Oh la la, le nouveau projet de Natasha Lejeune, est une vraie pépite pop écrite avec Benjamin Lebeau, le leader de The Film, aujourd’hui impliqué dans un nouveau projet plus électro, The Shoes. Trois ans après la tragique disparition d’AS Dragon, Nastasha n’en fini pas de se jouer de la bienséance et réalise un retour aussi rafraîchissant que gagnant. Dans sa loge du 106, la nouvelle salle rouennaise où le groupe fait, en trio, l’une de ses premières sorties en province, Natasha revient sur la fin des dragons et en dit plus sur ses nouvelles ambitions. Avec son groupe, elle a visiblement retrouvé l’envie. D’où cette interview sans tabou, en forme de mise à nu vocale en attendant une prestation à la hauteur des promesses.

Oh la la Natasha, quel drôle de nom…
On m’a soufflé l’idée, je cherchais un nom qui sorte de l’ordinaire. Cette expression résume bien notre univers, les chansons, ce qui se trame. Cela annonce que quelque chose arrive ou vient de se produire. C’est sensationnel et humoristique, avec un côté cartoon, bulles de comics, ça colle bien aux paroles.

Benjamin Lebeau a fait l’album mais ne tourne pas avec toi ?

Non, il est trop pris avec son groupe The Shoes. C’était clair dès le départ, il n’y a pas eu de split d’avant groupe. Tout le monde était là pendant toutes les étapes de la composition. Ce n’est pas un groupe casté pour aller faire des concerts. Il y a Antoine Boistelle à la batterie, Antoine Fonio à la guitare, moi au chant. Benjamin a coréalisé le disque.

Cet album, c’est la suite d’AS Dragon ?

Non, je ne le ferai pas sans… AS Dragon. C’est plus direct, mais aussi plus léger. Un format punk de deux ou trois minutes maxi, sans grands détours harmoniques, avec une grande efficacité et l’envie de faire danser les gens. Des chansons à mâcher.

Cette envie n’existait pas avec AS Dragon ?

Non, c’était autre chose. Il y avait un côté presque tribal, avec des longs morceaux psychédéliques de scène, une montée en puissance. C’est très différent.

Sur scène, c’est plus rock que pop…

Oui, c’est ce que l’on sait faire. Je ne vais pas me mettre à faire de la pop bluette, changer de personnalité, mais ce n’est pas la suite d’AS Dragon.

Néanmoins, tu écris toujours la plupart des textes, en allant même encore plus loin ?

J’ai évolué, j’ai cherché aussi à simplifier, à faire des textes plus rentre-dedans, sans aucune prétention littéraire. C’est une écriture musicale. Écrite en français mais comme les Anglais, d’une manière phonétique.

Ces textes sont très osés ?

Cela dépend pour qui.

La plus osée, ce n’est pourtant pas toi qui l’a écrite mais Philippe Katerine ?

Il n’y a pas d’ambiguïté, mais c’est Philippe Katerine, c’est ce qu’il a projeté sur moi.

Ton image, peut-être ? Tu étais souvent dénudée avec AS Dragon…

Souvent dénudée, oui …

Toujours dénudée avec Oh La La ! ?

Non. Je ne suis pas dans la nudité.

Pourtant il y a ce titre, “Nu dans ton jean”, et la photo explicite qui montre des fesses…

Oui, mais ce n’est pas moi sur la photo. Et je ne vais pas jouer sur scène comme cela. C’est juste un clin d’œil. Après, je n’ai pas un truc fixé à l’avance, c’est selon l’envie du moment. Mais une chose est sûre. Oh La La ! n’est pas AS Dragon et je ne vais pas venir sur scène avec des scotchs en croix sur les seins ! Faut trouver autre chose. Je ne suis pas dans la provocation sexuelle. Pour moi, la nudité, c’est une sorte de liberté, un affranchissement. J’ai un rapport au corps assez brut, il y a toujours une sexualité sous-jacente, des évocations sexuelles, surtout dans cet album.

Quasiment dans tous les morceaux ?

Oui, bien sûr. Je n’ai peut-être pas besoin de mettre les points sur les I, sans faire de mauvais jeux de mots. Après, il n’est pas exclu que je pète un câble sur scène et que je déchire mes vêtements, cela peut arriver, mais ce n’est pas préparé.

On vous compare déjà aux Rita Mitsouko, l’effet “Relax” ?

Clairement. Je ne pense pas que le reste de l’album évoque les Rita en quoi que ce soit. C’est juste une phrase d’un journaliste que la maison de disques qui a envie de vendre son produit colle sur un sticker. Après, ce n’est pas une insulte, plutôt un compliment mais je ne suis pas sure que cela soit complément exact.

Bientôt un quatrième musicien ?

On espère, pour la basse, les séquences, car je ne suis pas vraiment bassiste. Je ne peux pas faire et la basse et le chant sur tous les morceaux. Alors on verra… Je cherche un truc jubilatoire, un peu fou, avec des interventions, que cela soit vivant. Toujours plus de surprise !

Philippe Katerine sur scène avec vous?

J’aimerais bien, faut le coincer !

Et comment l’as-tu coincé pour qu’il t’écrive une chanson comme “Un poing c’est tout” ?

Il venait de finir la tournée “Robots après tout”, il était en période creuse avant de commencer son nouvel album, alors il s’est prêté au jeu. Je le connaissais sans vraiment le connaître. C’est moi qui l’ai démarché, pas la maison de disques. Je me suis permis de l’appeler car je connais bien Helena Noguerra, son ex-femme. Ce fut assez cash et frontal. Comme lui est assez comme ça aussi, cela s’est fait assez naturellement.

Comment as-tu réagi en entendant la chanson ?

Il y a bien sûr la provoc, mais j’ai aussi entendu beaucoup de subtilité, le texte n’est pas vulgaire. C’est suggéré. Cela aurait été vulgaire, je n’aurais pas pris. Pour moi, la vulgarité, c’est plutôt de chanter “Danse sur la merde qui passe à la radio”… Là, le sujet est osé mais pas vulgaire. C’est cela qui est bien, aborder tous les sujets sans verser dans la facilité, la vulgarité.

Ce vendredi-là, sur la scène du 106, Natasha ne s’est pas déshabillée. Vêtue d’un pantalon noir à paillettes, elle s’est néanmoins déchaînée, parfois allongée sur le sol, avec une gestuelle très expressive, tant avec les jambes que les mains (et les doigts…), parfois la basse en bandoulière. Toujours insolente en front-woman. Toujours touchante et convaincante.

Texte et photos de Patrick Auffret


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