Le soleil est toujours plus proche des cimes

22 juin 2010, Studio Nodiva, Paris XXème. Dans les rues de Paris, il y a cette odeur si particulière, mélange de poussière sèche et de tendresse printanière. La grande décélération a commencé. L’été vient d’arriver et il n’a pas encore essoré tous les espoirs, toutes les envies. Hier soir, la France se mettait à faire de la musique. Trop souvent au métronome des convenances. Hier soir, Florent fêtait aussi ses 35 ans. En amateur de ricochets, il en profitait pour enregistrer un premier concert de poche. Et ce soir, bis repetita : nouvelle séance acoustique pour d’éventuels bonus ou pour nourrir la campagne de com’. La Fiancée, Arnaud Cathrine, Nicolas Martel, Djeff Chauffour à la prise de son et Guy Fasolato à la photo, plus quelques professionnels qui ont suivi les tribulations de “Courchevel”, des crackers chinois, et juste ce qu’il faut de bouteilles de pétillant et de vin rouge pour souffler ces bougies et célébrer la signature toute fraiche, avec Pias France.

Il y a quatre semaines encore, autour d’un deuxième café bien serré, Florent m’expliquait, déterminé : “Je me suis engagé dans un processus, je ne peux pas revenir en arrière : avec Julien [Soulié], on a constitué une équipe. On vient de recruter des attachées de presse, d’obtenir l’aide de la Sacem. On a reçu un super accueil chez L’Autre Distribution… Ca y est, la machine est lancée”, avant d’ajouter : “Dans cinq ans, de toute façon, les maisons de disques n’existeront plus, ou du moins elles ne fonctionneront plus comme actuellement. Il faudra monter de A à Z ton projet, sortir en indépendant, et après, peut-être, elles viendront te voir… C’est ce que vient de faire The Divine Comedy. Faut pas louper le coche ; c’est maintenant qu’il faut s’y mettre !” Les premiers dossiers de presse venaient de partir, les radios recevaient le single “Benjamin”. Le lendemain ou le surlendemain, Kenny Gates, le fondateur de Pias, et Marc Thonon, le patron d’Atmosphériques, déjeunent ensemble. Depuis décembre 2009, le premier distribue les disques du second. Au cours du repas, parmi mille autres choses, Kenny Gates se réjouit de distribuer “Courchevel”. On imagine alors la tête de Marc Thonon lui expliquant combien il apprécie l’album de Florent, mais qu’après un bon semestre de tractations, ces dernières n’avaient pu aboutir, faute de pouvoir sortir le disque avant 2011. “Kenny m’a alors envoyé des mails pendant tout le week-end de la Pentecôte me disant qu’il fallait absolument que l’album sorte chez Pias”, me raconte Florent entre l’apéro et le concert. “J’ai commencé par refuser. Ca me paraissait impossible : j’étais parti dans une dynamique d’indépendance, et j’aurais eu l’impression de revenir en arrière. Julien [Soulié] m’a alors conseillé de rencontrer l’équipe. Ca n’engageait à rien. On les a rencontrés et on a bien vu qu’ils étaient motivés, qu’ils étaient prêts à défendre l’album. Et c’est un peu la mort dans l’âme qu’on a dû se rendre à l’évidence : Pias était une structure indépendante, solide, capable de respecter notre calendrier, avec une vraie force de frappe, et surtout, le plus important, qui aimait le disque comme il était !”

Le téléphone sonne. Un dernier invité arrive. Je m’attendais à voir le visage de Rémi Alexandre passer l’embrasure de la porte. Il s’agit de Sébastien Collinet, son successeur. Car dans ces quatre semaines de grande trépidation, pris entre le contrat à négocier, les premiers visuels à valider et les deux spectacles pour “Paris en toutes lettres” à préparer, Florent a dû se mettre en quête de deux nouveaux musiciens pour remplacer Jean-Yves Lozac’h et Rémi. “BrotherOcean”, le quatrième album de Syd Matters, sort finalement en août ; son accueil a été diablement bon lors d’une mini-tournée baptisée “Les balades sonores”. Quant au “Courchevel Tour”, il ne cesse de s’étoffer. Il devenait impossible de concilier les emplois du temps de chacun. Florent a tout naturellement appelé l’ami Edouard Marie à la basse et à la rescousse. Mais pour trouver un multi-instrumentiste de la trempe de Rémi, la tâche s’annonçait délicate… La solution viendra de Rémi, lui-même, qui vantera le talent de Sébastien. C’est comme ça que, peu après 20 heures ce 22 juin 2010, il s’assiéra sur un tabouret au fond du studio Nodiva. Arnaud Cathrine laisse, lui, glisser son grand dos contre le mur et s’installe à même le sol, juste à côté de Nicolas Martel et de son verre. Quant à moi, je fais bien attention de me poser loin de tout instrument et de tout liquide. Je fréquente depuis des années ma maladresse et je ne voudrais pas que ma voisine, Célia Bessonnard, qui s’occupe tout particulièrement de Florent pour F2F Music, ne reparte maculée de vin. Tout le monde semble confortablement armé. Place maintenant à la musique.

Vous venez de lire un moment de la vie de “Courchevel”. Lire la chronique de l’album

Texte : Sylvain Dépée

Photos : Guy Fasolato

Episode n°9 sur 10.

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A suivre…



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