
Montréal (Québec), du 29 septembre au 3 octobre 2010
Quiconque voudrait découvrir l’effervescence musicale de Montréal en un week-end (trop) chargé devrait d’ores et déjà marquer d’une croix les premiers soirs d’octobre 2011. Chaque année, Pop Montréal prend la ville d’assaut – salles de spectacles, petits bars de quartiers, salles communautaires et églises confondues – avec des propositions musicales de tout acabit. Le « Pop » du titre de l’événement renverrait plutôt à une explosion de genres (ou une crise cardiaque déclenchée par trop de musique) qu’au genre musical du même nom. Il n’y a décidément pas que de la pop au festival : indie rock, hip-hop, noise, ska, rockabilly, gospel, musiques électroniques, afrobeat, chanson… Surtout en anglais, mais de plus en plus en français. Dur de faire le tri.
Des groupes internationaux à grand succès (Gotan Projet, The XX) aux formations plus confidentielles, du petit chanteur folk au grand ensemble, se balader de salle en salle durant le festival a quelque chose de délicieusement schizophrénique. Avons-nous mentionné que la programmation de cette 9ème édition incluait plusieurs centaines d’artistes en cinq soirs ? C’est sans compter les différents volets de l’événement : Film Pop, Art Pop et plus. Mais revenons à la musique. Parmi la vingtaine de spectacles saisis au vol, nos découvertes (ou redécouvertes), confirmations, surprises et moments forts de Pop Montréal 2010.
Jour 1
Un parcours un peu improvisé nous a fait démarrer la soirée avec un voyage dans le temps, d’abord avec Buddy McNeil and the Magic Mirrors, un « faux » groupe de reprises qui salue le rock’n'roll des années 1950-60 en un set vraiment dynamique. La bande de marins montréalais, parents du EP « Help me mama ! », a bien relevé le défi d’ouvrir pour Murder by Death au Petit Campus et gagne à être plus connu. La transition avec Hellbound Hepcats, en train de préparer le Divan orange à une soirée ska, n’a pas été trop difficile. Le trio rockabilly (contrebasse, guitare, batterie) déjà présenté au Festival international de jazz de Montréal nous a permis de rester un peu dans les années 50, avant de migrer vers les spectacles principaux du mercredi.
Après, détour obligé à la Mission Santa Cruz, sorte de salle communautaire adjacente à une église du quartier portugais. Malgré un lieu qui, au final, évoque une cafétéria d’hôpital, The Dears ont bellement réchauffé l’ambiance et fait preuve de générosité en offrant beaucoup de nouvelles pièces qui figureront sur l’album prévu en 2011. Puisqu’il s’agissait de la première d’une résidence de trois jours, la formule du concert a sans aucun doute évolué par la suite. Enchaînement rapide avec Les Incendiaires, un segment de la vitrine musicale « pop » proposée par Bande à Part (Radio-Canada). En dépit de l’absence d’un label, la formation qui ne cache pas sa parenté avec Indochine fonctionne de mieux en mieux et était parfaite pour clore la soirée avec énergie.
Jour 2
Notre seconde soirée hétéroclite a bellement été introduite par le quintette de rock francophone Jesuslesfilles, en première partie d’une vitrine offerte par M pour Montréal. Depuis leur participation aux Francouvertes, leur son plutôt garage et influencé par le punk a évolué pour le mieux et ils ont maintenant un album en poche (« Une belle table »). Après un petit détour pour découvrir l’indie pop torontoise des Russian Futurists (projet sympa de Matthew Hart, teinté d’électro, très lo-fi et, étonnamment, sans guitare), nous partons à la découverte des artistes de la seconde vitrine Bande à part, cette fois sous le thème du hip-hop. Blissa, le premier groupe entendu, avait pourtant bien plus à voir avec le funk (mention très spéciale au jeu de basse de Jean-François Bertrand-Sauvé). Des compositions chantées en français qui mériteraient peut-être des textes plus originaux, mais le son était au rendez-vous.
