
Québec, du 13 au 17 février 2011
Afin de stimuler et d’encourager la mise en marché du spectacle et de consolider sa position sur l’échiquier du spectacle au Québec, RIDEAU (Réseau indépendant des diffuseurs d’événements artistiques unis) a créé la Bourse RIDEAU : Une nouvelle formule d’échanges entre producteurs et diffuseurs de spectacles. Et cette année c’est la 25ème !
Avec ses vitrines de spectacles éclectiques, sa « Place du marché » et ses déjeuners-formations, la Bourse propose trois événements en un : c’est à la fois un festival, un congrès et un marché. Ses objectifs : appuyer les artistes en émergence, permettre des échanges constructifs, favoriser les relations d’affaires entre les producteurs / agents de spectacles et les diffuseurs d’événements artistiques et encourager les activités de formation. Petit tour de piste de l’édition 2011…
Gilles Belanger
Look brade, la cinquantaine grise, harmonica, guitare, accordéon. L’homme a fait un carton en mettant en musique (avec Louis-Jean Cormier) les poèmes de Gaston Miron sous le titre « 12 hommes rapaillés ». Il parle de Miron ainsi « Notre Pablo Néruda notre Arthur Rimbaud à nous » et l’interprète à l’ancienne. Avec brio certes mais avec la couleur « boîte à chanson » d’antan sans originalité ni modernité.
Patrice Michaud
Le Gaspésien collectionne ses souvenirs et les écrits dans un « cahier Canada ». Il les chante ou les raconte aussi avec aisance. La vingtaine passée de peu, à l’aise dans l’humour comme dans l’émotion, le guitariste-chanteur est bluffant ! Voix chaude bien en place, son rock (groupe à l’appui) il présente ses titres sous forme de conte…
Et il obtient le « Prix des diffuseurs européens ».
Mathieu Lippé
« J’ai un univers un peu hirsute » dit-il en présentation. Il confirme par une histoire farfelue suivie d’un slam-rock bien en place. Des breacks, des envollées jazzy, un chant impec. Une alchimie parfaite avec une alternance d’histoires drôles et intelligentes à la fois, de chansons tendrement désespérantes ou swingantes. Un personnage époustouflant.
Lisa Leblanc
La toute jeune Canadienne débarque avec son banjo et son guitariste. « Tellement pus rien qu’y spasse dans ma vie j’suis rendue plate à mourir». Elle raconte un peu sa vie entre les morceaux avec humour, malice et cet inimitable accent qui roule les ‘r’. Elle balance : « Pour la St Valentin, j’voulais dire fuck Cupidon » pour annoncer « Câlisse moé là  !». Roots, folky et trasch cette petite-fille de Janis Joplin, elle est là pour rester.
Les Surveillantes
Sorte de bande dessinée sur pied, les quatre manitobains proposent des chansonnettes surréalistes entre humour et second degré. Rafraîchissant et joyeux.
Joseph Edgar
Formule trio pour l’Acadien de Moncton à l’univers folk-rock teinté de cajun. Sa voix et son accent sont uniques. Musicien avant tout, il vit ses chansons de l’intérieur.
Les Chiclettes
Les trois Franco-Ontariennes ont un nom en forme de jeu de mot venant d’une marque de chewing-gum. Leur musique se mâche aussi… Clin d’œil appuyé aux années 50 avec les adaptations de « In the moon » (« En amour ») ou « Je suis une Broadway baby » avec mise en scène et poses appuyées. La où ça casse c’est quand elles reprennent « Amsterdam » en se dandinant. Aie ! On ne touche pas à certaines choses sans une vraie proposition.
Jimmy Hunt
Ex-chanteur du groupe Chocolat, jeune gringalet avec la mèche sur l’œil droit, ouvre son show avec une mélopée vaporeuse étoffée d’un violon et du trio guitare, basse, batterie. La suite est pop-rock au chant précieux, un peu trop en retrait. Le dandy joue aussi des harmonicas aux sons surprenants. On regrette un manque de cohésion du groupe où chacun fait son égo-trip dans son coin, d’autant que l’ensemble est bon.
Chantal Archambault
Originaire d’Abitibi la petite rousse (…rouge en fait aux petits yeux brillants et au look Cindy Lauper) fait de la chanson folk en lorgnant vers la variété québécoise qui court sur les ondes « Mon cœur est une barque qui prend l’eau », « Laisse la vaisselle et embrasse-moi ». Charmant, mais tiède et cent fois déjà vu.
Alex Nevsky
Rock-dance, recul sur son personnage, belle gueule, un brin détaché, musicien enragé, sexy, ténébreux romantique. Le Québec a trouvé son Julien Doré. « Je déguise l’enfant, j’en fais un monsieur »… « Les hommes disent peu et je fais pareil »… « Retiens mes ailes entre tes bras, l’amour n’est pas un slogan ». Trois musiciens l’entourent avec passion.
