
Montreuil (93), du 4 au 6 juin 2010
Le festival Ta Parole débarquait une nouvelle fois à l’espace La Parole Errante de Montreuil. La grande halle et le jardin allaient donc s’emplir de musique, de lieux de débats et de bonnes bouffes ! La salle est divisée en deux : un espace bar et petite scène et un autre avec la grande scène qui peut accueillir (avec chaises ou sans) plus de 700 personnes. Dans le jardin, un bar avec plein de produits bios, un restaurant avec cuisine traditionnelle faite maison (par Zsuzsa et son équipe). De l’autre coté, des stands associatifs pour les informations et débats…
Des installations sonores faites par deux jeunes journalistes (Elisa et Raphaël) nous prouvaient, s’il en est encore besoin, que le régime politique que nous vivons utilise la peur de la police et de la justice pour faire taire toute opposition par le recours systématique au délit d’outrage, qui transforme immédiatement toute contestation en garde à vue et tribunal. Une cabine, genre photomaton, était installée pour enregistrer des outrages ou ce qui nous outrage.
Cette année, le premier groupe jouait dehors, au bar, façon apéro concert. La fille d’en bas, quatuor, basse, batterie, saxo, guitare et chant, ouvrait donc le bal sur des musiques festives ou rock. Monsieur Chouf, attaquait lui dans la salle, réussissant à y faire rentrer le public malgré l’attirant soleil printanier ! Batterie, trombone (sa section cuivre), contrebasse et lui chant et guitare. Des textes tendres ou acerbes, une belle façon de dire des choses graves ou de rappeler des souvenirs d’enfance.
L’Herbe Folle, quatuor multi-instrumentiste qui parcours tous les styles du tsigane au dub en passant par le rock, la valse, la java ou la bourrée, chantant en français, en occitan ou en polonais… leur horizon est rond comme la terre.
Les Hurlement d’Léo ne sont pas morts, bien au contraire, ils repartent même avec un nouveau spectacle et un futur album pour février. La salle s’est donc vidée de ses chaises pour permettre à tout le monde de rentrer et de danser. L’énergie est contagieuse et le public se bouge sur ces musiques entraînantes et joyeuses, le temps n’existe plus, on se croirait hier, il y a longtemps déjà… mais on est bien aujourd’hui et la fête continue.
Un vendredi soir bien rempli, 4 concerts et un bar fonctionne à fond pour les couche tard et ceux qui ont plein de choses à se dire… Normal, pour « Ta parole » !
Samedi, la journée a commencé à 14 h 30 par un film suivit d’un débat, puis Les Little Ballroom, en duo ont ouvert la partie chanson, en extérieur sous un beau soleil. Les punkettes accordéon et violoncelle mélangeaient allègrement gros rock et chansons.
Thierry Romanens était descendu de ses montagnes suisses pour venir nous apporter un petit peu d’air frais outre-périphérique. Un clavier, une contrebasse, une batterie et lui au chant et à la guitare. Son monde ? Une description toute simple de la vie qui nous entoure, notre vie toute banale ou ses choses qui la font briller.
Marie Tout Court avec son groupe, guitare électrique, contrebasse, batterie, banjo entre autre, est une petite elfe qui balance sa baguette magique d’une façon tantôt grave ou espiègle, qui nous parle de la peur de vieillir, de la maladie (elle intervient dans des ateliers d’écriture en milieu psychiatrique et scolaire), de l’amour bien sûr, et qui pose sur les choses un coté féministe sans tomber dans l’activisme (lecture d’un texte sur l’éducation des femmes dans les écoles ménagères).
Voilà longtemps déjà (il en est à son 6ème album) que Batlik nous transporte dans son univers, par son jeu de guitare et sa façon de chanter si particulière. Accompagné d’un bassiste et d’un clavier–trompettiste, il nous parle de sa banlieue, de contrôle de flics dans le métro, ou des rencontres et amours si difficiles à vivre. Tout en pudeur et timidité, il ne laisse pas de place à l’indifférence : on aime ou pas. C’est comme lui : entier et sans concession.
