
Winnipeg et Montréal, du 27 oct au 14 nov 2010
Le Coup de cœur francophone (CCF) survole 6 fuseaux horaires et présente 170 spectacles avec plus de 300 artistes et musiciens francophones dans 31 villes d’un océan à l’autre… et à l’autre… puisque cette année un dixième partenaire intègre le festival mettant en commun Le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest ! Qui dit mieux ?
Winnipeg
Première étape de ce festival 2011, nous sommes dans l’Ouest canadien le 27 octobre, à Winnipeg très précisément. Le drapeau franco-Manitobain est rouge, jaune, vert sur fond blanc. La bande rouge du bas représente la rivière Rouge où s’établirent 125 francophones au début du XIXe siècle. La bande jaune évoque la vallée aux terres fertiles propices à la culture du blé et l’importance de l’agriculture. Émergeant de ces 2 bandes, une pousse verte monte vers le ciel en forme de « F » exprimant une francophonie vivante et enracinée dans la plaine. Car oui, ici on est dans une province bilingue, même si dans la vie courante, on n’en a pas vraiment l’impression. Et si Longueur d’Ondes se retrouve dans la capitale du Manitoba, c’est que le CCF nous a invité à découvrir l’une des autres régions qu’il ratisse. (Voir notre clip avec Damien Robitaille et Misteur Valaire)
C’est le Centre culturel franco-manitobain qui nous reçoit à Saint-Boniface, banlieue jouxtant Winnipeg. Activiste à longueur d’année, il est le poumon culturel de ce quartier francophone abritant une galerie d’art, deux salles de spectacle, un studio de danse et diverses salles pour évènements. La présidente du conseil d’administration, Hélène Molin-Gautron, est fière de son travail : « Le désir de faire rayonner les arts et la culture francophone sur toute l’étendue de nos grands espaces et bien au-delà est la base de nos actions et la destination ultime ! » Et quand elle parle de grands espaces, elle parle de grands espaces; elle veut rebaptiser le Réseau interprovincial pour l’Ouest et le Nord canadiens, qui regroupe le Manitoba, la Saskatchewan, l’Alberta, la Colombie-Britannique, le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et Nunavut, par l’appellation Réseau des grands espaces !
Misteur Valaire
Le premier rendez-vous est à la salle Jean-Paul-Aubry, où MV balance… Pendant que le batteur teste ses fûts un à un, l’un tape sur son ordinateur, l’autre fait des pompes sur le stage, un troisième lit La Presse, alors que le quatrième envoie des textos. Au tour du bassiste-claviériste. Ça va plus vite, le chant est rapidement expédié, tout roule. Quand ils balancent tous ensemble, au moindre break ou souci technique, le bassiste refait quelques pompes avec entrain. Sax et trompette font leur entrée. Sérieux et calme règnent. Leur technicien perso mène le bal, les recentrant à l’occasion. Après deux heures, direction le resto !
Le lendemain, 10 h 57. 200 étudiants débarquent de bus. C’est une matinée scolaire organisée par le centre culturel de Notre-Dame de Lourdes, ville voisine. Ils s’installent mi-impressionnés, mi-décontractés. Tous parlent anglais, mais curieusement ils sont tous francos pourtant. Sinclair sort ses baffles en attendant la venue des Valaire. Hélène prend la parole (en français) pour les présenter. Pantalon blanc et haut de survêtement colorés (capuche comprise), le quintette s’installe et commence cool. Ça groove peu à peu. « Vous pouvez vous lever », invite-il. Mais les jeunes intimidés ne bougent pas. Voix samplée, cuivre, du hip-hop dans l’électro, ça se défonce sur scène, calme plat dans la salle. « Vous êtes trop sages. » Alors, tout le groupe descend de scène et invite les jeunes à se lever, chorégraphie boys-band, sourire complice, la glace est brisée. On a droit à une farandole côté public, peut-être pas l’effet escompté, mais c’est déjà ça ! Kitsch pour kitsch, M.V. délire sur « Que je t’aime ». S’en suit un strip-tease orchestré à la Chippendales… Sous le survêt se cachaient une chemise blanche et une cravate de couleur ! 11 h 45 : sitôt fini le show, la salle se vide au pas de course en 30 secondes. Drôle d’expérience pour le groupe, surtout quand on sait qu’il remplit le Métropolis de Montréal ! Hélène nous apprendra que ces jeunes vivent en campagne, n’ont pas vraiment l’habitude de sortir… D’ailleurs le lendemain, changement d’ambiance avec une école de la banlieue de Winnipeg, c’est le délire total dès le début du show…
Le Fort Gibraltar
Pour le clip de Damien Robitaille, le 28 octobre, on a choisi un endroit pas banal : le Fort Gibraltar, célèbre pour son commerce de fourrure (1816), surtout de castor, pour faire des chapeaux hauts de forme. Le monopole de ce type de commerce étant la Compagnie de la Baie d’Hudson (compagnie anglaise), mais la Baie n’était pas à implantée à Winnipeg. Alors, la Compagnie Nord-Ouest (écossaise basée à Montréal) s’y est installée illégalement. Elle travaillait avec les autochtones (les Cris, les Saulteau…), qui laissaient leurs peaux contre thé, fusils, alcool, tabac, couvertures…
Dans les années 1970, le fort a été reconstruit pour présenter la vie d’antan aux contemporains. C’est dans ce lieu baroque que l’on emmène Damien. Toujours dispo et avenant, il se prête au jeu avec bonne humeur, un régal.
