Tombées du ciel !

Les Surveillantes arrivent de Winnipeg (Saint-Boniface), Manitoba (et d’une galaxie farfelue), avec leur look kitsch, leurs yeux d’azimutés de base et leurs textes à tiroirs… « C’est nous les prochains leaders » chantent-ils avec un humour dans la lignée de Damien Robitaille. Guitare, banjo, basse et quatre voix pour des ballades folk à prendre au ixième degrés ; chacun chante tour à tour pour du faux n’importe quoi raffiné et millimétré ! A la ville comme à la scène, de la « Pause santé » à « La force de la gravité », les Surveillantes promènent leur authenticité et leur bonne humeur sous des airs faussement détachés. Leurs textes sont des morceaux de vie, la leur, la nôtre, et se montrent à la fois touchant, humoristiques et sarcastiques, mais toujours véridiques.

La bande des quatre

La première fois que Longueur d’Ondes a croisé Eric, le bassiste et co-chanteur du groupe, c’était en 2006 pour les « Rencontres qui chantent » au festival de Petite Vallée… « Avant cette date, j’avais joué la basse dans plusieurs groupes, raconte-t-il. Ces rencontres ont marqué un tournant pour moi. En fait, les trois chansons que j’ai écrites sur l’album des Surveillantes, ont été écrites lors de ces stages ! »

Petit tour d’horizon des autres membres…

Jérémie (le frère d’Eric) : « Je suis le banjoïste du groupe, mais, je suis pianiste et guitariste de formation. J’avais peut-être 12 ans quand Eric avait déjà écrit une chanson et fait un vidéoclip. Je m’étais dit « Si mon frère peut faire ça, moi je dois bien en être capable ! » Bien que je joue le piano depuis l’âge de 5 ans, ma passion pour la musique a fleuri quand j’ai commencé à écrire et chanter des chansons. »

Danielle : « Je viens d’une famille musicale, ou presque tout le monde chante et / ou joue un instrument. Avant Les Surveillantes, je faisais partie du groupe KIN (composé de mes deux frères et moi), qui existe encore aujourd’hui. Je crois que j’ai appris à chanter avant d’apprendre à parler. »

Denis : « Du Jo Dassin joué chez mes grands-parents, aux Beatles chez mes parents, je savoure depuis longtemps les mélodies et les bonnes séries d’accords à la guitare. A vrai dire, ce qui m’a premièrement intéressé dans la guitare… c’est l’étui. Je me servais de ses bosses ondulées comme une colline pour faire rouler mes petites voitures « hot-wheels », la musique ça pouvait attendre un peu, il fallait jouer. »


Genèse

Mais qu’est-ce qui a donné naissance aux Surveillantes ? Quel a été le déclic ?

Eric : « Jérémie et moi avions invité Danielle à chanter des harmonies voix sur un album que l’on enregistrait avec le groupe Kraink. Suite à la session, Danielle m’informait qu’elle voulait démarrer un groupe avec Denis et qu’ils voulaient que je joue la basse. J’ai dit oui, tout de suite… »

Jérémie : « En écoutant la conversation, je savais que je voulais faire partie de ce groupe. Le problème, c’était que Danielle et Denis jouaient tous les deux de la guitare acoustique, mon instrument principal. J’ai donc dit : « J’veux jouer dans le groupe ! J’vais jouer du banjo ! » Bon, c’est vrai, j’en n’avais pas… Je m’en suis donc acheté un et j’ai commencé à apprendre la semaine suivante. »

Etrange ce nom de groupe…

Eric : « Il vient d’un recueil de nouvelles : « Le surveillant » écrit par Gaétan Brulotte. Ça vient spécifiquement d’une nouvelle de ce recueil : un texte absurde qui décrit un homme dans le désert qui surveille un mur. Jérémie et moi avions lu ce recueil dans les années 90 et nous trouvions ça vraiment drôle… et vrai en même temps. Quand est venu le temps de trouver un nom pour le groupe, on a suggéré « Les surveillants », mais pour Danielle, ça donnait l’impression que c’était un gang de gars. On a tous été d’accord pour que le féminin l’emporte ! »

OVNI

Côté musiques comme côté textes, tout est clean, rien ne dépasse, c’est nickel, sur scène idem, c’est en place. Pourtant l’impression qui reste c’est : « Ce groupe c’est le bordel, c’est n’importe quoi » ! Comment arrivez-vous à faire sérieusement quelque chose qui semble léger ?

Eric : « En fait, c’est ça la divine dichotomie qui existe dans le groupe. On vit le bordel et le nickel en même temps. C’est comme le Saint-Esprit, ça ne s’explique pas (rires). »

Cependant, tout est écrit et millimétré, y compris les transitions entre les morceaux… Eric : « On se raconte des histoires ou des anecdotes et on vérifie si c’est approprié et drôle. On est pas mal critiques… Alors si ça se rend sur la scène ça veut dire que ça a passé des tests. On se laisse quand même de la place pour l’improvisation ! »

Au Québec, il y a peu de groupe dans votre style : un côté lunaire, OVNI…

Eric : « On en a conscience. Ce n’est pas un accident. On vient d’un milieu artistique qui se situe à 2 400 kms de Montréal, donc, forcément c’est unique et c’est certainement un atout. Notre premier disque est une auto-production. On a eu le plaisir de travailler dans deux studios au Manitoba : celui de Norman Dugas, et avec lui (une légende manitobaine) puis le nôtre. C’est une réalisation des Surveillantes. On est un peu maniaques des détails et on a fignolé toutes les petites choses que l’on voulait ajuster, tant au niveau des arrangements que de la sonorité. Le design de la pochette est aussi une autoprod. Le disque est distribué par Distribution APCM. »

Car ne l’oublions pas, ils sont de Winnipeg. Mais du milieu culturel. Le père d’Eric et Jérémie (Marcel Gosselin) est le sculpteur derrière deux grandes œuvres à Winnipeg : « Le sentier du temps » et « Volte ». La mère de Denis, Madeleine Vrignon est la sculpteure de « La promise ». Ils aiment leur Manitoba pour le calme des prairies et parce que tout est plat (« C’est plus facile de faire du vélo ! ») mais lorgnent sur la France : « Il y a plusieurs de nos références culturelles qui viennent de là (chansons, architecture, romans). On y va en mars 2011 pour présenter des spectacles. On a hâte de voir comment les gens en France vont réagir à notre musique, nos textes et notre mise en scène… et de vérifier s’il y autant des jolies filles, de bons vins, de baguettes et de fromages que la rumeur le laisse entendre. »

La langue française a trouvé avec Les Surveillantes, de nouveaux amoureux des mots, et du travail de recherche pertinent. Le Canada francophone a de beaux jours devant lui…

Site : http://www.myspace.com/lessurveillantes

Serge Beyer

Photo : Michel Pinault