Il n’est pas que le booster de la poptronics hexagonale, le « Rémy Bricka 2.0 » ou le Beck à la française. Pilleur opportuniste, bricoleur ludique, esthète de la débrouillardise, Boogers est l’artiste d’une génération sans illusions ni complexes musicaux. Dynamiteur et dynamiseur !

« Si je suis souvent torse nu sur scène, ce n’est pas pour faire style, mais c’est parce qu’il fait chaud ! » Ca se défend… « J’adore regarder « Vidéo gag » et voir comment ils réussissent à lier toutes ces petites séquences. J’adore l’esthétique du best-of. » OK, soit. « On m’a filé de la thune pour acheter des instruments et j’ai acheté de la merde. J’aime bien les instruments pourris ; ils sonnent plus vrai ! » Etonnant et détonnant Boogers. De l’art ou du cochon, avec lui, on ne sait jamais sur quel pied danser. Ca tombe bien : le dancefloor, voilà ce qu’il agite et affole depuis la mi-mars avec son deuxième album, « As clean as possible ». Dix « stupid songs » qui font immédiatement claquer les doigts, se désarticuler la nuque et chauffer la plante des pieds. Dix boogies sous poppers qui ignorent le répit et feraient passer Mika ou Sliimy pour de doux neurasthéniques.

Batteur remarqué de Rubin Steiner, animateur sur Radio Béton, DJ qui enchaîne les pistes comme un sale gosse les farces (ou les conneries, ça dépend si vous en avez la garde ou non), le Tourangeau est avant tout un objecteur de convenances. Ni case, ni cage. Méthode de pirate, joie sincère du bricoleur et surtout oreilles grandes ouvertes. Sans exclusive, sans préjugé. « Mon oncle a fait son service militaire en Allemagne autour de 1971-1973. Il y a acheté des dizaines de disques. J’ai hérité de tous ses vinyles quand il est mort. Je n’avais pas 10 ans. Je les ai écoutés en boucle. C’étaient mes jouets. Et quand un peu plus tard, j’ai découvert que ses disques étaient dans les incontournables de Rock & Folk ou de Best, ça m’a retourné et j’ai dit : merci tonton ! »

Adolescent, il dévore les Pixies et les Clash, Nirvana et NOFX, mais ne crache pas sur un bon vieux « Sarbacane » de Francis Cabrel et les tubes de la radio FM. « J’adore Nostalgie. Quand tu écoutes cette radio à haute dose, comme je le fais quand je fais de la route, tu finis par repérer comment sont construits tous ces « gold » et « hits », par découvrir même des petites merveilles. Il y a parfois des breaks intéressants chez Hervé Vilard, des claps très groovy chez Jeane Manson. » Comme la Beat Generation, Boogers teste les possibilités du cut-up, mais cette fois-ci face aux exigences de la pop. Bruitages chopés sur Internet, samples de tubes et de raretés de la musique mondiale, bande-son de jeux vidéo, il accumule les propositions sonores, les dissèque, les digère, pour servir des titres d’apparence très léchés – mais dont les coutures sont prêtes à péter pour intégrer trouvailles et accidents, notamment en live. « Au bout de deux heures devant l’ordinateur ou sur un instrument, je me casse ! Je reviens plus tard pour la finir. J’ai construit « The devil » sur trois ans par bouts de 4-5 secondes, y revenant chaque fois avec de nouveaux sons, de nouvelles influences. Il n’y a pas de cap, tout est à vue. Le no future à la barre. » Une méthode de travail qui accouche de collages pop diablement sur-vitaminés (dans son disque dur externe, leurs petits frères rock et hip-hop sommeilleraient gentiment), et parfois de savoureux télescopages. Comme cette phrase musicale dans « I’m sorry » qu’il partage « à l’insu de son plein gré » avec « Epaule Tatoo » d’Etienne Daho. Ou comme l’intro de « I trust you » piquée sans complexe sur une reprise de « Let the sunshine in » et qu’on retrouve lento au début de « L’origine du monde  » d’Arnaud Fleurent-Didier. Dans le livret de l’album, le sticker « Parental Advisory Explicit Lyrics » est détourné, et devient « Please Never Take Music Lessons ». Tout est dit sur le talent à rebrousse-poil du barbu Boogers.

Sylvain Dépée / Photo Raphaël Lugassy

« As clean as possible » – At(h)ome/ Wagram Music

myspace.com/musicboogers


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