Coxinhell Studio

Scènes

Festival Montréal en Lumière

Montréal - Photo : Serge-Beyer
Montréal, du 17 au 27 février 2011
Une 12ème édition avec un volet gastronomique et des chefs invités venant d’Italie, Espagne, France… mais aussi des spectacles tous azimuts. On a retenu…

Ramdom Recipe
: Deux mecs à l’arrière-plan et un duo de fille en avant. Du hip-hop folky assez déjanté ; une bonne humeur communicative. Ça part dans tous les sens, ça saute partout, ça a bien digéré  un max d’influence pour accoucher d’un son hybride, nouveau et décomplexé ! Ils font deux titres avec Pierre Lapointe qui les rejoint et s’éclate. La folie autant sur scène que dans la salle qui est sous le charme. L’une des meilleures propositions québécoises du moment.

Yan Tiersen : Le Métropolis est complet pour le Breton qui arrive entouré de 5 musiciens. Il entame le set au violon. Tiens sa chemise à carreaux ouverte rouge et blanche, évoque celle des bûcherons du cru ! Dessous, T-shirt et jeans. En fond de scène et en géant est écrit « Dust lane », le nom de son dernier album en date. Quand il chante (rarement), il est épaulé par les chœurs de 3 musicos sur 6. Ce qui donne une épaisseur au chant, évidemment. Multi-instrumentiste, il démontre qu’il peut toucher à tous avec bonheur (banjo, guitares, piano à bouche, violon…) Résolument rock, le show  se sert de l’electro comme de l’acoustique, mêlant savamment machines et humanisme. Les harmonies vocales peuvent planer sur l’ensemble, n’étant qu’un instrument de plus dans cette forêt de sons denses. Les lights sont dans les verts bleus et mauves n’éclairant que rarement les protagonistes préférant créer des ambiances. Les pièces sont plutôt longues et prennent le temps de s’installer, modulant les envolées et le retombées. Les Québécois pourront avoir en mémoire des réminiscences du groupe Harmonium ! Étrangement, Yan s’exprime en anglais les rares fois où il prend la parole entre les morceaux. Personne ne lui a dit  que Montréal est francophone ?

« Au Tour de La Bolduc » : Un bel hommage à l’une des premières chansonnières du Québec, Mary Rose Anna Travers labellisée féministe et rebelle à son époque (la 1er femme à partir en tournée dans les années 20 / 30 ). Elle est morte à 46 ans, cela fait tout juste 70 ans, d’où ce mémorial musical. Une légende au Québec, cette Gaspésienne est dans le cœur de tous les Canadiens.
« Chroniqueuse de son temps, mère de la chanson moderne » dira Monique Giroux, la chroniqueuse star de Radio Canada. En fond de scène, un fil à linge avec des « camisoles » qui sèchent au milieu de « photos de l’ancien temps », six musiciens (excellents) et tous les chanteurs sont au pieds de la scène… Ils monteront tour à tour proposer leur réinterprétation du répertoire de La Bolduc. Chacun y mettant sa griffe avec tact et âme…

Mara Tremblay, nuance de la voix comme du violon. Les filles de Random Recipe hip-hopent en douceur. Martin Léon fait groover la « turlutte » (pas de mauvais esprit, au Québec, la turlutte est une forme de chant traditionnelle et populaire). Guillaume Arsenault insuffle un rock cuivré, offrant une version totalement innovante de La Bolduc. Catherine Major prend le même prend le même beat rock pour reprendre les « Agents d’assurance ». Elage Diouf fait exploser les couleurs de l’Afrique sur « Les gens du Canada » ce qui semble totalement incongru au départ, mais qui embarque le public en deux couplets. Il met le feu. Daniel Boucher psychédélise à fond en se déhanchant sexy. Betty Bonifassi de Beast nous la joue Marianne Faithfull matinée Guesh Patti. Damien Robitaille, lui, swingue façon James Brown, pas de danse à l’appui ! Kathleen Fortin fait quasiment du gospel.
Un superbe hommage qui a dû émouvoir Mary.

C’est vêtue d’un complet noir, d’un chemisier rose saumon, d’un chapeau qui lui cache le regard et d’une canne, que Betty Bonifassi présente son « Troquet du bout du monde ». Délaissant temporairement Jean-Philippe Goncalves, son acolyte du groupe Beast, la chanteuse débarque sur scène en saupoudrant le public de paillettes et en déambulant sur la « Polka » d’Alfred Schnittke, pour un spectacle de reprises d’Édith Piaf, Alain Bashung, Serge Gainsbourg, Léo Ferré ou Eartha Kitt. Elle est accompagnée pour l’occasion du quatuor à cordes de l’Orchestre du Nouveau Monde, d’une pianiste, d’une bassiste et d’un percussionniste… seul homme de la soirée. Dès sa première chanson, « Le billard électrique » de Piaf, elle réussi à créer une ambiance de cabaret jazzy urbain. L’allure désinvolte et crooner de la chanteuse la rend sympathique et naturelle. Sa voix profonde et puissante convainc toujours, même dans ce registre éloigné de l’électro rock de Beast. « Parlez-moi d’amour » ou « Le temps des cerises » font partie de ses choix musicaux pour ce « voyage » musical, parcourant les années 1870 à aujourd’hui. Quelques interludes musicaux agrémentent la soirée, « juste pour faire du bien » annonce-t-elle, en se baladant sur la scène pendant que l’Orchestre du Nouveau Monde revisitait le « Tango » de Stravinsky, agrémenté de klaxons, kazoos et clochettes. Elle  remercie chaleureusement le public d’être venu en nombre et de « donner de la valeur à tout ceci ». En guise de bouquet final, les musiciens interprètent une valse sur le « clavicyclette », un piano-vélo déniché chez l’accordeur de la troupe. Rappelée par un public enthousiaste, la chanteuse reprend « Le billard électrique »…

Texte : Serge Beyer & Léna Tocquer

Photos : Serge Beyer & Valérian Mazataud


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