Scènes

Primavera Sound Festival


Barcelone (Espagne), du 27 au 29 mai 2010
Premier festival de l’été, le Primavera Sound donne chaque année la tendance en présentant à travers six scènes et un superbe auditorium les valeurs montantes du moment mais aussi en exhumant les vieilles gloires des années new-wave, punk et bruitiste. Le Primavera, c’est la grande messe annuelle des musiques indépendantes, en bord de mer, avec la chaleur des nuits barcelonaises… Cette année, les Pixies étaient la grosse tête d’affiche parmi plus de 200 concerts annoncés.

Le festival Barcelonais a l’habitude de donner avant tout le monde la tendance de l’été avec, curieusement, beaucoup de groupes que l’on ne reverra que peu ailleurs. Evidemment, ce n’est pas le cas avec The XX , la grosse sensation du moment. Jeudi, le trio débute son concert devant une très large audience et quelques gouttes de pluies. Une première sur le festival, comme pour célébrer l’avènement du trio britannique le plus hype du moment. Un buzz mérité à voir la remarquable prestation de Romy Madley et d’Oliver Smith face à un public aussi sage que captif. Preuve que le minimalisme musical et épuré peut être d’une très grande splendeur même en extérieur devant des milliers de personnes.

De retour après une longue absence, Superchunk a les honneurs de la grande scène San Miguel sans vraiment accrocher malgré une envie évidente de bien faire. Mieux vaut retourner d’où l’on vient. Le Brocken Social Scène, enfin de retour, s’apprête à investir les lieux, bientôt rejoint par Spiral Stair, guitariste de Pavement pour quelques morceaux. Très convaincant, très agréable à voir comme à entendre.

A une heure pétante, les Californiens de Pavement font leur entrer sur scène face à 32 000 personnes. Malkmus et sa bande enchaînent aussi bien les moments lents et prenants (« Stop breathin’ », « Silent kit ») que des morceaux plus déstructurés (« Two states », « Fight generation »). Les 10 années de séparation ne semblent pas avoir affecté l’esprit du groupe et on retrouve même Kevin Drew (le chanteur de Broken Social Scène) sur  » Kennel District », histoire de rajouter un peu de folie ! Les incontournables « In the mouth a desert » et « Here » sont l’apogée de la soirée devant un public archi conquit. Fin de concert avec l’imparable tube « Range Life », rappel avec « Shady Lane » et « Stop Breathin » et une vraie confirmation : Pavement is back !

Les soporifiques Fuck Buttons ne parvenant pas nous retenir, direction la sortie, et la grosse galère pour attraper un bus ou un taxi. Il faudra, après une heure d’errance, un heureux concours de circonstance pour enfin être rapatrié par un bus de nuit place Catalunya, immuable point névralgique de la capitale Catalane.

Les nuits sont chaudes à Barcelone, les journées ensoleillées. Le Forum est à dix minutes de métro du centre-ville, la plage à proximité. Une belle éclaircie permet un bain de mer et direction l’auditorium pour assister à la performance de Low qui reprend son album « The great destroyer ». 2 000 personnes seulement peuvent rentrer, la file d’attente, très disciplinée, se prolonge sur des centaines de mètres. Dans ce très bel édifice à l’acoustique extraordinaire, les notes résonnent avec une chaleur unique. Le trio y trouve un écrin de choix face à une audience aussi chaleureuse que connaisseuse.

