Coxinhell Studio

Scènes

M pour Montréal


Montréal (Québec), du 17 au 20 novembre 2010
Chaque année, la vitrine musicale M pour Montréal rassemble un grand nombre de groupes et d’artistes québécois ou canadiens pour concocter des blocs musicaux très compacts et diversifiés, voire assez hétéroclites. C’est l’occasion pour plusieurs spectateurs à l’affût et découvreurs de l’industrie musicale et de faire de belles trouvailles parmi la production rock, folk, électro ou chanson de l’année.

Inégale (mais c’est le propre de ce type de festival), la cuvée 2010 a quand même livré des moments très forts, comme les prestations de Courtney Wing, Leif Vollebekk, Barr Brothers, Suuns, Random Recipe et Monogrenade. Parions qu’ils risquent bientôt d’avoir l’occasion de traverser l’Atlantique ou de franchir la frontière états-unienne… et de graver M pour Montréal 2010 dans notre mémoire (autrement que grâce à la participation très médiatisée de Gene Simmons à l’événement !).

Jeudi 18 novembre – Sélection officielle 1

Après une petite vitrine présentée le mercredi soir par The Great Escape (Braids, We Are Wolves) et Iceland Airwaves (Retro Stefson, Lay Low), c’est véritablement le lendemain que le coup d’envoi des festivités musicales en tous genres de M pour Montréal a été donné. Comme pour chaque bloc du festival, celui de jeudi a mis les uns à la suite des autres des artistes dont les propositions musicales n’ont souvent rien en commun. Commencé sur une note rock plutôt quelconque, le concert d’Elephant Stone a cependant pris une jolie tournure lorsque le chanteur Rishi Dhir a troqué la guitare pour un sitar. Dynamique, son sitar-rock s’est avéré nettement plus original que la suite, Marco Calliari et sa bande de musiciens en mode « fanfare italienne »…

Après avoir parcouru la foule avec ses instruments, la formation a laissé place au folk charismatique de l’auteur-compositeur-interprète Jason Bajada, puis à trois propositions musicales nettement plus relevées : PS I Love You, Black Feelings et Aids Wolf. La première est un nouveau projet rock d’Ontario venu nous livrer les pièces efficaces et à structures pop d’un premier album gorgé de guitare et de feed-back; la seconde, un groupe montréalais qui combine rock plus pesant, psychédélisme et expérimentation; et la troisième, une finale étrange et bien noise qui, à coup de hurlements d’une Chloe Lum engloutissant son micro, a bien secoué le public qu’il restait.

Vendredi 19 novembre – M pour Martini

Avant la deuxième partie de la sélection 2010, nous avons assisté à quatre performances agréablement présentées à la chapelle historique du Bon-Pasteur, un magnifique lieu réputé pour les récitals et la musique de chambre. En mode cocktail, ce bloc a permis à Courtney Wing, Ensemble, Ladies of the Canyon et Leif Vollebekk d’interpréter leurs créations plus calmes. À l’exception des airs country moins pertinents des « Ladies » (pourtant de talentueuses musiciennes), chaque numéro valait le détour : Courtney Wing pour le mélange solennel d’influences et la beauté de la performance vocale, Ensemble parce que son créateur Olivier Alary est dans une catégorie tout à fait à part et ne fait rien comme les autres (« électro-folk baroque »?) et Leif Vollebekk, dont le folk trempe l’orteil dans la vague de Patrick Watson sans non plus s’y complaire. Parce qu’on l’avait remarqué au Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue et qu’il offre chaque fois un concert intense, authentique, débordant de talent.

Vendredi 19 novembre – Sélection officielle 2

Timidement inauguré par la Canadienne Molly Rankin (chanson folk-pop), qui a quand même pris un peu plus d’assurance à la toute fin du mini-concert, le second volet de la sélection officielle a vraiment été un moment fort de l’édition 2010 de M pour Montréal, principalement grâce à d’excellents concerts de Suuns et de Random Recipe, qui ont clôt la soirée. Mais avant cela, les Barr Brothers, nouveaux Montréalais originaires de Boston, ont fait preuve de leur savoir-faire en matière de rock folk, livrant un « set » bien ficelé avec la harpiste Sarah Pagé. Le groupe torontois Metz a épicé la soirée d’un post-punk qui nous a paru un peu générique, mais pas dépourvu de saveur, puis Valleys est monté sur scène pour offrir son excellent shoegaze très travaillé, hélas sans grande conviction sur scène.

C’est alors que Suuns est débarqué avec son artillerie de guitares et claviers pour véritablement secouer le Studio Juste pour rire. Ils sont précis, agréables à voir sur scène et totalement décoiffants, offrant un complément intéressant à l’album Zeroes Qc paru cette année; un résultat différent, mais de toute aussi grande qualité. Puis les chouchous de la scène locale Random Recipe (groupe récipiendaire du prix Étoile montante de l’année au dernier Gala de l’alternative musicale indépendant de Montréal) ont témoigné de leur étonnante capacité de faire bouger les foules avec leur musique métissée, même dans un festival ou le public demeure en général assez inerte et contemplatif. En plus des titres déjà bien connus des spectateurs et tirés de l’album Fold it! Mold it! ils ont offert une version colorée et bien personnelle de « You Are My Sunshine » et fait participer tous les mélomanes présents, même ceux de l’industrie musicale.

