
Bourges (18), du 13 au 18 avril 2010
L’édition 2010 du Printemps de Bourges proclame 100% de remplissage. Au total, 67 600 places ont été délivrées, dont 8200 invitations et 780 forfaits professionnels. La fréquentation globale du festival a été estimée par les organisateurs à 240 000 personnes. Le festival soufflait ses 34 bougies, « Les Découvertes du Printemps de Bourges », fêtaient quant à elles, leurs 25 ans cette année ! Petite balade rétrospective…
Lever de rideau pour Gush devant -M- et c’est vraiment le cas, car le quatuor joue aligné devant un rideau fermé avec un mètre de scène de disponible ce qui vous limite quelque peu un jeu de scène ! Tout le monde chante chez eux. En anglais of course. Comme la quasi-totalité des Découvertes « francophones » de cette année ! Dommage. Sans rien avoir d’exceptionnel le rock de Gush mise sur les harmonies vocales et séduit les jeunes filles en fleur.
Archi-complet depuis des lustres, le chapiteau est chauffé à blanc quand -M- et son artillerie lourde débarquent. Avec ses lunettes géantes et sa coiffure de trente centimètres de haut, il fait assez clown ou caricature de lui-même. Heureusement, l’habit ne faisant pas le moine, sa fougue met rapidement tout le monde d’accord. C’est du gros show aux lights millimètrés, aux effets bien répétés, dans un décor totalement blanc, du plus bel effet. « Le roi des ombres » ne laisse rien au hasard. Les choristes sexy font leur show. Les musicos défilent tour à tour au premier rang dans la lumière, le fond vidéo élargit la dimension de temps à autre. Une fois la veste tombée, il fait un méga tour dans la foule guitare en main. Une façon de se connecter en direct pour remettre de l’impro dans un show si bien huilé.
Rocé : du sens, du flow, des messages non-éculés, un sens de la mélodie, du hip-hop comme on en voudrait davantage, mais une présence scénique très minimaliste manquant cruellement de charisme. On aurait tant voulu embarquer !
Casey : une démarche titubante qui dénote une certaine fragilité sous des tonnes de rébellion, une façon de balancer ses textes très rentre-dedans… on est loin des clichés du rap féminin cliquant souriant et sexy. Ici, c’est le texte qui prend la première place. Tout le monde en prend pour son grade au bazooka des mots qui appuient sur les maux. Tee-shirt « Jack Daniel’s » et jeans XXL elle crache par terre. Attitude parfois un peu trop stéréotypée. Un scratcheur derrière ses platines et son Mac, et juste elle et son alter-égo-choriste-duettiste en première ligne. Sûr que les Stone et Charden des années 2010 ont bien changé !
Féloche : deux musiciens du Bayou en invités spéciaux sont venus faire de l’électro-cajun avec le trio de base (contrebasse, trompette et guitare-chant), invocation de Shaman incluse ! Décontracté, souriant, mélodieux, énergique, ce show restera l’un des super spectacles du festival pour nous.
Hocus Pocus : swing, funk, ska section cuivre avec les scratches plus un chanteur entre hip-hop et chanson, bénéficiant d’un excellent rapport sympathie auprès du public. Il mène la danse à la perfection. La formation rock, qui fait la base du groupe, groove à souhait et embarque tout le monde le sourire aux lèvres. Un formidable lien entre hier et demain.
Jeanne Cherhal : « J’ai pas peur » entame le show. Et c’est vrai qu’elle ne craint rien, débarquant habillée juste d’une camisole-nuisette noire recouverte d’un voile et en bottes de cow-boy. C’est donc sa plastique mise en avant qui prend la vedette dès le début (elle tombe assez vite le voilage et fait donc son concert en sous-vêtement nettement sexy). C’est « La secte humaine » qui l’accompagne mettant tout le rock qu’ils savent injecter aux Little Rabbits, aux French Cowboys ou à Katerine, ce qui renouvelle tout à fait l’habillage des chansons de Mlle Jeanne… Surprenant de voir tant d’énergie dans ce petit corps si frêle et pâle d’autant plus mis en valeur par le choix de sa tenue. Pour le rappel, elle revient en mini-soutien-gorge, short noir à paillettes et les pieds nus (Pour la prochaine tournée, il ne lui restera plus que le string !) Elle se la joue donc rock à fond. Cependant ses chansons restant somme toute classiques, on se demande bien pourquoi ce virage… car même si ses anciens titres sont refiltrés de riffs acérés qui les rendent quasi pas reconnaissable, le propos, lui, reste bien sage… Contraste frappant.
