Coxinhell Studio

Scènes

Francofolies de La Rochelle

Nevchehirlian - Photo : Marylene Eytier
La Rochelle (17), du 12 au 16 juillet 2011
Les 27ème Francofolies se tenaient esplanade Saint-Jean d’Acre et dans toute la ville de La Rochelle. Longueur d’Ondes était là durant tout le festival et tire le bilan. Comme le suggérait l’affiche de l’année :  « Alors, on danse » ? Pourquoi pas ! Mais pas seulement.

Alors, on s’étonne…

Ce qui surprend d’abord, c’est le format. Depuis quelques années déjà, les Francofolies ont pris une telle ampleur que le festival est passé de grand festival francophone à grand festival tout court. 89 000 spectateurs cette année (chiffre officiel), des concerts et des rencontres autour de la musique dès 11 heures du matin et plein d’à côtés, les Francos, désormais, c’est plus que de la musique. « Aux Francofolies de Montréal, les scènes sont plus grandes parce que tout a lieu dans la ville. Ici, c’est différent. Sur l’esplanade Saint-Jean d’Acre où tu as la grande scène, tu as autant d’espace devant que derrière la scène», décrypte un musicien. « La Rochelle reste toujours, avec Le Printemps de Bourges, l’un des meilleurs baromètres de la musique francophone ; la ville en été est, pour un jeune chanteur ou un jeune groupe, the place to be !» (Bertrand Belin).

Alors, on découvre…

Des concerts en journée dans la petite salle du théâtre, une scène de découvertes sur le port, une autre presque toute en anglais au casino, sur le front de mer. À l’ombre d’une esplanade Saint-Jean d’Acre qui a fait le plein quasiment tous les soirs, les Francos sont un peu à l’image du tour de France qui se tient chaque année à la même période : un lieu de découvertes. Les chanteurs baroudeurs, habitués aux bars et parfois aux succès aléatoires tentent l’échappée belle et voient défiler leur concert comme un sprint. Il y en a même qui font durer l’étape à l’infini, comme le trio Twin Twin, que l’on a vu partout. Les trois potaches (assez rigolos, faut dire),  ont revisité la cène avec Karl Zéro dans le journal local, posé dans la salle de bain des artistes et ils ont fini par se glisser sur la grande scène entre Katerine et Stromae.

Alors, on rit…

Lors de la soirée chanson trash et humour noir, mercredi 13 juin, la surprise est arrivée par la porte de sortie. Habillée d’une robe à carreaux rouges, entourée de son canard et de son nain de jardin en plastique, buvant à la bouteille de Paic citron son sirop de menthe, Giedré, chanteuse à l’humour corrosif a fait chanter : « Toi, tu fais caca, moi, je fais caca »… « Je ne suis pas méchante / C’est le monde qui est pourri / Si la vie était moins violente / Je le serais aussi », glisse-t-elle, sourire mutin et air de sainte-nitouche, après avoir raconté les pires horreurs.  Dans le genre rigolo, mais différemment, citons aussi nos copains de longue date : le duo Lili Cros et Thierry Chazelle, qui faisaient le spectacle chaque jour, à l’Avant-scène, le bar du théâtre à 11 h 30 et 18 h 30, et Damien Robitaille, le Québecois au verbe bégayant (sosie non-officiel de Tom Cruise) et aux formules toujours étonnantes, qui se mue en redoutable mélodiste dès qu’il entame ses chansons, à la fois pop et funky au piano et à la guitare.

Alors, on chante…

Le concert de Karimouche restera parmi les bons moments de ce festival. Déconcertante de naturel, la chanteuse est devenue notre copine en trois mots. Sa tchatche, ses histoires et sa chanson hip-hop nous ont emballé une fois de plus. Sa gouaille fait (kari)mouche à chaque fois et le trio détonnant a compris ce qu’oser veut dire. Osez, osez Karimouche ? Dans un tout autre style, Bertrand Belin a su installer son univers clair-obscur avec beaucoup d’humour. Le Breton à la voix grave et aux mots bleus nuit est venu. On l’a vu, et ses musiciens, dont le complice de Nosfell, Pierre Le Bourgeois, ont installé son univers juste à la bonne distance. En deux mots : la classe.

Alors, on parle anglais…

Le 14 juillet, sur la grande scène, les Francofolies ont célébré la fête nationale à leur manière par une programmation en anglais. Manière de rappeler qu’en matière de pop, français ou anglais, c’est devenu la même chose ? The D∅, en tout cas, a rapidement fait monter la température, esplanade Saint-Jean d’Acre grâce à sa pop échevelée. Le duo (à six ce soir-là) est désormais plus percussif : ses premières chansons ont été complètement revues et la rumeur qui les avait entourés avec leur tube « On my shoulders » semble loin. Dès lors, le charisme et la présence d’Olivia, la moitié féminine des D, toujours aussi séduisante dans son tutu de tulle rouge et sa veste à col géant, ne peut que rayonner. En VO non sous-titrée toujours : le duo de Reims, The Shoes a installé lui aussi son talent. Les producteurs de certains titres de Gaëtan Roussel ont montré que, quelques années après The Film (projet rock dont ils ont fait table rase), ils savent envoyer le gros son comme dans les clubs de l’Albion.

Alors, on s’enthousiasme…

Il y a des gens ou des groupes que l’on a envie de suivre sans réserves, ni se soucier du bruit autour. C’est le cas de Nevchehirlian. Le chanteur de Marseille revisite de façon très théâtrale et rock, l’envers et les vers de Jacques Prévert. Les guitares saturent, le verbe s’emballe et les mots sont si beaux que le bonheur semble bien s’être niché dans les lettres d’amour que ce bon Jacques envoyait à sa femme, Jeanine. Slam, théâtre, chanson-rock ? Les avis ne s’accordent pas toujours, mais ce type-là a vraiment un truc. Un peu plus tôt dans la semaine, en ouverture du festival, Mesparrow nous a fait le même effet. Que ce soit au piano en volutes mélodique ou dans les boucles de ses samples, Maurion Gaume impose, elle toute seule, son univers bien particulier. Logiquement, on en redemande.

Alors, on danse…

Tard dans la nuit, les Francos révèlent aussi des clubbers. Au Casino de la Rochelle sur la scène Not Ze Francos, il y a eu de vrais bons moments. Sur cinq  jours, difficile de faire un choix, mais on en retiendra un, qui correspond bien à l’idée que l’on se fait de la musique : le concert du DJ québécois SoCalled, qui de projets en albums (tous très bons, voire excellents) impose son univers décalé, mélange de musiques klezmer et d’électronique. En pyjama, ce Rabbi Jacob du XXIème siècle a su trouver le bon tempo pour retourner des salles. Les vigiles n’en peuvent plus, les gens assis se font bien bousculer. SoCalled, so what ?

Alors, on dort…

Qu’ajouter de plus ? Qu’à l’heure où se termine ce compte-rendu, il est tard. Et il nous faut rejoindre la jolie maison bleue chantée dans un double rappel par Maxime Le Forestier, le Malien Daby Touré et tous les artistes présents ce soir-là (dont François Morel, Féfé et Juliette) lors de la « Fête à Maxime », au théâtre de la Coursive. N’oubliez pas au passage : on y vient à pied, on ne frappe pas… et fort heureusement pour nous, David Guetta n’a pas installé une boîte de nuit à côté. On peut donc dormir tranquille sans se soucier des voisins.

Texte : Bastien Brun, Serge Beyer
Photos : Marylène Eytier


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