
Montauban (82), du 10 au 16 mai 2010
Si on veut des chiffres, en voici : autour de 20 000 spectateurs payants, 4 000 entrées pour « Môme en Zic », plus de 200 pros, 30 000 personnes au total pour les 25 ans du festival. Donc ça s’appelle un succès mérité ! Si on veut des détails, allons-y de A à Z…
Alee :
Du rap à la guitare ? C’est ce qui étonne. On s’approche en fait de la chanson, même si le flow est un peu plus rapide. Sourire affiché, les petits constats de vie d’Alee, le « Petit beur breton, un peu trop beurré », sont mis en musique, et parfois juste offerts a cappella… Et là en effet on retrouve, le hip hop. Pas mal d’humour entre les morceaux, de la désillusion aussi : « Plus grand chose qui me tente, c’est bien pour ça que je chante » … « Mais réveille toi, ça dure pas toute une vie, la nuit ! »
Arthur H :
Piano-solo, toujours risqué comme rendez-vous. Sobre, ce qu’il faut de dialogue avec le public. Les fans sont aux Anges !
Balimurphy :
Six au total sur scène, dont un violon et un accordéon. Chanson plutôt traditionnelle, d’inspiration festive mais pas que… « J’ai pourtant pas si peur de vivre, mais ma confiance en l’avenir se résume au néant ». Beaucoup de délicatesse, très bien fait, un sens de l’éclipse (« Comme un chien que l’on caresse un chat en guise de gants »), super huilé, bien que rien de neuf dans le style.
Béatrice Graf et Sophie Solo :
Guitare batterie, un duo tendre, drôle, subversif, rebelle. L’une chante, l’autre aussi ; avec un petit côté Marie-Paule Belle. Elles égrainent « la parfaite ménagère », «l’inventaire de la poubelle, ce grand dépotoir humain » ; elles évoquent « les difficultés à faire du vélo » ; imaginent « Quand on sera vieilles » ; ironisent sur leur Suisse natale (« On n’ira pas chez les voisins, voir si peut-être y vont pas bien des fois qu’y faudrait leur en donner, ben nous on serait bien emmerdés. » ; mais les deux points d’orgue de leur spectacle sont « Je conduis seule mon camion…Je suis une goudoue comme il le disent… », leur superbe réadaptation et réappropriation du mythique texte d’Aznavour et le titre «Papa touche », un sublime texte cru et violent sur l’inceste, dérangeant à souhait pour secouer les consciences.
Bravos :
Les « Bravos du public » et les « Bravos des professionnels » des « Découvertes 2010 » reviennent au groupe Vendeurs d’Enclumes remportent un beau doublé bien mérité. Ben Mazué et Zaz montent respectivement sur la 2ème et 3ème marche ! Il y avait 12 groupes en compétition, un jury de 222 membres dont 22 professionnels, entre 550 et 650 personnes venus juger quotidiennement.
Clarika :
« Le Coach » de Philippe Albaret organise des rencontres à Paris, mais aussi sur des festivals c’est le cas à Montauban où les « Renc’arts » recevaient Clarika. Extraits : « Il faut taper fort avec la première chanson, poser un univers, qu’elle donne envie »… « J’ai vu des vidéos de mes premières tenues de scène pour ce spectacle et j’ai trouvé que je ressemblais à Chantal Goya, alors j’ai changé. Mais une robe pour moi c’est important. Je ne monte pas sur scène en jeans ! » … « Ma plus grande peur en construisant un show c’est pas les chansons, mais ce que je vais dire entre les titres. C’est très écrit même si je module chaque soir. Ca emmène une belle complicité avec le public. »
Dimoné :
Il entame son set avec un texte dit installant un climat étrange. Son alter-égo au clavier (sur les genoux) gère l’ambiance sonore. Puis dès le deuxième titre, il saisit sa gratte électrique et c’est parti pour des titres écorchés, forts, groove et rock imitables. Côté reprises : Bertolt Brecht…excusez du peu ! Un grand bonhomme à la Bashung.
Féfé :
Reggae musclé, hip-hop réinventé, chansons-slogan mélodiquement impecs. Un sans faute.