De retour en extérieur, la nuit promet d’être belle. Spoon d’abord, puis surtout Wilco, galvanisent le public sur la grande scène, Beach House bourre le site de la scène ATP. Contraste sonore quelques minutes plus tard lorsque les Savy Fav s’accaparent des lieux. Question show punk et destroy, la relève de Fuckep Up est bien assurée. Mais tout cela n’est qu’une mise en bouche, certes réussie, avant le grand moment du jour. Même Shellac, groupe presque résident du festival toujours aussi efficace ici, s’arrête de jouer lorsque les Pixies investissent la scène San Miguel. Il n’y a jamais eu autant de monde au Primavera ! Exceptionnellement reformés pour une tournée d’une dizaine de dates, dont deux fin mai salle du Bikini, à Toulouse, les Pixies font le plein. Frank Black, très électrique, attaque le set d’une trentaine de titres par « Cecilia Ann », instrumental titre d’ouverture de « Trompe le monde ». Sous d’agressives lumières noires et rouges, « Wave of mutilation » provoque un immense mouvement de foule. Durant une heure trente, le groupe va piocher dans tous ses albums pour en tirer le meilleur. Tous les titres phares sont joués, d’autres plus cultes et moins accessibles, sont exhumés avec classe. Le quatuor prend visiblement plaisir à jouer, Kim Deal sourit presque en permanence et chacun excuse ses approximations. Le placement du groupe sur scène n’a pas changé, chacun des quatre exécutants reste bien à sa place, mais Frank Black semble avoir la bougeotte, ou tout du moins de l’électricité dans les doigts. Il n’ira cependant pas jusqu’à se rouler par terre comme il lui arrive de faire en solo ! Morceaux calmes comme « Caribou » succèdent à d’autres plus enlevés, tel « Planet of sound » ou « Nimrod’s song » entre deux reprises, « Winterlong » de Neil young et « Head on » de Jesus and Mary Chain. En fin de concert, Joey Santiago retrouve ses automatismes. « Vamos » lui donne l’occasion de maltraiter sa guitare. Fin de concert ? Bien sûr que non ! Comme partout le public attend son « Where’s is my mind ». Le combo est vite de retour pour jouer “Gigantic” et donc leur morceau le plus consensuel, que Frank Black prend un malin plaisir à décaler dans le chant, histoire de perturber un minimum une foule qui n’attendait que ce moment pour donner une dernière fois de la voix. Après la déception parisienne de Rock en Seine, c’est peu de dire que les Pixies ont ce vendredi regagné toute notre estime (mais l’avait-il vraiment perdue ?) A tel point que l’on traîne un peu des pieds pour le dernier concert.

On ne savait pas encore qu’une nouvelle claque nous attendait : la prestation électro-punk de the Bloody Beetroots Death Crew 77 ! Masqué, en noir et blanc, le duo italien, devenu depuis peu trio, envoi dans une furie sonore un set énorme. Ca hurle, ça saute, ça bouge dans tous les sens, à tel point qu’on en oublie presque ce si bon concert des Pixies.

La journée de samedi s’annonce nettement moins riche, elle le sera sans discussion. Pourtant, tôt dans la soirée, le super groupe de Michael Rother, avec Steeve Shelley, batteur de Sonic Youth, jouait Neu ! et avait de quoi attiser une curiosité vite rassasiée. Certes, Florence and the machine assure en grande prêtresse avec ses airs mystiques à la Mylène Farmer. C’est agréable, mais vite gonflant de revoir The Charlatans. C’est sympa mais trop planant d’écouter les Grizzly Bear. Heureusement les fraîches Dum dum girls, sorte de Plasticines américaines et surtout The Almighty Defenders, le groupe lié aux Black Lips, donnent deux raisons supplémentaires de se dire qu’il se passe toujours quelque chose au Primavera.

Il faut dire qu’avec ses six scènes, plus l’auditorium de 2000 places, qui fonctionnent en permanence, il faut souvent faire des choix draconiens. D’autant qu’il y a aussi un marché de la musique indépendante, où Dead Bees, un sympathique label Toulousain, propose cette année sa nouvelle compil avec un inédit de Brian Jonestown Massacre et une flopée de groupes dans cette respectable lignée. Dommage quand même : aucun groupe français ne semble trouver grâce aux yeux d’une organisation visiblement tournée vers l’Angletterre. Dommage, car cette année des groupes comme Pamela Hute, Dodoz et autres Eldia ou The Rodeo, voire même Pony Pony Run Run, auraient bien sûr toute leur place ici. En espérant que cela ne soit que partie remise, la frontière française n’est pas si loin …

L’espace restauration bien achalandé et diversifié vaut aussi le détour. Sans oublier bien sur l’alcool, et pas que la bière, vendue moins chère que le plus simple des sodas, omniprésent dans les bars mais aussi en vente ambulante à la pression. En Espagne, les plus gros sponsors des festivals sont en effet les marques d’alcool !

Bilan de ces trois jours, une édition (très) réussie, un plaisir encore une fois renouvelé, et une irrésistible envie d’y revenir. Pas de soucis pour la reconduction, le festival, recentré sur le folk et le rock, a battu cette année des records de fréquentations, faisant même une soirée sold-out avec les Pixies. Les billets pour la prochaine édition devraient être en vente, à l’aveugle pour la programmation, dès la fin de l’année à un prix (plus) raisonnable. Avant de subir une sérieuse inflation pour atteindre cette année les 180 euros sur place. Deux chiffres pour finir : plus de 100 000 personnes ont assisté au festival, pour apprécier 240 concerts !

Johann Pasquier et Patrick Auffret

Primavera sound Festival : le site


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