18 h 45 : retour à la civilisation moderne : salle Antoine-Gaborieau, Damien embraye sur le soundcheck avec ses deux musiciens et son technicien. Batterie, basse, piano et ça roule. Problème de retour du son sur scène : « J’ai un feed-back métallique ! ». On s’affaire à trouver ce qui cloche et ça repart « Un homme autonome », Damien empoigne sa guitare : « Quand y a des problèmes, pas d’problème, je dresse des aiguilles personnes ne peut pénétrer ma coquille… »
20 h 15 : « Il a récolté huit nominations au gala de l’ADISQ, vous allez craquer pour lui, voici Damien Robitaille. » Costume rouge, chapeau de paille, il arrive, très à l’aise, piano pour « On est né nu », il joue à fond son personnage de crooner pour parler des « Femmes électriques ». Monologue rempli d’humour et de dérision avant « Mon nom ». S’en suit le profond et émouvant « Monsieur l’astronaute ». Deuxième monologue genre prêche (‘Alléluia’) pour introduire « Plein d’amour à donner » et ça vire au funk pour « Casse-tête ». Public conquis, mission accomplie.
Montréal
Retour dans la big city dès le 4 novembre pour découvrir le programme montréalais du CCF. Le marathon commence. Ça va groover dans la ville jusqu’au 14. En route pour un petit survol…
Wop Pow Wow, ça découle du jazz, on a digéré le rock et la world est passée sur le tout. Métissé ? Indéfinissable ! On pense à l’Inde parfois, aux pays arabes à d’autres moments, aux autochtones forcément. Toutes nos pensées se brouillent. Le chanteur joue de la contrebasse, voix chaude, langue étrange, le batteur et le guitariste suivent son beat entre mélopée et slam. Les percus sont menées par une chanteuse toute emplumée à l’indienne. L’ensemble détonne et étonne. « On peut mettre trois histoires dans chacune de nos chansons. C’est très ouvert », dit le chanteur entre deux OVNIS. On veut bien le croire ! Néanmoins, on ressort du show un brin insatisfait, quelque chose de bancal nous a empêché de vraiment adhérer… À revoir avec la formation complète, ce qui n’était, hélas, pas le cas ce soir…
Larko, c’est 4 jeunes Belges jouant très proche les uns des autres, comme des oisillons qui restent collés entre eux pour se tenir au chaud. Ils ouvrent leur show avec un instru, genre enfants de Nirvana. Quand ensuite le chant arrive, ça sonne plus pop. Le chanteur prend un peu trop de poses, ayant vraisemblablement bien révisé son dictionnaire de rock et voulant bien faire. La fougue de la jeunesse. Finalement, ce sont les moments instrumentaux qui captivent le plus. Des réminiscences de Téléphone planent sur l’ensemble. Ce qui est le plus frappant, c’est l’homogénéité du groupe qui transparaît, ainsi que leur joie de jouer. Ça sent le groupe uni, et ce n’est pas si courant pour des jeunots. « Faut arrêter de rêver, faut bouger ! » … « Et si tu arrêtais de râler un peu, et si tu me suivais de l’autre côté ». À déguster aussi sur disque, leur premier EP est vraiment bien réalisé.
Chinatown : quintette pop-rock de guitares, basse, batterie et synthé. Parce qu’il fait dans la chanson très pop, Chinatown ne plaît pas nécessairement aux mélomanes de la scène locale en quête de nouvelles saveurs. N’empêche que dans cette veine populaire très assumée, ce qu’ils proposent est honnête, bien ficelé, enjoué et sérieusement accrocheur (avec des tubes comme « Apprendre à danser » ou « Bateau de querelle », qui fait l’objet d’une nouvelle vidéo accessible sur le blogue du groupe Blogue et réalisée par Félix Dyotte, chanteur et guitariste). On leur aurait souhaité un public plus nombreux, mais ils ont offert un concert énergique comme s’ils jouaient à guichet fermé. Chapeau !