Samedi 20 novembre – Sélection francophone

Chaque année, nous trouvons dommage que la majeure partie de la programmation francophone de M pour Montréal soit confinée au créneau du samedi après-midi. Après tout, pourquoi ces groupes ne pourraient-ils pas être répartis dans la programmation normale présentée le soir? N’empêche que le concept cette année a été poussé un cran plus loin, avec la division du lot en deux : une scène Québec et une scène ROC (« Rest Of Canada »).

Côté Québec, un Yann Perreau toujours talentueux et efficace sur les planches a eu la difficile tâche d’ouvrir le bal avec ses pièces tirées d’Un serpent sous les fleurs. Le meilleur moment de sa performance a sans doute été « Le bruit des bottes », dont le vidéoclip vient de sortir. Très connu dans la Belle Province, mais beaucoup moins sur la scène internationale, Perreau était le plus expérimenté des artistes à participer au programme franco. La preuve : il a foulé la même scène que l’auteur-compositeur-interprète Alex Nevsky, dont il est le mentor (Perreau a aussi réalisé son album De lune à l’aube). Dans une veine tout aussi chanson pop, sauf pour la pièce « Tristessa » qui décolle mieux et témoigne d’une originalité que l’on ne retrouve pas partout sur les autres pièces, Nevsky a livré un beau plateau composé de hits comme « Mille raisons » et « Notre cœur ».

Également sur la scène québécoise, Monogrenade et Jesuslesfilles ont complètement changé le registre du bloc musical diurne avec leur son moins poli et moins radiophonique. Les premiers livrent un mélange d’acoustique et d’électrique rempli de détours-surprises. Révélation pour plusieurs (ils n’ont qu’un EP à leur actif jusqu’à maintenant), Monogrenade avait pu être remarqué lors des dernières Francouvertes et aux Francofolies de Montréal 2010. Le style évolue, la présence scénique aussi; on attend l’album de pied ferme. Jesuslesfilles, aussi participants des dernières Francouvertes – et vus lors du Mini-M d’octobre pendant Pop Montréal, fait plutôt dans le rock grunge où persistent des sonorités bien brutes, des influences garage et beaucoup de fougue. Les compositions intéressantes d’Une belle table sont dominées par la guitare et chantées en tandem homme-femme. Si le son du concert leur a moins rendu service cette fois (on entendait à peine la chanteuse Azure) que lors du Mini-M, ils ont néanmoins offert une conclusion plus qu’efficace à cette vitrine franco diversifiée.

En alternance avec les artistes québécois sont montés sur scène les francophones hors Québec. D’abord le sympathique quatuor Les Surveillantes (voir vidéo réalisée par LO lors du Coup de coeur francophone) (Manitoba), qui rivalise d’ingéniosité avec ses plaisanteries et introductions loufoques de leurs pièces, puis la chanteuse Geneviève Toupin (Manitoba), dont les chansons moins originales ont peu séduit, malgré une bien jolie voix. Damien Robitaille (voir vidéo réalisée par LO lors du Coup de coeur francophone) (Ontario), en revanche, est arrivé sur scène avec l’assurance et l’entrain habituels, a fait chanter le public, s’est même fait balancer un soutien-gorge depuis le parterre (sur l’air d’« On est né nu ») et a failli briser son micro dans un mouvement de danse débridé. En ce samedi après-midi, ils semblaient être nombreux à n’être venus à M que pour entendre les titres du second disque de Robitaille, Homme autonome.

Samedi 20 novembre – M pour Métropolis

Chaque année, la dernière soirée de M est une sorte de « fausse vitrine » qui propose un best of de ses éditions précédentes ou des artistes plus consacrés qui ne sont pas inclus dans les sélections officielles. Dans une salle de plus grande dimension, le Métropolis, l’ambiance était à la fête. D’abord avec une Patère rose qui, moins « en voix » qu’à l’habitude, s’en est néanmoins bien tirée. Les versions remaniées des pièces de son album étaient vraiment intéressantes à entendre pour ceux qui ont vu le groupe déjà maintes et maintes fois, notamment celle de « Jessicock ». Avec ses deux musiciens toujours habiles et énergiques (aussi membres de Misteur Valaire), Fanny Bloom en a charmé plus d’un avec son univers déjanté et sa présence sur scène à la fois assurée et joliment maladroite.

Dans un registre pop tout à fait différent (et en anglais), la jeune rockeuse Pascale Picard (et son « band ») a servi ses hits qui tournent bien à la radio. Après Priestess et The Dears, deux formations moins légères, les jeunes prodiges de Misteur Valaire (voir vidéo réalisée par LO lors du Coup de coeur francophone) sont venus proposer leur électro jazz multiforme devant ceux qui les acclamaient. Il faut dire que les musiciens ont rempli à eux seuls le Métropolis il y a un mois, avec un concert endiablé aux effets visuels marquants. Digne conclusion à cette soirée, le DJ Poirier, appuyé par ses comparses les MC Boogat et Face-T, a fait dansé les derniers spectateurs qui n’oublieront pas de sitôt cette édition 5e anniversaire de M.

Le site de  : www.mpourmontreal.com/

Marie-Hélène Mello

Photos : Véronique Messier, Franck Billaud


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