Lojo, la bande à Denis Péan s’offrait un voyage en Seine St Denis. Le public, nombreux et connaisseur, vibrait sur ces musiques de partout et les voix de Nadia et Yamina ensorcelaient avec les textes incroyables de Denis. De l’harmonium à la kora, en passant par le violon ou les guitares et bien d’autres instruments encore, tous les rythmes venus de leurs nombreux voyages (ils parcourent le monde à la rencontre des gens et de leurs musiques) nous faisaient voyager. En sortant, on se disait qu’encore une fois on avait pris une grosse claque… et ça fait 25 ans que cela dure !
Pour finir la soirée « Bal » animé par Tonino Cavalo et Guappecarto. Les danseurs occupaient le hall de la grande salle et s’éclataient sur les musiques italiennes, les autres profitaient tranquillement de la belle nuit en buvant au bar extérieur.
Dimanche, lors du brunch à partir de 13 h, l’équipe avait promptement réagi pour bouger les installations extérieures au moment de l’orage de début de matinée. Tout pouvait donc reprendre correctement. Toma Sibidé, ouvrait l’après-midi avec ses contes africains, spectacle jeune public, mais à suivre par toute la famille. Djembé, guitare, il se transporte et nous entraîne de village en village et de rencontres en découvertes, là où paroles et musiques sont encore vecteurs de liens humains et sociaux et de passés faisant des futurs à vivre au quotidien.
Fanch, faisait là un retour remarqué dans son univers rock. Guitare, basse, batterie et François chant et guitare. Ses chansons prennent un tout autre éclat et une super énergie dans cette version. Une classe de l’école Louise Michel le rejoint sur scène pour présenter le travail de l’atelier d’écriture fait durant l’année scolaire. Une chanson sur le séjour en classe de neige plus une en hommage à la grande dame qui donne son nom à cette école. Espérons que les enfants en porteront longtemps le message.
Nicolas Joseph, cela fait longtemps que l’on attendait la sortie de son album , ça y est « Mes nuits sont plus courtes que vos siestes » est là, dans une belle pochette rouge et noire. Sur scène avec, clarinette, guitare et banjo et accordéon il nous promène dans son univers de ballades douces ou avec son regard acerbe sur notre société.
Hervé Akrich, une allure d’instit du temps où l’école apprenait encore le vivre ensemble, avec son trio, piano accordéon, batterie, anches de rythmes africains aux airs plus jazz, il joue avec les mots des maux de notre société, kebab ou MacDo voilà un drôle de choix, « Un enfant noir sur une photo c’est mieux qu’un roumain dans le métro ». Nos petites compromissions sont mises au grand jour et cela explique tous les malheurs des uns et des autres. Tendre ou paillard sa rondeur est toute en caresse.
Louis Arti, semblait avoir disparu alors qu’il n’avait fait que rejoindre les bruyères d’Ardèche. Poète, musicien, acteur, d’Algérie en Lorraine, de Paris à la plage de Dunkerque ou d’ailleurs, monté de la mine ou descendu des collines, camarade Loulou aura toujours chanté l’Humain, dans ce qu’il a de plus désenchanté ou de plus amical, mais où brille toujours l’espoir. Aujourd’hui il revient sur scène avec sa fille Laura au violon, ses mots à lui, ses textes à elle… la vie toujours.
Loic Lantoine, c’est à quatre qu’ils occupent la scène maintenant. Toujours avec son contrebassiste François Pierron, mais aussi avec un guitariste (Fil) et un plus que multi-instrumentiste (Joseph Doherty). Les mots, la poésie est toujours la même, le Loic, toujours aussi timide, caché à l’intérieur de lui-même mais, en groupe, le spectacle est forcement plus ouvert plus puissant, car ne cherchant plus l’intimité comme avant.
Une nouvelle édition fort réussie, public au rendez-vous, accueil toujours fort sympathique et programmation de bon niveau : encore bravo à toute l’équipe, rendez vous donc en juin 2011 et en attendant, les spectacles continuent à la Menuiserie à Pantin, car c’est là que l’association vous attend toute l’année. Heu, seul bémol : l’année prochaine pensez à acheter davantage de vrai bon chocolat bio, car les crêpes Nutella c’est pas pareil…
Alain Dodeler
Festival Ta Parole : le site


