Le groupe sera en France du 4 au 9 décembre (à Béthune le 4 décembre, à Chef-Boutonne le 7 décembre et à Paris les 5, 8 et 9 décembre).
Crache ton rock, comme son nom l’indique : textes scandés et ponctués de « How Woh » revendicateurs à l’énergie brut de décoffrage.
Jorane. Concept : il est 11 h du matin, elle entre sur la scène du Lion d’Or, un pot de Nutella en main. « Comme c’est un brunch « Cordes et croissants », j’ai pensé qu’il fallait que je vous emmène quelque chose. Vous pouvez vous le faire passer. » La glace est rompue. La salle est pleine pour le concept de concert au petit-déj. Juste un pianiste avec Jorane et sa contrebasse. La voix est puissante, c’est en fait le troisième instrument de ce set original. La fougueuse musicienne a choisi de revisiter son répertoire en version minimaliste. Gonflé et plutôt casse-gueule, ce défi de début de journée ! Les effets sur la voix sont savamment orchestrés et donnent une puissance et une profondeur impeccables ainsi que du relief aux morceaux. « J’en ai une toute nouvelle, elle n’a même pas de titre, mais je l’appelle « La chanson réconfortante » ! ». Piqué de cordes, mélopée semblant surgir du Moyen-Âge, langage inventé qui sonne, une touche jazzy, envolée lyrique, oui le morceau est bien « réconfortant ». Tout comme le show au complet. « Mon prochain album qui sort le 11 février sera violoncelle et voix, et sera fait de reprises », dit-elle avant d’offrir sa version de Pauline Julien, Anne Sylvestre, Niagara, Zachary Richard et Vanessa Paradis. Surprenant et beau. Vivement février !
Rendez-vous : ambiance jazzy et maracas avec piano à queue, six musiciens redoublant d’instruments, plus une chanteuse qui slame et swingue avec des airs de Viktor Laslo. La voix grave, elle ondule façon Niagara, faisant osmose avec la musique. Le propos est racé, la démarche élitiste (intello ?). « De vous à moi : il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas / mais vous savez déjà, que nous sommes un tout. » Ensuite le groupe lance sur un reggae soft qui groove à souhait (« Changement de saison »). Suivent « L’éternel » et « Au seuil de l’âme » : on l’aura compris, on est ici loin du superficiel. Et ça fait du bien de voir un groupe défendant un propos qui sort du schéma classique, tout en s’éclatant sur scène ! Car oui, évidemment, les musiciens sont excellents. « J’ai mal à la rétine de ce que je vois » … « C’est pas parce qu’on est con, qu’on ne sait pas… »
Oztara, rock festif mené par un couple chanteur : lui à la gratte, elle à l’accordéon. Derrière : basse, batterie et synthés. Devant : une salle, principalement féminine, qui danse, se déhanche et chaloupe. Le tempo est latino, parfois arabisant, world-rock. Déjà vu, mais bien fait.
Duos de l’ange : organisée par Michèle Méthot, la passionnée derrière les soirées Cabaret des anges et (feu) le disquaire indépendant Les anges vagabonds, la soirée des duos vise à réunir des artistes connus pour qu’ils tentent l’expérience de partager la scène. Le résultat ? Une succession de numéros qui couvre tous les styles et forme un tout plutôt inégal. N’empêche que c’est surtout une belle réunion informelle de la scène locale, cette année associée au mini-festival Écho des régions. Soulignant la ville natale de chaque participant, l’animateur de foule Sunny Duval a eu la difficile tâche de lier la pâte. Nous avons ainsi goûté à : Andrea Lindsay + Josianne Paradis, Ève Cournoyer + Didier Dumoutier, Rémi Leclerc + Pierre-Luc Laflamme et Fred Fortin + Michel Langevin. Les deux derniers duos, plus planants ou énergiques, ont mieux su séduire nos oreilles. Juste avant que le Vaga-band (sorte de faux groupe composé de la plupart des artistes de la soirée (y compris l’animateur) vienne livrer quelques derniers morceaux !