JereM :
Conférence enchantée d’un énergumène qui joue avec les sons qu’il fait avec un balais WC ou des boites de shampoings. Il mixe des onomatopées, des bouts de chansons, le tout mis en loop pour créer un univers poétique et funky ! Mais quelques chansons à la gratte se glissent dans la conférence ! Sa voix évoque -M- et son indéfectible sourire file la pêche ! S’en suivent des « travaux pratiques » ou le public s’implique et s’exprime… On pense à Gérald Genty pour le côté bricolo et naïf et à Mathieu Boogaerts pour le côté minimaliste.
Jules :
« Populaire », c’est le premier mot qui vient à l’esprit en écoutant ses chansons. « Fin » et « intelligent » sont les deux autres mots qui suivent dès que l’on écoute ses textes, simples mais profonds. D’ailleurs rien n’est plus difficile que faire simple… Epurer pour parler à tout le monde ; proposer des petites histoires concrètes pour faire réfléchir à des problèmes universels… Jules a ce don. C’est le grand frère, le pote artiste de la bande, toujours en forme et souriant à l’aise dans ces baskets et pourtant si fragile sous sa carapace. Il nous kidnappe en deux chansons.
Karimouche :
Deux synthés-scratcheurs dont un human-box, donnent aux chansons hip hop de Miss K une identité bâtarde entre rap et electro-songs. De quoi inventer un univers. La gouaille de la chanteuse, associé à son débit, complètent le tableau. Elle s’approche du dub par moments reprenant un peu le flambeau là où l’avait laissé Marousse « Je suis à contre temps » chante t-elle en repassant sa vie…Une phrase à mettre désormais au passé.
Kebous :
Chanson-rock par excellence. Une belle énergie et des textes bien envoyés, une poésie d’écorché vif. Guitare, basse, batterie et violon, l’alchimie fonctionne. Mais pourquoi diable ne regarde-t-il jamais le public ? Il fixe ses pieds, sa guitare, son micro, ses collègues, mais jamais ceux qui sont venus échanger des bouts de vie avec lui, même quand ils applaudissent. Bien dommage !
La Coterie :
« Plus de rien, moins de tout » demandent les manifestants de ce concerts pour enfants…et plus grands ! Tels des Télétubbies avec des têtes démesurées par les chapeaux, il y a le blanc, le rouge, le jaune, le noir, le bleu et la petite verte…plus « La police des loisirs » ! La musique et celle d’un band rock (avec Monsieur Têtes Raides dedans) et c’est ça qui fait toute la différence.
Le Larron :
Chanter le S.I.D.A. sur un beat ska bien dansant, ou oser « Ne m’acquitte pas », en partant de Brel l’intouchable, y’a que Le Larron pour oser ça ! Il joue du « contrepiano, un mélange de contrebasse et d’accordéon », se joue de tout et décape la chanson de son humour parfois grinçant et de sa voix inimitable ! Un vrai bonheur.
Mo :
Un travail sur les habits, le maquillage et la mise en scène. Assez classe. Synthé, batterie-electro et elle. Chant en place, elle semble sûre d’elle ; sa gestuelle approche parfois le tribal et elle nous évoque Björk par moments, avec une poésie particulière : « La prochaine chanson est pour vous les voyageurs qui porteraient bientôt au creux de vos rides, la carte du monde !»
Mickey 3D :
Présentant son titre « Ma fiancée galactique » le Mick déclare : « C’est une histoire bizarre, comme on dit chez nous c’est pas Bénabar »…
Nicolas Jules :
En plus de son batteur hors-normes performer et diablotin, Nicolas s’est adjoint une contrebassiste qui complète le trio le plus barré de la chanson d’aujourd’hui.