Emilie Simon : look de spationaute et voix aérienne elle revisite Kate Bush ou le David Bowie de « Ashes to Aches » avec toute l’artillerie électro d’aujourd’hui. Ou comment faire du neuf avec du vieux. Outre ses machines qui l’accompagnent, elle s’est entourée d’un batteur et d’un bassiste.
Doctor Flake : est en fait un duo. Lui, sorcier fou des machines et claviers. Elle à la gratte électrique. Un film passe en fond tout le long du set. L’ensemble reste un peu convenu.
Mekanik Kantatik : Devant un vieux piano droit garni de claviers et de machines, l’énergumène est seul sur scène. Il fait des loops, chante, s’agite et créé ainsi un univers électro-organique tout à fait bluffant et original.
Cobson : Du rock power trio qui a écouté Sloy voire Gomm. La (jeune) chanteuse est énervée mais fait aussi dans la nuance ; et quand elle se met au piano, le set prend une autre tournure. Ça montre que ce groupe est loin d’être linéaire.
Arpad Flynn : quintette rock avec un chanteur qui se donne à fond scandant ses textes (façon slogan) le synthé, venu des eighties, plane sur un ensemble quasi-grunge, le tout détonne et emballe.
Cats on Trees : duo de Toulouse, chant anglais, piano-batterie ce qui est fort original. On pense aux Martha and the Muffins par la voix délicate de la chanteuse, la couleur du piano, les breaks inattendus et pour l’alchimie qui se dégage du couple. Mais franchement, M. le batteur-chanteur, le chewing-gum sur scène c’est pas la classe ! Et Mme la chanteuse regarder le public pour échanger de temps en temps quelque chose, ne serait-ce qu’un regard, ça ne serait pas du luxe…
Skip the Use : quintette qui dépote avec chanteur monté sur ressorts. Du rock à testostérone ! Une énergie brute qui est tout de même basée sur des mélodies imparables. Percutant et mémorable !
Cheveu : trio bruitiste et bordélique. Le guitariste et l’homme derrière ses machines infernales, restent les yeux baissés sur leurs instruments tout le long du set pendant que le chanteur se partage entre ses machines à triturer et ses textes à hurler dans trois micros… En anglais toujours.
Beast : est à la base un duo épaulé ici par deux zikos, mais le point fort du groupe reste Betty la chanteuse imposante à la tessiture étendue quelque part entre Grace Jones et Amy Winehouse. Pas franchement souriante, elle assure comme une bête et s’impose haut la main.
Les Françoises : A l’instar des « Fitzcaraldo Sessions » de l’an passé, la création des Françoises est une vraie réussite. Le concept : six chanteuses (Rosemary Standley de Moriarty, Emily Loizeau, Camille, La Grande Sophie, Olivia Ruiz et Jeanne Cherhal) s’échangent des chansons le temps d’un show où elles jouent et font les chœurs les unes pour les autres. Loin du plan-plan, je-fais-mon-titre-et-je-sors, ici se crée une alchimie plutôt étonnante pour une addition d’égos de la sorte. Et ça fonctionne. C’est à la fois simple et totalement gonflé ! Un beau moment.
Samir Barris : duo de garçons, contrebasse, guitare sèche. De la chanson (en français), mélodique avec des recherches sur les harmonies vocales, chansons pop douces, un petit côté Innocents avec des textes plus premiers degrés ; historiettes vécues.