Dany Placard : d’entrée de jeu, le guitariste et chanteur plaisante avec la formule du concert intitulé « Dany Placard et son monde », comme s’il était un peu considéré comme un extra-terrestre… Et il est vrai que Placard fait assez bande à part avec son univers chansonnier qui peut être apprêté à la sauce country-folk ou en version rock plus lourd. C’est surtout à la deuxième catégorie qu’appartient le concert présenté à l’Esco, où l’artiste offre des titres de son nouveau disque Placard, dont les pièces portent le nom de femmes. Il en a aussi présenté plusieurs des plus anciennes. Entouré de musiciens et amis, dont Toots Macbeth (avec lui sur l’album Placard Macbeth) et même un tromboniste et un trompettiste… Il s’est offert une jolie fête tout en crescendo.
Sunny Duval : au Lion d’Or, qui célèbre cette semaine son 80e anniversaire, Sunny et ses amis « les cuisses noires » sont bien déterminés à livrer le meilleur d’eux-mêmes et de l’album Sein noir sein blanc. Le récipiendaire du prix GAMIQ 2010 de l’Album rock’n’roll de l’année offre une performance juste, énergique et pleine de complicité, tant avec le public qu’avec ses musiciens, chanteuses et danseuses. Les chorégraphies plutôt brouillonnes contrastent beaucoup avec la qualité de l’ensemble musical, nettement efficace sans se prendre la tête pour autant. En digne animateur de foule, plaisantin, dandy et très heureux à sa place, Sunny donne ce que tous attendent : la chanson « Tu m’appelles même plus quand t’es chaude »… et bien plus encore : des reprises, de bonnes blagues, l’ensemble de ses chansons qui font sourire, bouger, et qui, surtout, nous sortent du marasme de novembre…
Canailles : ils sont nombreux et ne se prennent pas tellement au sérieux… N’empêche que leurs propositions country-bluegrass-folkloriques déménagent et ont su remplir l’Esco. Dommage pour ceux qui restent coincés à l’extérieur du bar beaucoup trop exigu, la fête prend et ne démord pas jusqu’aux petites heures du matin. Forts d’un EP éponyme lancé plus tôt cette saison, les membres du groupe proposent en quelque sorte du Bernard Adamus plus chaotique, avec la richesse des textes en moins. Ils gagnent du côté de l’énergie de groupe (près de la fanfare), de l’autodérision et du laisser-aller quasi total. Ou du moins, en apparence… Mais le projet embryonnaire survivra-t-il à des concerts dont les spectateurs ne sont pas en majorité des amis ? On aime beaucoup l’apport du banjo et de l’accordéon sur scène, mais on questionne la pertinence de trois chanteuses-choristes (est-ce que chacune est vraiment nécessaire ?). Des voix nasillardes qui ne plairont pas à tous, mais qui chantent avec intensité des textes bien québécois sur des airs qui font plutôt penser à la Louisiane.
Shampouing / Keith Kouna: la ville de Québec débarque au Divan Orange. Le rock de Shampouing, après les Francofolies, revient à Montréal pour finir l’année en musique. A son habitude, et avec son groupe au complet, Shampouing électrise de rock le début de la soirée avant de passer le relais à Keith Kouna et ses textes poétiques et engagés. Le public du Divan Orange termine la soirée rouge de plaisir…
Les Surveillantes : avec leur capacité à croquer des morceaux de vie, et à les exprimer de manière détachée, mais profonde dans leurs chansons, leur spectacle séduit le public. On profite de leur passage pour les immortaliser dans une capsule vidéo à voir afin de rencontrer les membres du groupe « à la ville ».
Galant tu perds ton temps : chansons populaires, traditionnelles adaptées et interprétées par une bande de cinq filles toute en voix et un percussionniste (percu, podorythmie et… valise) de feu ! Le groupe a été nominé cette année au Gala de l’ADISQ dans les catégories suivantes : ‘Révélation de l’année’, ‘Spectacle de l’année – interprète’, ‘Album de l’année – traditionnel’ et le mérite !
Paul Cargnello : avant son départ pour la France, Paul assure la promotion de son nouvel opus, et avec quel succès. Un Montréalais anglophone qui chante en français, ça se remarque. Quand en plus c’est un excellent musicien et un excellent auteur-compositeur…pourquoi passer à côté de ce plaisir musical ?