Noga :
Une Suisse bien loin des clichés de son pays. Si humour et bonne humeur jalonnent ses chansons jazzy-pop, messages positifs et blessures ouvertes peuvent se côtoyer à d’autres moments. Un être qui rayonne sur scène et qui sait donner…
OFF :
Des concerts intimistes dans une caravane (avec café, vin suisse, whyskie et chocolat) et d’autres plus festifs sur une scène extérieure de 10 h du mat à tôt au petit matin, les ovnis Catalyse ont créé de beaux moments chaleureux pour le premier Off du festival en 25 ans, offrant gratuitement des rencontres musicales (parfois imprévues), des bœufs… et même une raclette ! Une première expérience réussie et suivie par quelques centaines de personnes par jour. Avec : Ainamaty (FR), Alee (p’tit beur breton), Aliose (CH), Béatrice Graf & Sophie Solo (CH), Coup d’Marron (FR), Derf und Germano (CH), Dimoné (FR), Francois Gaillard (FR), JereM (FR), JHOS & the PCA Family band (FR-Antilles), K (CH), Kebous (FR), Kyssi Wète (FR-Congo), Lartigo (FR), Noga (CH), Paul Sidibé (FR), Samir Barris (BE), Sarah Olivier (CH/FR), Soul Magic Tribe (FR), Yuz (FR), Zedrus (CH)…
Pascal LeJeune :
Folk et chansons douces, ballades mélodieuses et parfois country, guitares en avant, plus un humour pince-sans-rire entre deux morceaux, l’Acadien commence à se plaire en France !
Pigalle :
En dehors de la base guitare-basse-batterie, tout le reste est assuré par l’irremplaçable François Hadji-Lazaro. Il y a un porte-manteau à instrument derrière lui et il va chercher quasiment à chaque morceau le compagnon musical qui convient. Les histoires simples qu’il raconte sont de vraies fables humaines relatant notre société actuelle. Chaque fois il touche au cœur ; sous ses airs bourrus se cache une plume affinée qui nous tend un miroir jamais complaisant, mais toujours tendre et sans jugement. Pigalle c’est comme le bon vin : ça vieillit bien.
Sarah Olivier :
Cantatrice délurée, provocatrice sexuée, c’est entre théâtre et chant barré que ce situe la rousse incendiaire née en Suisse et exilée à Paris.
Soan :
Il s’inspire de Mano Solo, Noir Dez et Arno et reprend Johnny Cash comme les Tête Raides. Sa voix est son atout majeur, mais faut pas qu’il parle ! Son arrogance est indigeste. Dommage, ça lui nuit.
Samir Barris :
Voix haute et faussement juvénile, des textes et des mélodies ciselés, une pop qui sonne anglaise (bien que belge) et une belle reprise du « Je ne voudrais pas crever avant » de Boris Vian. Que demander de plus ?
Vendeurs d’Enclumes :
Pour les chansons « light » musicalement, avec accordéon mis en valeur, on est dans la chanson réaliste plus ou moins festive. Bien calé, bien écrit, c’est nickel et ça fonctionne, mais c’est du déjà vu… enfin plutôt entendu ! Pour les morceaux « grand orchestre » ce sont les cuivres et la batterie qui mènent le bal rock et se frottent au chant puissant. Et là, tout prend un autre sens. Les textes ne s’habillent pas d’inutiles palabres et font mouches. C’est intelligent et fluide à la fois. Beaucoup d’humour finaud aussi (« J’suis paresseux mais presque »), bref, la claque du festival !
Weeppers Circus :
Parfois juste chanson, on embarque difficilement. Quand ça s’étoffe en rock déjanté ou bien cadre, on adhère à fond. La clarinette arabisante ouvre la porte sur d’autres mondes, bien que l’on espère des textes plus profonds par moments.
Zaz :
Gouailleuse à la voix légèrement cassée, légèrement grave aussi swing que scat. Contrebasse en avant, elle cultive une chanson jazzy n’ayant pas grand chose de neuf même si c’est fort bien fait . Beau discours pour présenter ses titres, parler « d’onirisme », de « fées » ou de « la peur féminine du monde », ça court pas les rues ! Le tout avec enthousiasme et un grand sourire.
Zédrus :
Le hérisson suisse qui pique de ses mots affûtés fait autant sourire que réfléchir et c’est toujours un bonheur que d’assister à son spectacle jamais dépourvu de répartie !
Texte : Anne-Marie Cépéda et Serge Beyer / Photos : Serge Beyer
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