
Montendre (17), les 2 et 3 juillet 2010
Cette année, le festival de Montendre avait dix ans. Réputé pour son ambiance bonne enfant (Apéroooo !) et pour une sélection de groupes étonnements prisés pour un si petit festival (8500 personnes le premier soir). Le Free Music a su s’imposer parmi les festivals les plus en vogue dans le cœur des festivaliers du Sud-Ouest. L’accueil agréable des organisateurs ainsi que la proximité directe avec les artistes font aussi partie des atouts qui nous permettent d’apprécier pleinement ce genre d’évènement. Quant au staff, soutenu par une bande de vaillants bénévoles (oui, « vaillants »… demandez aux gars des premiers secours par exemple ; il faut en vouloir pour tenir le coup, entre les kétaminés et les tapisseurs alcoolisés qui s’enchaînent en cortèges extatiques), l’adjectif « impeccable » leurs siéra à ravir.
Pour souffler ses bougies, une programmation ambitieuse, comme toujours, avec pour têtes d’affiche les maîtres français du rap official et du métal furieux, Gojira et Iam, la révolte désinvolte des Babyshambles ainsi que l’hallucinant duo mexicano-dublinois Rodrigo y Gabriella. Retour sur deux soirs qui ont tenu leurs promesses…
Un raz-de-marée humain était venu assister à la performance des maîtres Jedi du rap français, armés pour l’occasion de sabres lasers (véridique). Inutile de dire (mais nous le disons quand même) que la simple entrée d’Akhenaton et de ses potes sur scène était à deux doigts de provoquer une émeute. Et de la foule d’entonner chaque refrain avec ferveur, en chœur, sous la même étoile. A croire que tout le monde aime IAM, du drédeux neurasthénique à la caillera patibulaire, et l’unité palpable dans les rangs serrés du public (il y avait vraiment, vraiment beaucoup de monde) avait quelque chose d’émouvant.
De la première soirée, nous retiendrons aussi la prestation simiesque de Shakaponk, furibonde escapade dans le tumultueux brouhaha de nos instincts primaires, tant excité par Goz, l’avatar numérique du groupe que par son gesticulant chanteur. Pure galvanisation, dans la jungle éphémère d’une heure et demie où gorilles cohabitaient avec babouins, macaques et bonobos.
Puis les Nantais d’Ultra Vomit, de plus en plus reconnus comme étant le groupe le plus déjanté du grindcore français, ont bénéficié de la pluie pour produire un show digne du plus cliché des clips de Metallica (grosse guitare, pluie torrentielle, il ne manquait plus que le cimetière, mais le premier rang ravagé de pogos pouvait faire illusion), ponctué d’humour aussi fin que leurs riffs de guitare (c’est dire…). Pour exemple, le désormais fameux solo vocal à base de pipi-caca : un moment…particulièrement lourdingue (mais un peu jouissif quand même, dirons-nous à confesse).
Deuxième soir. Gojira ouvre les hostilités. Mais il faut croire que les Landais à cheveux longs se sont assagis. Un show carré, sans folie, un peu décevant pour de pareilles pointures, qui, si elles n’ont plus rien à prouver sinon aux profanes, se doivent, nous semble-t-il, de produire un show digne de leur réputation et de leur aura. Peut-être était-ce dû à leur horaire de passage, 20 h 30, un peu tôt pour ce genre de set, mais la déflagration promise nous a semblé bien flasque. La protection des baleines les aura peut-être anesthésiés, qui sait ?
Plus tard, l’electro-jazz de Lyre le Temps a fait swinguer les festivaliers au rythme du be-bop et de la soul électro façon Caravane Palace. Mais leur souvenir devait s’étioler quelques minutes plus tard, dès l’entrée en scène de Rodrigo y Gabriella. Epoustouflante revanche du minimalisme folk (deux guitares acoustiques et c’est tout) sur l’artillerie étiquetée PC ou Mac dont dispose tout bon DJ dans l’ère du temps. Rythmiques effroyables, riffs endiablés, basses explosives…Largement de quoi faire la nique à Garage Band ou Cubase. Au final, des applaudissements éclatant comme autant de bulles de champagne au banquet des triomphes : amplement mérité.
Petit point sur le cas Babyshambles, et sur Pete Doherty en particulier. Ou comment les médias peuvent castagner un artiste talentueux au point de le changer en épave. Pete bourré, on connait. Pete défoncé, on connait aussi. Ca fait comme partie du personnage. Mais nous avons assisté à la prestation d’un Pete amoindri et bouffi, semblable à une vieille star en fin de carrière (31 ans !). Adieu sex-symbol…Espérons que la débâcle n’affectera pas plus encore son tempérament créatif, encore remarquable il n’y a pas si longtemps de ça. Avis aux tabloïds anglais, il y a suffisamment de gens inintéressants et tout autant dépourvu de talent que Paris Hilton de dignité, pour faire vos choux-gras. Epargnez-nous le massacre des rares individus capables, d’une certaine manière, de rehausser le drapeau d’une culture musicale en berne. Nous remarquerons néanmoins que la performance en elle-même était plutôt dynamique, carré, english-punk, désinvolture en armoiries : largement au-dessus de nos espérances après constat et état des lieux. Nous avons appréciés l’interprétation de « What Katie Did », rappel d’une époque fringante où Pete caracolait avec génie accompagné de son comparse Carl Barat à la tête des Libertines. Des applaudissements pour le cul sec de bière et pour la clope sur scène (ah, le cliché du dandy débauché fait encore des émules) et un souvenir aigre-doux sur le bout de la mémoire.
Une petite déception concernant les groupes de clôture, qui nous ont livrés une électro un peu rébarbative dans son manque de créativité, ainsi qu’un petit moins au Catcheur et la Pute, plus proprets qu’à Garorock lien avec notre compte rendu sur le site. Enfin, on ne peut pas non plus finir tous ses concerts à poil dans un vaste maelstrom de pulsions sexuelles libérées, nous vous le concédons.
En faisant un détour par le camping, outre quelques problèmes d’urticaire dû aux bébêtes qui foisonnent parmi les fougères, nous avons tâté le pouls du festival. Ambiance festive, préservée par des conditions météo plutôt clémente. Du côté du Off, comme toujours l’impression d’être dans une zone intermédiaire post-apocalyptique entre « Madmax » et « Dune », peuplé d’êtres étranges, évoluant eux-mêmes dans un monde éthéré. Les éléments folkloriques sont respectés : c’est important. Un plus : les teufeurs étaient plus ou moins encadrés par des équipes de secours et de préventions, ce qui témoigne d’un état d’esprit sain ; ou comment se retrouver la tête dans un caisson de basse avec la certitude d’être entre de bonne mains.
En somme, deux soirées réussies et un anniversaire célébré avec brio, et la promesse d’une autre réussite pour l’année prochaine. Hasta siempre Montendre « y viva la musica libra ! ».
Festival Free Music : le site
Kévin Duranton
Photos Pierre Wetzel


















































