Mélange des genres

Taraf de Haïdouks, Tom Waits, les Cramps, Bo Diddley, la surf music, mélange des gens. Accordéon, clarinette, contrebasse, la guitare tangue, twaaaang la guitare ! C’est Brest quand elle conjugue nostalgie d’outre-Atlantique, avec ses rues sans angles morts, Betty Page, la brune qui fume des blondes américaines par paquet de 25, les kids qui surfent entre les Corvette et le porte-avion Clémenceau. C’est une relecture des classiques de la philosophie existentielle : Pif-Paf le chien et Rock en Stock ! C’est un cinéma qui n’existe pas : un tramway nommé délire ! C’est du triphasé en direct sur la menteuse, c’est Électric Bazar Cie : « High voltage Rock’n’Roll ! »

Quelle est l’origine du groupe et du nom ?

Étienne, chant, guitare : C’était il y a douze ans, un groupe très orienté musique de rue et acoustique qui à l’époque s’appelait : Retire Tes Doigts… jusqu’au moment du premier CD que l’on a décidé de faire un peu plus sérieusement, un peu plus officiellement, avec production et distribution. C’est là qu’on a décidé de changer de nom parce que c’était un peu compliqué pour notre tourneur de l’époque de démarcher avec ce nom-là. Il se faisait raccrocher au nez régulièrement ; nous aussi cela ne nous faisait plus trop rire, du coup on s’est dit : profitons en ! Voilà l’histoire d’Electric Bazar Cie.

Comment faites-vous le choix de l’anglais et / ou du français ?

Étienne : C’est très clairement à chercher du côté de mes influences, toute la musique que j’écoute est en anglais, je suis très peu du côté de la chanson française. Depuis que j’ai 13 ans, j’ai toujours chanté en anglais, d’abord en yaourt, puis en essayant de mettre des paroles, parce c’est comme ça que je l’entends. Après j’ai fait une petite fac d’anglais pendant six mois, ce qui me donne une caution linguistique. Cela permet d’obtenir une expressivité plus directe, plus dans l’émotion car débarrassée de la compréhension des paroles. Le choix du français c’est plus pour dire des choses, pour être compris.

Rowen, batterie : Quand on a un message, une idée à délivrer, le français s’impose.

Comment se déroule la composition des morceaux ?

Étienne : Des petits bouts de choses que chacun apporte et que l’on colle ensemble en répétition, un peu comme un puzzle ; un thème, un break, une rythmique, un texte, une phrase, un riff… On travaille beaucoup par tâtonnement et par essais successifs.

Quelles sont vos influences ?

Étienne : Dans les musiques desquelles on s’inspire (musiques de l’Est, tsiganes, grecques), il y a beaucoup de mesures impaires, ce sont des rythmiques qui nous parlent beaucoup. Sur certains morceaux du dernier disque, on a mélangé ça avec des sons plus directement issus du rockabilly, une sorte de blues bancal. Je citerais Les Cramps, Tom Waits, Koçani Orkestar, Taraf de Haïdouks, Lightning Hopkins, Rageous Gratoons, pour avoir été précurseur dans les mélanges que l’on pratique. Tout cela se fait sans que l’on y réfléchisse vraiment, il s’agit de la rencontre entre un son twang et des musiques traditionnelles.

Rowen : Parmi les groupes plus actuels il y a Fantazio sur lequel on se retrouve beaucoup. Une claque pour tout le monde.

Le fait de vivre à Brest influence-t-il votre musique ?

Étienne : La musique traditionnelle bretonne est extrêmement vivace et vivante et les musiciens bretons sont avides de rencontres. Les festivals, les fest-noz, sont des lieux de mélanges et beaucoup de connections se font comme ça. Maintenant, le fait que l’on soit un groupe breton, ça ne se retrouve pas dans notre musique. S’il y a une spécificité bretonne, elle est certainement à chercher du côté des rencontres et du goût du mélange.

Rowen : Depuis les années 70 avec la vague des baba cool qui sont venus s’installer ici, il y a eu énormément de lieux de musique live. Du coup, beaucoup de musiciens étrangers, dés lors qu’ils viennent en France, font un détour par la Bretagne.

Pourquoi le choix de l’autoproduction ?

Étienne : On ne nous a rien proposé et on n’a pas cherché non plus à être produit. Aucun label n’est venu nous dire : voilà 30 000 euros, faites-en ce que vous voulez ! On a la chance d’avoir Irfan comme distributeur ; on est distribué partout, alors pourquoi aller voir un label, qu’est-ce que cela nous apporterait ? Ça nous a paru beaucoup plus simple de le faire nous-mêmes, de calculer combien ça coûte, combien il faut en vendre et de s’autofinancer.

Comment s’organise le passage de la scène au studio ?

Étienne : Le passage de l’un à l’autre est assez logique et facile. On a envie de faire un CD, on s’enferme pendant quelque temps, on compose les morceaux on sort le disque puis on s’enferme à nouveau et on adapte le répertoire pour la scène.

Rowen : D’un point de vue économique, on fait clairement la différence, on a toujours su que l’on ne gagnerait pas notre vie avec le disque. Ce qui nous fait avancer c’est la scène, c’est notre motivation première, ce pourquoi on a fait de la musique.

Le choix de l’esthétique des années 50 ?

Étienne : On essaie de ne pas faire un cliché des musiques de cette époque-là. Ce sont des musiques que l’on a redécouvert sur le tard, nos premiers disques ne sont pas trop dans cette ambiance. La surf music, le rockab, finalement ce que Dick Dale a fait avec Misirlou ça n’est pas autre chose que ça.

Rowen : À l’inverse on est dans une vision assez réaliste des choses dans nos propos et nos paroles. On ne peut pas chanter « Faisons la fête » tout le temps, dés que l’on écrit des textes qui nous parlent, ça n’a plus rien de festif.

Un souvenir : le meilleur / le pire de la scène ?

Étienne : Le pire : pendant notre première tournée, on avait un morceau sur Bruno Mégret. Lors d’un concert dans un bar on a failli en venir au poing avec le patron.

Rowen : Le meilleur : après notre premier disque on a fait une grosse fête sous un chapiteau, avec Fantazio, les Rageous Gratoons et plein d’autres copains. Ça été un grand moment.

Au final, comment qualifier votre style ?

Ensemble : Rock !!!

Yan Pradeau

Photos : Yannick Ribeaut


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