Leur bonbon, c’est pas de la Tagada ni du Mistral Gagnant. Avec Tue-Loup, le goût du bonbon laisse une trace rouge sang sur le bout de la langue.

Après avoir exploré sa face acoustique et sa face électrique, en (déjà !) huit albums, le gang de la Sarthe confronte aujourd’hui son blues romantique et nerveux au plus célèbre des vampires. “Nous voulions partir de l’origine du romantisme”, raconte Xavier Plumas, chanteur de Tue-Loup. “C’est un sentiment violent. Les premiers romantiques étaient des punks. Le mythe de Dracula, c’est ça.” On mélange ici l’acoustique et l’électrique, le rock rugueux et le blues soyeux. Le jour et la nuit. Ce qui donne une variété inouïe dans la matière sonore. Depuis 1996, Tue-Loup ne s’est jamais figé, contrairement a un public qui s’attend encore à ce triptyque “rock sombre, grands espaces et introspection” qui a fait sa renommée. Non seulement le groupe s’est “électrifié” mais il n’a jamais paru aussi éloigné des contraintes de style. Et pourtant, la personnalité musicale est bien singulière, un peu comme chez Jean-Louis Murat. Xavier Plumas plaisante à moitié : “C’est notre dernière alternative : ne rien s’interdire. Vu le peu de succès que l’on a, il faut que l’on s’excite nous-même”.

Tout avait pourtant commencé de manière tranquille. Le chanteur-guitariste devait composer des musiques pour un disque solo du slameur Rom Liteau. Très vite, l’idée du duo vocal s’impose. Et puis les copains arrivent pour mettre leur grain de sel. A ces deux voix qui alternent et se complètent répondent deux batteries. Thomas Fiancette (membre du groupe ayant fait la moitié des morceaux) apporte la part d’ombre indispensable à tout bon château médiéval. Thomas Belhom (Amor-Belhom, Tindersticks) et ses baguettes aériennes amènent des tonalités plus sucrées et plus lumineuses. Au final, c’est du Tue-Loup comme on aime.

Mais si l’enregistrement s’est fait sereinement, tout le disque est hanté par l’urgence et la dualité. A commencer par la voix solaire de Xavier Plumas là où le Rom Liteau peut se faire terrifiant quand il déclame : “Je m’appelle Vladimir”, alors que la rythmique bluesy se fait lacérer par des guitares furieuses. Les images sont tellement saisissantes que le prénom évoque plus Poutine (pas très sympa non plus dans son genre) que Vlad Dracula, le Prince des Vampires. “L’écriture de Rom est encore plus abstraite que la mienne”, explique Xavier, “chacun peut y trouver plusieurs niveaux de lectures.” Le sexe et le sang, les baisers des vampires : Tue-Loup joue sur les sensations et les faux-semblants. Les jeux d’ombres et les allusions sexuelles se font parfois beaucoup plus explicite. Sur “Le sonnet du trou du cul”, le groupe fait parler Verlaine et Rimbaud, qui explorent toutes les possibilités… et surtout la sodomie. Changement d’ambiance avec le traditionnel “La chanson du Forban”, dont les paroles terribles vous restent dans la tête, grâce à une mélodie doucement démoniaque. “C’est une vieille chanson de marin. Quand j’étais petit, un tonton la chantait tout le temps à la fin des réunion de famille. Je ne comprenais pas toutes les paroles…” Plus loin, sur l’hypnotique “Dès lors”, on a l’impression d’entendre les fantômes de Bashung et Noir Désir en plein milieu des Carpates. C’est là que Tue-Loup surprend, excite et prouve encore son rang de grands princes du rock hexagonal. Difficile de ne pas faire d’allusion salace sur le double sens du bonbon, mais il est aussi bon que les vrais.
Eric Nahon

“Le goût du bonbon” – T-Rec / Anticraft

myspace.com/tueloup


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