Scènes

Florent Vintrigner / Karpatt


L’Européen (Paris), les 2 et 3 mars 2010
La chanson festive, c’est une grande famille. Les Ogres, La Rue Kétanou, Les Karpatt, Mon côté Punk , Les Hurlements d’Léo…  Ils se sont tous rencontrés sur le coin d’un comptoir et ils se serrent les coudes. Ils s’invitent les uns les autres, partagent des scènes, des lieux, des chansons… C’est donc assez naturellement que la scène de l’Européen, accueillait Florent Vintrigner (accordéoniste de La Rue Két) et les Karpatt.

Malgré son gros problème de sonorisation, la salle de l’Européen est toujours agréable. La disposition, l’espace, la piste de danse au parquet de bois patiné qui fait penser à un vieux baluche sur la Marne, la scène, en hauteur, mais de dimension humaine… en tant que spectateur, on y est vraiment bien. Après un verre à la va-vite au petit zinc du rez-de-chaussée, nous sommes montés dans la salle nous asseoir (conseil pour les grands : le premier rang est un miracle, on peut étendre ses jambes…). Sur le plateau, ils sont quatre : Jean-Baptiste Maillet à la batterie, Sébastien Bennett aux guitares et Jean-Louis Clanci à la contrebasse accompagnent Florent Vintrigner qui arrive, guitare en main et sourire aux lèvres. Un sourire qui ne le lâchera pas du concert et qui rappelle avec une certaine brutalité qu’il existe un certain nombre d’artistes pour lesquels la scène est un plaisir, une joie, une fête. Oui, « avec une certaine brutalité » car force est de constater qu’ils sont bien rares. Une bonne heure de concert pendant laquelle l’énergie était à flot, où l’on délaissa les sièges pour aller se dégourdir les jambes sur la piste de danse. Un quatuor à bloc et un public qui le lui rend bien ! Très théâtralisée, la prestation de Vintrigner est pleine d’une sorte humour tendre et la salle sourit de même avant de bondir sous la musique endiablée de « La vache enragée » ou de « Je rentre me coucher ». Jean-Baptiste Maillet, immense bonhomme derrière sa petite batterie, soutient la fête avec du feu dans les baguettes. Quand à Clanci et Bennett, à l’un échut le swing rond et sensuel et à l’autre, la vivacité bondissante des notes en trilles : un savant mélange de natures. Un très bon moment de don, de joie de vivre, de partage et de rigolade.

Après un petit entracte bien utile pour les danseurs, c’est les Karpatt qui entrent en scène, pourvus d’un nouveau membre : Luc à la batterie. Premier morceau et soucis d’acoustique si particulier à L’Européen : situé sur le côté il fallait lire sur les lèvres de Fred pour décoder les paroles… Mais quel swing ! Entre la guitare de Gaetan et la contrebasse d’Hervé, c’est de l’énergie en doubles croches et toute la salle de se remettre à sautiller de bon cœur. A mesure de l’enchaînement des morceaux (les inconditionnels n’ont pas été déçus : de « Soulève ta jupe » à « Fan de maman » en passant par « Les p’tits cailloux », tous leurs meilleurs morceaux y sont passés) on pouvait sentir que les années n’étaient pas passées sur la complicité des musiciens et que le plaisir de jouer ensemble était encore rudement partagé. Luc, d’ailleurs n’était pas en reste, souriant et paternellement raillé par Fred Trucmuche sur sa touchante réserve scénique. Pour illustrer leur entente, ils nous offrent, hilares, un magnifique « huit mains » sur la batterie, pendant que Titi (pour ceux qui ne connaissent pas Titi, il s’agit d’un membre affilié du groupe, toujours là, et ne manquant que rarement l’occasion d’un passage, souvent très remarqué, sur la scène) braillait dans le micro des encouragements au public enthousiaste.

Joli cadeau également que ce « Léon », que Fred a interprété seul à la guitare. Une de leurs plus émouvantes chansons, particulièrement pour ceux qui ont connu de ces piliers de comptoir qui, un jour sans crier gare, ont déserté ce coin de zinc qui semblait ne devoir servir qu’à leurs coudes… Fidèles à leur vision de la musique et à leur envie d’aller chaque fois à la rencontre de leur public, les Karpatt ont fini leur concert en acoustique, assis au bord de la scène puis debout au milieu de la foule devenue silencieuse pour ne pas en perdre une miette. Une version d’ « Hercule » comme chantonnée au coin du feu, dans ces soirées où l’on se passe la guitare pour recharger en petit bois le foyer qui fatigue.

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Texte: Lise Facchin
Photos: Roch Armando


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