Ensuite, Mr OK a offert son rap créole devant une salle tiède, sans doute en raison de la tenue de plusieurs concerts importants simultanément. N’empêche que la venue de Boogat, invité spécial nettement plus expérimenté (connu pour son travail avec Poirier et Pawa Up First, entre autres), a fait lever la foule et bien sauvé l’atmosphère. La collaboration entre les deux artistes ajoute une dimension intéressante à des pièces qui ne se démarquent toutefois pas encore assez. Un dernier petit saut dans un Club Lambi bondé, ou se produisaient les DJ Hovatron (Philippe Aubin-Dionne) et Lunice, pour un fin de soirée de feu, toute en électro et grosses basses sérieusement efficaces.
Jour 3
Une soirée ou nous avons vu moins de concerts, mais non les moindres. D’abord, en ouverture du spectacle de Chinatown au Rialto, un magnifique théâtre baroque revampé, nous avons pu découvrir Passwords. Le quatuor montréalais de rock indé très shoegaze a offert une prestation mémorable, véritable coup de cœur de cette édition de Pop Montréal.
Puis, changement de salle pour Timber Timbre dont le folk-blues singulier, torturé et plutôt mystique a empli le local de la Fédération ukrainienne. Ce groupe d’un seul homme a eu la bonne idée de se faire accompagner d’une violoniste et les pièces de l’album éponyme paru en 2009 avaient de quoi donner des frissons. On aurait dit que les lieux étaient hantés…
Jour 4
Avant-dernier jour du festival, mais conclusion de notre parcours personnel, le samedi offrait beaucoup trop de choix. En apéro, avant de se mettre beaucoup de musique uptempo sous la dent, Malajube a offert une prestation toute en douceur sur le toit d’un immeuble du quartier Mile End. C’était un moment magique pour tous ceux qui ont eu la chance d’en entendre parler, car l’événement ne figurait pas dans le programme officiel de Pop Montréal. Une belle manière d’écouter un groupe maintenant très connu dans un contexte plus intime et… automnal. Il faisait frais sur le toit, mais les pièces de « Labyrinthes » et de « Trompe-l’œil » ont tôt fait de faire baigner la petite foule dans une atmosphère chaleureuse et complice.
Après un bref saut au Cabaret pour apprécier l’humour singulier des bizarroïdes Special Noise et leur façon originale de bien occuper la grande scène alors qu’ils ne sont que deux, une alternance entre deux salles s’est imposée : le mythique bar Les Foufounes Electriques, avec Atari Teenage Riot en tête d’affiche, et le Club Soda, où Radio Radio réservait toute une fête au festivaliers. Belle découverte en première partie du trio hip-hop acadien : Isis, autrefois membre de Thunderheist, qui a offert un concert énorme, accompagnée d’une DJ et d’un batteur. Electro, hip-hop et soul étaient combinés en une performance très animée. Charisme, puissance vocale et talent indéniables.
Moins de chance du côté des premières parties aux Foufounes électriques, mais Atari Teenage Riot a ensuite accompli sa mission de brasser la cage avec brio. Dans un délire stroboscopique, les pionniers du hardcore digital des années 1990 (mais réunis en 2009), ont secoué la foule et grillé nos oreilles avides. Nous avons à peine eu le temps de nous en remettre avant d’entrer au concert de Radio Radio, qui a livré en grande pompe l’album « Belmundo Regal » et quelques pièces d’avant, avec plusieurs invités, une assurance grandissante et un public déjà conquis. La présence de Whitney Lafleur, voix féminine sur la chanson « Kenny G non-stop » était une belle surprise.
S’en suivit notre second coup de cœur majeur de Pop Montréal 2010 : The Budos Band, un supergroupe formé de dix musiciens qui offrent un mélange de funk des années 1970 et d’afrobeat, teinté de psychédélisme. La bande new-yorkaise a fait salle comble avec son spectacle généreux qui, progressivement, est devenu un plus confus. N’empêche que c’était une fiesta vraiment digne de conclure notre fou parcours Pop cette année.
Texte : Marie-Hélène Mello
Photos : Michel Pinault et Najd Salas
Le site : www.popmontreal.com


















