
Le 11 février 2010.
Voilà plus d’un an, depuis la sortie de « Tous les sens » en avril 2008, qu’Ariane Moffatt applique la méthode Coué, en se répétant inlassablement qu’elle veut « tout, tout de suite et ici ». Et à force d’y croire dur comme fer, ça risque bien de marcher pour la jeune chanteuse pop montréalaise.
Au coeur du quartier bohème et multicolore du Village, l’artiste mise en nomination aux prochaines Victoires de la musique (catégorie « Révélation scène de l’année ») a livré une prestation à la hauteur de son nouveau statut. Désormais, l’ancienne étudiante du Cégep de Saint-Laurent sait qu’elle est attendue au tournant et qu’elle doit défendre son rang à chaque montée sur scène. Preuve en était les rangées de sièges réservés aux médias et autres VIP aux abords de la scène.
Histoire de surprendre, c’est le choix plus intimiste du trio qui avait été retenu. Pour offrir une nouvelle dynamique aux compositions et prendre une pause avec la formule de band, éculée lors de la série de concerts en France. Sur scène, Ariane Moffatt a fait appel à deux amis du Cégep : la Gaspésienne Marie-Pierre Arthur à la basse et Joseph Marchand aux guitares. Au National, presque comme dans son salon, le contexte pouvait difficilement être meilleur.
Le choix de l’intimisme s’est très rapidement avéré ingénieux. Éclairé à la lumière de trois lampes suspendues dans les airs, le trio a dévoilé un tout autre visage aux compositions. Plus épurées, sans artifice de production, elles libéraient une sincérité à fleur de peau.
Derrière son piano, c’est avec « Hiver Mile End » qu’elle a débuté seule, une histoire de déclaration que tout le public s’est appropriée dans un silence religieux. Le National était ensuite littéralement suspendu à ses lèvres sur ses interprétations solo de « Briser un cœur » ou « Imparfait » de Daniel Bélanger. Des moments intenses qu’elle entrecoupait en toute légèreté de petites confessions, comme si elle s’adressait à des proches. Le public était ravi.
Sa complicité évidente avec ses musiciens servait parfaitement le propos de ses titres plus enlevés, comme « Réverbère » ou « La fille de l’iceberg ». Très à son aise sur scène, passant de la guitare à la batterie puis au piano, Moffatt a profité de cette proximité avec le public pour s’aventurer hors de son repertoire. Son penchant indie pop l’a conduite à une reprise de Beck, ses racines pop à un « Man in the mirror » de Michael Jackson en rappel, sans oublier la chanson qu’elle a composée en soutien du peuple haïtien suite à la catastrophe. De la sincérité, de l’énergie, et une formule trio exploitée avec justesse… La France la decouvre à peine sur scène alors que Montréal est venue applaudir une artiste accomplie qui révèle son talent au fil des années.
Texte: Damien Baumal
Photos: Valérian Mazataud





