
Val Cenis (73), du 10 au 17 avril 2010
Les amoureux de la bonne chanson et de la belle montagne se sont retrouvés en Haute Maurienne dans le parc de la Vanoise, dans les deux villages (Lanslebourg et Lanslevillard) qui forment le site du Val Cenis, au pied du prestigieux col qui emmène en Italie. Pour la troisième année, les « Rencontres » recevaient des lauréats du festival « Le Mans Cité Chanson». En effet, un partenariat est né entre le comité d’animation de la station sous la houlette de Patrick Pacalon et le tremplin manceau. Ce dernier, véritable référence dans le domaine de la détection des futurs talents depuis 15 ans déjà (de Sanseverino à Jeanne Cherhal en passant par Kwak ou Nicolas Jules et Imbert Imbert pour n’en citer que quelques uns) peut donc se prévaloir de toutes les attentions des programmateurs et de la presse musicale. Son président Pierre-Michel Robineau avait donc fait le voyage au pays de l’air pur…
Ski…
Trois soirées « rencontres », plus une « exceptionnelle » étaient donc proposées cette année. Le principe du festival est un peu particulier. L’organisation ne dispose pas de la grande enveloppe budgétaire nécessaire à payer les faramineux cachets de nos futurs stars, et donc elle leur propose un échange de bons procédés : « Vous venez chanter chez nous, on vous offre une semaine de ski. » ! Des résidences de vacances offrent le logement, des loueurs le matériel de ski, les remontées, les forfaits et l’école de ski, des cours. Ce partenariat avec les acteurs économiques des deux villages permet donc la tenue de ces rencontres hors normes et sympathiques.
En plus de la chanson vivante, une exposition de phonographe et orgues de barbarie des années 1880 à 1940 nous rappelait que bien avant les mp3 qui ne ressemblent à rien et nous transforment en robots solitaires qui bougent la tête comme les petits chiens à l’arrière des R12 d’antan, la musique s’écoutait et se partagerait grâce à de belles machines. Des passionnés (Gérard et Annie Pin) ont fait découvrir aux plus jeunes comment avant on écoutait la musique à la maison, et ont fait tourner leur orgue de barbarie en entonnant les airs qui animaient autrefois nos coins de rue.
Le cinéma, lui, proposait la projection de « La Môme », avec en invitée Ginou Richet qui passa 15 ans aux cotés d’Edith Piaf, qui a participé à la préparation du film et sort maintenant un livre sur la grande petite Edith.
…et chansons !
Fréderic Fromet, un ovni dans ce monde du show bizz. Lorsqu’il arrive sur scène, seul avec sa guitare, il fait timide, gêné, genre gentil enfant de chœur sans soutane qui se serait trompé d’adresse. Mais la scène le transforme en conscience universelle, et là, tout le monde en prend plein la tête (avec humour), du jeune au vieux, de la gauche à la droite en passant par les écolos ! Tous nos travers sont disséqués et mis sur la table. La façon « moderne » de parler, l’écriture des SMS, les prénoms que les parents donnent à leurs bébés, les magazines qui expliquent tout, les rappeurs, les reggaemen, le Medef, tout lui inspire des propos délirants, mais hélas bien souvent juste. Personne en sortant ne pourra dire : ce n’est pas ma faute, je ne savais pas… Sa volonté de rester hors du système l’empêche d’être plus connu. Le bouche à oreilles fonctionne déjà bien, mais il mériterait d’être plus exposé, plus médiatisé, pour vraiment avoir la place qui devrait être la sienne.
Karim Gharbi, quartet belge : Karim au chant et au piano, Eric guitare basse, Clement guitares et Fred saxo et flûte, encore plus à l’aise sur scène que sur les skis, ce qui n’est pas peu dire, nous entraînent dans des univers allant du free jazz à la musique orientale, à la bossa ou au bon vieux rock and roll, avec leurs compositions ou des reprises réarrangées. Des « Boutons dorés » qui ouvrent le bal , à une chanson polyphonique qui clôture la soirée, en passant par Gainsbourg, Hugues Aufray ou Léo Ferré, tous les sentiments, toutes les sensations seront passés par là. Les chansons du groupe restent dans un registre sentimental, à fleur de peau. Un groupe à suivre.
Nilda Fernandez. On le croyait rangé, perdu quelque part, et bien non, il était juste en voyage. Pour nous les voyages se comptent en jours, lui c’est en années. L’éternel vagabond à la voix si particulière, seul avec sa guitare dans son beau costume de scène, remplit facilement tout l’espace par sa simple présence, son humanité. Du haut de son tabouret au début, puis assis sur le bord de la scène ensuite, en prise directe avec son public, il parle, il raconte, il chante en français ou en espagnol, il nous dit ses rencontres, ses voyages, ses colères devant la bêtise qui nous entoure ou nous gouverne ; mais aussi ses joies, comme ce festival du nord du Québec où on y chante toutes les langues qui vivent là-bas. Il demande à son public ce qu’il doit chanter, et bien sûr ses classiques , comme « Nos fiançailles », redonnent le frisson et les larmes aux yeux. Impossible de le laisser partir, il revient, rechante, repart, reviens et là agenouillé, il nous offre le « Petit garçon » de Graeme Allwright… maintenant seulement , calme, reposé, nous pouvons aller nous coucher.
Une petite semaine de festival, un concert par soir, le rythme est le bon, car l’idée est d’allier vacances à la neige et chanson. Le public ne s’y est pas trompé, il est venu nombreux, accueilli par une équipe des bénévoles fort sympathique. Il faudra donc pour 2011, regarder les dates des quatrièmes Rencontres de la Chanson de Val Cenis avant de choisir ses vacances à la neige…
Reportage et photos Alain Dodeler
Le site : www.valcenisvanoise.com








