
Le Zèbre de Belleville (Paris), le 29 octobre 2010
On a envie de la plaindre la pauvre Ruby Throat. Annuler sa tournée française d’une dizaine de dates pour des raisons familiales… C’est dommage aussi pour les Cats on Trees qui auraient épinglés là une jolie référence à leur dossier de presse. Mais on a surtout envie de lui dire « thank you » à la diva anglaise ! Grâce à elle, Le Zèbre de Belleville a accueilli un plateau à 31000% découverte de la jeune scène pop toulousaine. Histoire de constater que la ville rose fourmille de groupes intéressants et que la médiatisation des Dodoz pourrait bien servir à l’éclosion d’autres formations.
L’antre boisée du cabaret-cirque bellevillois correspondait parfaitement à l’horaire avancé (20h) et à l’univers très intimiste du duo Uniform Motion pour débuter la soirée. D’autant plus que leur formule sur scène est assez surprenante. Pendant qu’Andy Richards chante, enregistre des boucles et joue de très jolies mélodies avec sa guitare, Renaud Forestié réalise en temps réel, sur son ordinateur, une vignette illustrant le morceau, projetée directement en fond de scène. Les deux performances se complètent dans la forme comme dans le fond. Les improvisations à la palette graphique de Renaud sont époustouflantes et prolongent visuellement l’univers des douces ballades mélancoliques d’Andy comme « Saving up for sundays » ou « The black box ». Ce concept devrait certainement leur ouvrir de nombreuses portes.
On les attendait au tournant et les Cats on Trees ont convaincu la salle, venue écouter l’une des sensations du dernier Printemps de Bourges. En plein milieu de leur tournée automnale d’une quinzaine de dates, qui accompagne le lancement de leur EP trois titres « Tiki tiki boy » (et qui ne serait que le début d’une série), ils affichent une fraicheur et une complicité réjouissantes. Les trois morceaux de cet EP sont à l’évidence les plus aboutis. L’impact immédiat de « Tiki tiki boy », « Prince Farmer » ou « Too much » leur ont mis le public directement dans la poche et du même coup, retiré ce petit trac perceptible. On y retrouve la folie douce et les envolées tumultueuses des Dresden Dolls notamment, avec un petit côté félin bien à eux. Les autres compos n’ont pas encore cette même accroche mais on devine tout le potentiel de ce groupe en pleine mue.
C’est au quatuor Agora Fidelio qu’est revenue la tâche de clore la soirée en beauté, ce qu’ils ont fait avec leur pop-rock / post-rock enlevé de leur dernier album « Barcelone », tout juste sorti. La formule était plus classique dans sa présentation mais c’était sans compter sur des envolées soniques et gutturales toute en puissance de Milka comme sur « Altitude zéro » ou « On sème ». Leur prestation est lentement montée en puissance pour terminer sur des morceaux cathartiques, où toute l’assistance se sentait joyeusement prête à vider ses tripes. Un vrai concert de rock.
La scène toulousaine se retrouve un second souffle avec une nouvelle scène pop et rock prête à faire beaucoup de bruit. Alors pour ces trois groupes-là, Paris valait bien un toast en l’honneur de Ruby Throat !
Texte : Damien Baumal
Photos : Yannick Ribeaut