Malajube
Le quatuor guitares-synthés-en-avant a la grande forme. Son sens de la mélodie imparable ne se dément pas. La présence scénique est toujours ébouriffante et le contact avec le public, électrique. Un grand groupe confirmé. Ils peaufinent actuellement leur 4ème album à paraître sous peu.
Misteur Valaire
De plus en plus en place, le show des 5 allumés de Sherbrooke électrise la foule. Davantage joueur, le groupe se met en scène fait des chorégraphies, délire et fait se remuer le public sur un hip-hop-electro-rock des plus festifs.
Francis d’Octobre
Chanson rock souvent assez variété. Bonne présence et trois bons musiciens qui l’entourent, mais les arrangements et la choriste donnent un côté trop commercial à l’ensemble. Les textes pourtant méritent mieux. Tel « Ma bête fragile ». Un Octobre que l’on préférerait plus roots !
Alfa Rococo
« Chasser le malheur » dit le titre du nouvel album du duo pop-rock. Très mainstream et calibré pour passer sur les ondes. C’est sautillant, léger et sympathique. Brillant de paillettes, sexy, conçu pour faire des hits. Ce qu’on leur souhaite d’ailleurs. Synthés en avant, le groupe assure. « Allons voir tous les pays qui n’existent pas »… « Et si on allait en vacances au beau milieu de l’océan ; on veut toucher le firmament »… Donnez-moi jusqu’à sa-sa-saciété des plaisirs »… Le voilà paré pour faire la première partie d’Indochine.
Galant, tu perds ton temps
« Folklore, ça veut dire la science du peuple ; et le Folk est or !». Voilà une excellente mise en situation de ses six filles ayant optée pour le chant a capella traditionnel aux textes exclusivement féminin (et féministe !). Une pureté, une grâce, une fraîcheur se dégage de leurs harmonies. Un moment unique et fort.
Vendeurs d’Enclumes
Enfant de Brel, Valérian le chanteur habite ses titres gestuellement. Son chant sort des tripes et alpague directement l’auditeur. Si le texte est le principal acteur de ce groupe, la musique entre jazz et rock n’est pas en reste, et ce grâce aux cinq excellents musiciens dont deux cuivres qui se donnent à fond et avec talent. Ambiance souvent lourde, parfois post-rock, on est loin de la variété tiède ! « Comme armure n’avoir que sa candeur, s’en aller le cœur puceau. » On attend le nouvel album avec impatience.
Isabo et les chercheurs d’or
Au pays du trad qui fait la fête roots, ce quinttete s’éclate version rock. Rien de révolutionnaire, mais une putain de pêche communicative pour un ‘party’ réussi !
Les Revenants
Pas tout jeunes, les quatre gars sont bâtis comme des bûcherons (Tatoués ? On ne le saura pas, mais ils ont le look…). Contrebasse, guitares et batterie, un peu de chant et des instrumentaux rock parfois d’inspiration rockabilly folk ou garage. Par moment on croit entendre les Shadows. « Je préfère la candeur de l’inconnu » chante le méché guitariste leader dont on ne verra pas les yeux.
Panache
La colonne vertébrale mélodique de ce groupe c’est Carl-Eric Hudon http://www.myspace.com/carlerichudon qui traîne son talent depuis quelques années de groupes en projets solo. Il semble avoir trouvé ici, sa bonne place. Trio power rock mélodique avec un côté rétro, chansons courtes, chorus efficaces, voix légèrement androgyne, refrain facile… on replonge dans les sixties bien digérés par les eighties.
Festival Off. C’est la première année du « Off Rideau » organisé par le Ninkasi, rue St Jean. Le but est de faire « des vitrines entre les vitrines officielles ». La Bourse Rideau n’a pas accepté le partenariat qu’ils proposaient, alors ils ont invité 28 artistes sur 4 jours de concerts, et de coktails pour attirer les diffuseurs. « L’idée est de présenter d’autres artistes car c’est très dur d’entrer dans la Bourse Rideau » dixit Jean Alexandre Filiatrault le programmateur du lieu. « On a lancé l’idée, ça s’est fait naturellement. On avait l’impression de répondre à un besoin, tellement on a eu de demandes. Comme on a mis un prix d’inscription (200 $ environ), ça a fait une barrière. On à valorisé les artistes de la ville de Québec ; 40% de la prog environ. Nos rapports avec le « in » sont un peu tendus, mais pourtant il est très sain d’avoir une alternative à tout ! » Le public répond présent à cette proposition, puisqu’il y a entre 150 et 200 personnes par concert dans le lieu. Zéro subvention pour l’organisation, mais c’est l’un des bar / lieu culturel qui marche le mieux dans la ville, ce qui fait une belle publicité au lieu. Tout au long de l’année, c’est un lieu de rassemblement et de divertissement : « On a uniquement des produits québécois ici, de la bière à l’eau gazeuse en passant par les « grignottines » ! La question pour 2012, c’est d’attirer davantage de diffuseurs. Techniquement, on a prouvé que nous étions de vrais professionnels. Le message est lancé. »
Texte et photos Serge Beyer




































