Scènes

Chloé Sainte-Marie (Montréal)


Le 10 février 2010.
Le public applaudissait déjà à tout rompre avant que Chloé Sainte-Marie n’ait eu le temps d’arriver au-devant de la scène et d’ouvrir la bouche, essoufflée par l’émotion…

C’est dire l’ambiance qui régnait au Gésu lors du lancement de la tournée qui accompagnera le quatrième album de Chloé Sainte-Marie, « Nitshisseniten e tshissenitamin/Je sais que tu sais », entièrement chanté en langue innue.

« Un voyage musical et poétique au cœur de l’Indien », annonce le programme de la soirée, qui résume bien le périple que propose Chloé Sainte-Marie, sous la forme d’un dialogue avec Joséphine Bacon, dite « Bibitte », qui lui a appris sa langue et sa culture.

L’interprète raconte son arrivée à La Romaine, sa rencontre avec le poète Philippe McKenzie dont elle chante les textes, avant d’entamer son récit sur l’histoire des Indiens d’Amérique, les doutes, les peurs et les valeurs de ce peuple qui a vu débarquer les Blancs sur sa terre sacrée il y a 400 ans.

Les textes se font plus virulents au fil du spectacle : « Mortelle Amérique, tu fais silence sur ta faute, où sont passées nos frères? », dit Chloé Sainte-Marie, avant d’entamer « Mishapan Nitassinan/Que notre terre était grande », chanson écrite par Joséphine Bacon sur l’album « Je marche à toi ».

Mais c’est aussi un voyage au cœur de ses pensées que livre Chloé Sainte-Marie, qui évoque souvent son défunt mari, le cinéaste métis algonquin Gilles Carle.  « Bibitte, je ne me remets pas du départ de Gilles, les esprits peuvent-ils me le ramener? Gilles, dessine-moi l’arbre, dessine-moi la rivière… » l’appelle-t-elle.

Les textes sont écrits d’avance et récités sur scène, ce qui en aura peut-être refroidi certains, laissant peu de place à la spontanéité. Mais pour évoquer un sujet aussi sensible, le choix des mots semble effectivement important et ne s’improvise pas.

Malgré cela, Chloé Sainte-Marie apparait juste et sincère dans son interprétation, embarquant ainsi la foule sur les terres des Amérindiens, grâce aussi à des projections vidéo des paysages racontés, à dominance verte, faisant contraste avec la tenue et la chevelure rouge flamboyante de la chanteuse.

Les chansons s’enchaînent, le public se laisse bercer sur les ballades comme « Ka Papeikutesht/Le solitaire », ou applaudit spontanément sur les chansons rythmées comme « Ekun Kanipua Kie/Ce doit être ainsi », où Chloé Sainte-Marie sautille à pas de souris, s’approchant des musiciens, Gilles Tessier et Réjean Bouchard, pour partager leurs énergies.

Les accompagnements, denses sur l’album, apparaissent ici épurés, en version acoustique et intimiste, mais l’essentiel de la chanson est là, tout comme l’Histoire.

Le spectacle s’est terminé sur une ovation, un public debout. Conquis.


Le site de
Chloé Sainte-Marie

Texte: Léna Tocquer
Photos: Michel Pinault


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