Cabadzi : violoncelle, trombone, guitariste, beat box et chants (oui au pluriel) : l’un oriental en chœur façon LO’JO l’autre slam-hip hop world engagé. Un mix détonnant (dans la famille de Kwal). Humour et recul sont aussi au rendez-vous ce qui offre une belle palette à ce spectacle. Revigorant et porteur d’espoir. « On voulait juste avoir à rêver » chantent-ils, en tout cas mission accomplie dans le public !
Ben Mazue : duo de garçons encore, l’un loope sa guitare et l’autre chante, slamme et gratte aussi à l’occasion. Ça vire au slam festif par moments, textes encore un peu adolescent premier degré.
Twin Twin : les enfants des Bérurier Noir et de Warum Joe ont écouté FFF et les Poppys. Ils ont broyé le tout au mixeur fun et décomplexé. Trio plein d’humour rock et de dérision punky-funk, ils rient de tout et n’ont peur de rien (« Trop vénère ! », « Génération go fast »).
Plus Guest : un batteur ultra-calé sur un garage-pop en anglais, le quartet strasbourgeois a fait décoller l’assemblée.
Filiamotsa : un batteur fou et une violoniste virtuose, c’est speed, rock, très pointu, parfois hypnotique, à la Ezekiel, attention quand même à la monotonie.
The Popopopops : les jeunes rockeurs français dégagent une aisance et une énergie scénique stupéfiantes. Tous minots, ils ont déjà apprivoisé l’art du tube.
Araban : la scène clermontoise fait parler d’elle, après le folk de Cocoon, place au rock, avec Mustang, découverte de l’année dernière et à l’affiche cette année. Le rock déjanté d’Araban est surtout instrumental, ils poussent des cris à quatre voix et nous embarquent avec leur son crade mais classe !
Gaetan Roussel : le monsieur n’a pas fini de nous surprendre, de collaborations en collaborations, il s’entoure cette fois des zicos de la Mano, pour revenir avec un univers bien à lui. Il a le don de capter le public, celui de Bourges en tout cas, ne l’a pas déçu.
John Butler Trio : le trio du guitariste australien fût probablement l’un des moments les plus émouvant du festival…
Pony Pony Run Run : un show de folie sous le grand chapiteau, les Nantais ont pris la vague de la notoriété méritée avec leur rock-pop-électro.
The Brian Jonestown Massacre : le groupe rock mythique de San Francisco a joué devant une salle extrêmement attentive, bien installée dans des fauteuils en velours. Les amateurs de « Dig » (documentaire retraçant 7 ans de vie de groupe des BJM et des Dandy Warhols) ont sûrement été dérangés par cette sagesse, les autres ont au contraire apprécié la qualité de l’écoute. Une célébration malgré tout à chaque représentation…
Beat Assaillant : le slameur d’Atlanta et ses musiciens ont sur scène un groove de folie. Entre hip-hop, jazz et électro, leur son très personnel fout la chair de poule, ça cartonne.
Bloody Beetroots : arrivant masqués sur scène, ils ne vont pas laisser une seconde de répit aux festivaliers. Leurs mixs déjà mythiques transportent physiquement. Les novices ont dû sortir prendre l’air en milieu de set, histoire de retrouver un pouls raisonnable !
Sexy Sushi : une vaste entourloupe musicale pour un vrai show rock’n roll comme on n’en voit plus. Ce duo nantais fout le bordel partout où il passe. En sortant l’artillerie lourde verbale, Rebeka n’a aucune limite. Idem pour la prestation scénique, les régisseurs plateau auraient dû mettre leur arbre en pot à l’abri !
Gizelle Smith and the Mighty Mocambos : une petite nana qui envoie du bois… Cette fusion anglo-allemande soul-funk a mis le feu au 22. La puissance de leur show va les mener très haut.
Serge Beyer et Johanna Turpeau
Photos Pierre Wetzel





































