant la projection vidéo colorée.
Made in Belgium
Les Marble Sounds, groupe belge collaborant ici avec une chanteuse japonaise, délivraient une musique calme dans une atmosphère très agréable. Le groupe de pop Sx rappelle un peu la pop scandinave au premier abord, mais ils possèdent leur propre style ! La jolie chanteuse blonde n’en finissait pas de rebondir et de danser en même temps qu’elle jouait du clavier, pendant qu’elle chantait de manière théâtrale, tandis que, dans un autre type d’approche, le guitariste apportait une sensibilité plus artistique, le tout soutenu par les rythmes pops aiguisés du batteur. Hoquets, trio utilisant des instruments qu’ils fabriquent eux-mêmes, et chantant à la manière de meneurs de troupes, ont offert un excellent moment ! Primitiv, vice champion du monde de beatbox, était réellement extraordinaire et rempli d’une énergie musicale invitant au voyage. De nombreux groupes de métal belge rivalisaient sur la taille de leur back drop, avec une mention spéciale pour Channel Zero.
Tête d’affiche, techno et dubstep…
Dans le même temps, on assiste à Dour à une profusion de têtes d’affiche : Public Enemy, Pulp, Cypress Hill dont le public était hors de contrôle et dont il était difficile d’écouter le son de manière distincte, Foals dont la foule chantait toutes les paroles, et de bon vieux groupes comme Anthrax, toujours aussi énergiques (et en shorts), ou Suede. Mais il y avait aussi une très bonne scène techno avec Pierre, Sascha Funke, Ellen Allien & Pfadfinderei, Laurent Garnier… Et une scène spécialisée en dubstep, équipée d’invisibles Subwoofer vous procurant un massage complet du corps, avec des tours de LED et des chandeliers de boules à facettes… Et beaucoup, beaucoup d’autres groupes de toutes tailles, pour découvrir indéfiniment de musiques. D’ailleurs beaucoup de jeunes groupes semblaient dépassés par la taille de leur auditoire, certains apeurés, mais la plupart transformèrent la tension en énergie, et se surpassèrent.
Studio vidéo
En coulisse, il y avait également le studio vidéo du collectif Attic Addict, qui venait pour la deuxième année consécutive à Dour, attraper les artistes du festival afin d’enregistrer, pour ceux qui l’acceptaient, des mini-concerts privés de 10 minutes environ. Le studio, installé dans une yourte pour l’occasion, regorgeait de minis caméras. Cela offrait, à ceux qui pouvaient assister aux sessions, une vue plus intime des sets des artistes du festival. Ainsi on a pu voir Ghostpoet avec un batteur et un guitariste, chantant d’une manière belle et profonde, ou rappant et jouant des pads électroniques. L’émotion était vraiment décuplée par la proximité offerte ici.
Sourire
Derrières tous ces aspects positifs, on peut voir une multitude de stands commerciaux qui soutiennent financièrement le lourd fonctionnement du festival, ainsi que des animations, tels que les concours d’Air Guitar, qui étaient finalement assez amusants. Dour, métropole boueuse, n’offre pas de moments de détente dans un éden champêtre. Le public le sait et ne vient chercher que ce qu’il y a à prendre. Le festival possède son charme tout particulier, et se termine toujours avec un grand sourire !
Dour Festival le site : www.dourfestival.be
Texte : Asako Fujimoto
Photos : Julie Rochereau

















