T-Rec


Les T-Rec luttent
pour leur survie

Créé en 2004, le label indépendant T-Rec a aujourd’hui du mal à vivre. Il organise des concerts de soutien, mais entend rester debout.

L’idée de départ avait, au sens premier du terme, quelque chose de « communiste ». Créer un label de musiciens, géré par des musiciens, pour les musiciens. Les musiciens en question proposeraient ensuite des productions comme on en entend peu à la radio et à la télé ; des musiques qui, pour les plus accessibles, rejoindraient une chanson française exigeante et flirteraient, pour les plus pointues, avec l’expérimental. Cette idée est à l’origine du label indépendant T-Rec, fondé en 2004 par Cyril Bilbeaud, l’ex-batteur du groupe de rock rennais Sloy et Jean-Charles Versari, l’ancien leader du collectif alternatif, les Hurleurs. Elle se trouve aujourd’hui mise à mal par les difficultés financières rencontrées par le label.

PETITES STRUCTURES

Les deux fondateurs de T-Rec ne rêvent plus. En dépit des bonnes critiques et de la qualité incontestable des projets et des groupes qu’ils ont pris sous leurs ailes (Marc Sens, Enfance Rouge, Tue Loup…), ils peinent à vendre leurs albums et donc, à rentrer dans leurs frais. Leur best-seller, le dernier album de Françoiz Breut, s’est vendu à 4 500 exemplaires en France, et que l’ex-Mme Dominique A soit la muse de toute une scène, à Tucson / Arizona ne change strictement rien au problème : « Nous, les petites structures, sommes les premiers à prendre la crise du disque en pleine face », constate Cyril Bilbeaud. Jean-Charles Versari décrit le phénomène : « Quand tu ne fais pas de promotion, tu ne te retrouves pas dans les bacs de la Fnac, où tout se passe. A moins d’avoir un petit disquaire qui défende tes albums, les gens ne te connaissent pas. Et même chez les petits disquaires, nous avons du mal à avoir de la place. Nos albums sont souvent en dépôt-vente. »

Vidéo de Sloy - Pop

EFFET PAPILLON

Pour se maintenir, les T-Rec ont décidé de parcourir la France pour des concerts de soutien. « L’initiative vient de François, le guitariste d’Enfance Rouge, quand il a su que nous avions des difficultés, c’est lui qui a proposé ces dates », raconte Cyril Bilbeaud. Deux concerts sont déjà programmés le 28 mai à Avignon aux Passagers du zinc, et le 29 mai à Brest, à la Carène. Cyril Bilbeaud et Jean-Charles Versari, qui proposent en ce moment l’initiative aux salles de concerts françaises espèrent « un effet papillon » et dix dates jusqu’à la fin de l’année. On pourra alors voir le duo lo-fi REDeye ou encore Tue-Loup et Versari, le versant chanson de T-Rec. Mais rien ne semble facile pour la petite structure : « Il faut là aussi que cela ne génère pas trop d’investissements, pour que cela soit vraiment une tournée de soutien, qui nous permette de repartir sur les bons rails », souligne Jean-Charles Versari.

INTEGRALE

En attendant septembre et la suite, le duo se pose des questions sur l’état actuel du paysage musical français. « On va taper du poing sur la table, gueuler, mais pour qui ? », s’interroge Jean-Charles Versari. « Internet, c’est génial, parce que ça te permet d’avoir un site, un espace de visibilité (T-Rec a d’ailleurs un site, alimenté régulièrement) mais en même temps, c’est terrible, car tu peux rester dans l’anonymat le plus complet. C’est donc à double tranchant », remarque Cyril Bilbeaud. Sur la toile comme physiquement, T-Rec continue en tout cas d’exister. Le label, qui a sorti quatorze albums depuis 2004, ne projette pas de nouveaux d’ici la fin de l’année. Il prévoit simplement la sortie d’une intégrale qui regroupera les 14 albums sortis sur T-Rec pour 50 euros. Dessus, on retrouvera entre autres, Zone Libre, le projet de Serge Teyssot-Gay, le guitariste de Noir Désir, Marc Sens et Cyril Bilbeaud. Attention : ce trio, vu avec L’Angle Mort (Zone Libre + Casey + B James) dans un «rap français / rock expérimental », est une véritable bombe scénique.

Bastien Brun

T-Rec: Le site





© 2012 - 2014  Longueur d'Ondes - Design par Shake Studio & Iconoclaste