Scènes

Garorock


Marmande (47), du 2 au 4 avril 2010
Cette année, le festival marmandais passait en format Grand Festival. Il faut dire qu’avec ses 60000 spectateurs (chiffre 2009),
il était temps que l’on accorde au festival ses lettres de noblesse. Pour la quatorzième édition, il aura fallu aux festivaliers qui ont bravé en masse le temps plutôt capricieux un bonne dose de courage et d’enthousiasme à toute épreuve (le dimanche, le camping ressemblait à un condensé des rizières vietnamiennes et de Woodstock) pour venir jouir d’une programmation éclectique et particulièrement pointue, notamment en matière d’électro et de hip-hop (Scratch Perverts, DJ Pendulum, Popof live, The Beatnuts…). Et ils étaient au rendez-vous. Samedi, complet. On a vu nombre de personnes en rade qui demandaient à tire larigot avec une lueur de désespoir vibrante dans l’œil si personne ne vendrait pas hasard des places…

La soixantaine de groupes étaient répartis sur trois scènes (Grand Chapiteau, Hall Expo Digitick et Petit Chapiteau) plus le MTV Soundsystem, mini scène électro qui a régalé les fans de sons variés dont la finesse de sélection en a fait frémir plus d’un. On notera également le changement de partenariat radio. Cette année, Nova succédait au Mouv’ pour couvrir l’évènement. Les absents auront pu vivre du live sur les ondes de la chaîne où parade l’éléphant effervescent.

Concernant l’organisation de la programmation, elle était conçue sur les trois soirées afin que le public puisse alterner entre grosses pointures et découvertes, ce qui fut un parti pris judicieux.

Les têtes d’affiches ont su mettre le feu sous le Grand Chapiteau. Archive et ses ambiances déstructurées nous a fait décollé loin, très loin, alors que Sepultura a fait sauter la tronche d’une bonne partie du public qui se trouvait près des baffles ; vous savez, juste au niveau des énormes pogos. Nous concéderons que lorsque l’on passe juste après Renan Luce (l’ovni de la programmation), il faut bien envoyer un peu…Les pontes de l’électro que sont Crookers et Mr Oizo ont été largement à la hauteur des attentes en mitraillant une foule majoritairement éméchée (pour ne pas dire en état de d’ébriété prononcée) de basses qui ne furent pas sans rappeler la délicatesse du marteau-pilon. Wax Tailor a fait un set onirique, parfaitement envoûtant même si l’on objectera qu’une programmation plus tôt dans la soirée aurait été plus appropriée. On émettra quand même une petite touche de déception en ce qui concerne Mos Def, dont le set parut à la plupart un peu mollasson… En même temps, pas facile d’embrayer après les énormes De La Soul.

Sur les petites scènes, de très bonnes surprises ont illuminé les soirées garorockeuses, tels les anglais survoltés de We Have Band ou le metal déjanté d’Ultra Vomit. Et ce serait un crime d’omettre la performance magistrale des nordistes de Skip The Use qui ont réussi à déchaîner un public néophyte à grands coups de riffs meurtriers dans ta face (lorsqu’ un chanteur fait un slam dans le public dès la troisième chanson, on peut dire que l’entrée en matière est réussie).

A contrario, la palme de l’ouverture de concert la plus foireuse sera décernée à Zebra Live. Pas de lumière, le DJ rentre et tout le monde le prend pour un roadie…

Concernant les lauréats des Victoires de la Musique de cette année, ils auront sanctionné leurs prix sur scène, avec une Izia sulfureuse et superlativement rock and roll, et les Pony Pony Run Run qui envoyèrent leur set proprement et sûrement sous le Petit Chapiteau.

Les coutumiers du festival auront apprécié la franchise qu’est devenu Le Peuple de l’Herbe, et les adeptes du rap musette auront probablement perdu quelques côtes au concert de Java.

Enfin, la clôture aura était tout bonnement orgasmique avec le meilleur set du festival, à savoir Bloody Beetroots. Une expérience entre le mystique et le démoniaque, comme vous le diront probablement tous les petits diablotins qui ont eu la chance d’être immergé dans la foule en transe… De quoi vous retourner une maison de retraite en night club électro hard rock en moins de deux secondes. Le mot tuerie n’étant pas assez fort, permettez nous d’utiliser le terme de « génocide sonore » pour que vous vous fassiez une idée de la monstrueuse foire qu’était le Grand Chapiteau en ce dimanche soir d’avril. Dj Poon a su calmer le jeu avec une électro clairement décapante, et tout le monde est gentiment rentré chez lui en essayant de se remettre plus au moins bien du choc traumatique qu’il venait de subir.

Bref, une 14ème édition bien rôdée qui ouvre la saison des festivals en beauté, même si l’ambiance fut attiédie par la mort d’un jeune festivalier à proximité du site. Prudence donc, car il est dommage qu’un instant de fête et de musique comme celui-ci soit endeuillé par un accident tragique de la sorte. On notera toutefois que d’un point de vue préventif, les bénévoles ont assurés la bonne tenue de l’évènement, avec le travail remarquable de la Croix-Rouge qui évita sans doute bien d’autres accidents fâcheux.

Nous attendons donc bien évidemment la quinzième édition avec impatience, ainsi que du soleil pour que tout soit parfait !

Kevin Duranton

Photos: Pierre Wetzel

Garorock : le site


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