
Le Zèbre de Belleville (Paris), le 28 avril 2011
C’est une nouvelle fois au Zèbre de Belleville que Rodrigue a fêté la sortie de son album, L’Entre-Mondes. Cet artiste complet éprouve un malin plaisir à jouer sur scène, dimension qui lui permet de faire valoir ses talents de comédien. Car en plus de jouer de la musique, il joue, au sens premier du terme. Or, ce n’est pas un défi facile à relever tant il propose d’univers différents dans son disque. Accompagné par Maître Seb à la batterie, Docteur Armand à la basse et Professeur David à la guitare, il y est brillamment parvenu.
Son plaisir est aussi évident que communicatif, atout non négligeable puisqu’il garantit le succès d’une prestation scénique. Il a donné le ton dès sa première chanson « Square Morison » : « Si tout s’arrêtait là… » chante-t-il, « Pourquoi pas ? ». Et effectivement, joignant le geste à la parole, il s’est arrêté au milieu de la chanson et saluer d’un « Merci, bonsoir » en mimant le départ comme si le concert était terminé. L’originalité de cette entrée a été conservée comme trame à son spectacle, pour le moins surprenant. Il a interprété le titre « Au coin de ta rue », puis « Les beaux jours ». Ce morceau issu de son premier album « Le jour où je suis devenu fou » a été l’occasion d’un premier échange direct avec le public : un extrait de « La vie en rose » d’Edith Piaf y est immiscé, paroles que la salle a repris en choeur. Rodrigue a alors précisé que pour sa chanson, il était nécessaire de mal interpréter la Môme : « Vous chantez trop juste là ! C’est du mi mineur, alors je propose qu’on bascule tous en fa dièse ! ». À la fin de ce morceau bien rythmé, le public échauffé a été invité à crier « pour rappeler le lien de parenté avec les tyrannosaures » ! Il chanta ensuite « Le Vivoir », à l’issue de laquelle il taquina une nouvelle fois son public en la concluant par « Bon, hé bien, voilà. Merci et au revoir », ajoutant peu après « C’est ce qu’elle m’a dit… « . Pendant qu’il parlait, les trois musiciens s’activèrent alentour pour lui enfiler une veste noire avec deux lumières posées sur ses épaules, une rouge et une blanche. C’est ainsi qu’il a présenté en solo « Mi-ange, mi-démon » : interrogeant tour à tour l’un et l’autre dans la chanson, il tournait la tête à chaque réplique vers la couleur appropriée. Les musiciens revinrent pour jouer « Clémentine », morceau rock doté d’une dynamique bestiale. Tous ont alors quitté la scène. Rodrigue est revenu dans la noir, éclairé à la lueur d’une bougie, chuchotant « Voilà… L’histoire va pouvoir commencer… ». Les sons, voix et bruitages, du « Bal des Sorcières », étaient diffusés dans la salle très attentive. « Lady Flapper », chanson installée dans le Chicago des années 30, a ensuite détendu l’atmosphère, joviale à souhait grâce au banjo et à la clarinette. Rodrigue s’est alors esquivé pour revenir vêtu d’une robe blanche, avec laquelle il a chanté « Regrets », composition également véritablement rock et puissante. Rappelant au public que « les adultes ne sont que des enfants qui ont oublié d’en être », il a sollicité le super pouvoir de l’imagination et a interprété pour la plus grande joie du public « Le jour où je suis devenu fou ». S’ensuit la longue et prenante déclamation « Sur le quai Voltaire » et un premier salut.
Après un court rappel, Rodrigue est réapparu pour chanter « Le château des Sélénités ». À la fin du morceau, il est descendu dans la salle : touchant, il a déambulé parmi le public, jouant avec lui dans une poésie délicate et magnifique. Enfin, il a chanté « L’Indien » en dansant avec les trois musiciens, tous alignés sur le devant de la scène. Un second rappel leur a permis d’interpréter « Quelqu’un d’autre », les quatre membres du groupe cette fois assis sur le bord de l’estrade, humbles, accessibles… et talentueux.
Site : www.rodrigueweb.com
Mélodie Oxalia
Photos : Serge Beyer