Caïman Fu ouvre la soirée avec un pop-rock tantôt touchant et lénifiant, tantôt déjanté et explosif. Le groupe oscille entre des mélodies accrochantes, des textes lyriques, des performances vocales puissantes et une prestance pour le moins théâtrale de la chanteuse Isabelle Blais. Ah oui ! C’est la même Isabelle Blais que l’on peut voir dans plusieurs séries et longs métrages québécois. Suffit de voir les moues qu’elle fait et les postures qu’elle prend pour comprendre qu’elle est comédienne ! Puis Paul Cargnello arrive avec son attitude low profil et balance son folk-reggae-blues chanté avec l’accent franco-canadien qui fait tout son charme. Le décrescendo est palpable. Il est peut-être bourré de talent ce Paul, c’est quand même lundi, il est tard, et on vient de se prendre une dose de rock théâtral plein la gueule. Plusieurs personnes tapent du pied en buvant une bière pendant les premières chansons, mais lorsque Cargnello enfile sa guitare acoustique, on comprend que la courbe de la soirée est officiellement sur son déclin. Malheureusement, les plus détachés quittent progressivement la salle. Il reste tout de même suffisamment de gens pour terminer la soirée sans honte, mais on se dit que le dénouement aurait probablement été tout autre si on avait simplement inversé l’ordre des artistes.
Passe Moe la Puck, une soirée hommage à Dédé Fortin, des Colocs et surtout à sa fondation, dont la mission est la prévention contre le suicide. Dans une salle comble aux deux horaires proposés, la soirée est chaleureuse, amicale, et touchante par l’intervention des sœurs de Dédé. Le duo masculin avec Bori pour la chanson « Qui sait », est aussi saisissant.
La prestation de Gaele entre cartoon et chanson (qui semble à chaque fois gagner en talent et en charisme) sur le titre « Belzébuth » dynamise la soirée !
Plume Latraverse : c’est dans une salle comble et d’avance acquise qu’il qu’apparaît, cheveux hirsutes et dégaine d’ours mal léché… Il est, comme à son habitude, accompagné par ses « Mauvais Compagnons ».
Après un vibrant hommage à la marque de bière sponsor de la soirée, il entame un show qui gardera, du début à la fin, un rythme effréné. Une belle partie de son répertoire y passe, pour le bonheur des fans, et des nouveaux venus découvrir le bonhomme… L’énergie et l’impertinence des textes, alliées à la machine country-rock implacable est bien huilée et fait mouche. Mention spéciale pour le guitariste Jean Claude Marsan, qui nous offre quelques beaux morceaux de bravoure et dont le jeu de jambes légendaire reste inimitable.
Lisa LeBlanc et Marie-Pierre Arthur pour une soirée de caractère(s). Dans un Cabaret juste pour rire bien rempli, la Néo-Brunswickoise Lisa LeBlanc gagne la scène la première, munie de sa guitare et accompagnée de son « Lisa LeBlanc cover band »… c’est-à-dire son guitariste ! Elle donne ainsi le ton à cette première partie, pleine d’humour et de fraîcheur. Les anecdotes ponctuent sa prestation, que ce soit autour de la chanson « Je t’écris une chanson d’amour », née suite à un pari (elle avait jusque-là seulement écrit des chansons d’amour « hardcore-failed-mégapoches ») ou sa reprise en picking country de « Eye of the tiger », lors de laquelle elle explique au public combien celle-ci l’avait rendue meilleure humainement. Un moment cocasse. La chanteuse affiche une belle présence et définit ses morceaux comme « folk-trash », saupoudrés de jurons, « Asti qu’y fait chaud » ou « Câlisse-moi-là », amusant le public de ses mimiques burlesques. Lisa ne manque aucune occasion pour parler de son village natal Rosaireville, qui compte 40 habitants et dans lequel il n’y a pas grand-chose à faire si ce n’est « de la danse en ligne avec les matantes »… mais elle en a été « kickée out » à l’âge de dix ans, car elle n’était pas assez bonne ! Elle annonce aussi au public son excitation lorsqu’elle a appris que deux nouveaux habitants venaient y bâtir leur maison et s’y installer, « ça fait une grosse increase », souligne-t-elle, provoquant les rires francs du public qui l’applaudit chaudement.
Malade ce matin, Marie-Pierre Arthur prend la suite et assure la fin de la soirée, accompagnée d’un guitariste, d’un batteur et d’un pianiste, pour un ensemble formidablement groovy. La chanteuse semble particulièrement contente d’être là, épanouie et présentant une belle assurance. Du regard, elle cherche le contact avec le public, et d’un signe de la main, elle invite à fredonner ses chansons en chœur. Le country est aussi présent dans ses compositions (comme Lisa LeBlanc), notamment dans « Tout ça pour ça », sa « complainte d’une Gaspésienne qui se plaint » !
(Photo d’ouverture : Gaële)
Serge Beyer, Marie Mello, Léna Tocquer, Lauzon Emmanuel, Pascal Kareb


































