A tout moment, le quatrième album d’Eiffel, signe le retour de Romain Humeau et ses acolytes au premier plan. Longueur d’Ondes suate sur l’occasion pour raconter deux années de la vie d’un groupe.

Le message annonce un Olympia et « ce qui sera, peut-être, le dernier concert d’Eiffel sous cette forme. » Après une petite décennie d’un rock lorgnant vers Boris Vian autant que vers les Pixies, Eiffel annonçait sa (presque) séparation. Troisième album en demi-teinte, tournée réalisée dans des conditions bancales puis inévitable rupture avec le label EMI, tout annonçait en octobre 2007 une fin programmée. « L’e-mail a été envoyé pendant les cinq minutes où nous avons pensé à la séparation », explique aujourd’hui Romain Humeau. « Cinq minutes après, nous savions qu’il y aurait une suite. »

L’Olympia en question est complet grâce à la promotion des « ahuris », la communauté d’assidus qui suit le groupe depuis ses débuts, mais Eiffel doit désormais se débrouiller seul. « Si au départ, nous étions dans le do it yourself, aujourd’hui, c’est encore plus le cas », estime Romain. « Cette histoire a quelque chose de très humain, ce sont des personnes qui se retrouvent autour des mêmes choses. Par exemple, avec Nicolas Courret, le premier batteur d’Eiffel, nous nous sommes aperçus que l’on avait évolué de la même manière chacun de notre côté. Il est revenu dans le groupe et pendant l’enregistrement de l’album, ça a été comme à nos débuts. »

A Bordeaux, Eiffel se recentre sur son noyau dur et entame la construction de son home studio. En février 2008, Romain Humeau rassure via son journal de bord (à lire sur le site du groupe) : « C’est Eiffel à longueur de journée. On « assainit » pour repartir dégagés de tout ce qui nous a toujours ennuyé. (…) Et puis on fait comme au rugby, « on travaille les fondamentaux, con » : les chansons. » Depuis Oobik and the Pucks (groupe qui a annoncé Eiffel), Romain a toujours été l’homme orchestre. L’arrangeur de certains des derniers titres de Noir Désir écrit, compose, porte avec sincérité la voix de son groupe, tandis qu’Estelle, sa femme, a toujours été la dame aux claviers, à la guitare, maintenant, à la basse.

Durant les deux ans de vache enragée qui ont mené vers « A tout moment », tout a son importance. La famille et les amis qui ont posé leurs instruments (Clémentine Humeau, la sœur de Romain) ou leur voix (Bertrand Cantat) sur des bouts de l’album, mais aussi ce home studio que l’on construit dans le fond du jardin. « Les chansons sont venues quand j’étais dans les travaux », précise Romain. Fidèle à ses habitudes, le leader d’Eiffel jette beaucoup et laisse mûrir sans limites. «  »Sous ton aile » a été écrite sur cinq mois, alors que des chansons comme « A tout moment la rue » sont venues assez vite. Ce que j’explique simplement : il y a d’un côté les choses plus écrites, plus chanson, et de l’autre des chansons plus pop, qui viennent vite. » La première session au studio des Romanos a lieu à l’automne 2008 ; on y chante « Le temps des cerises »…

Le temps de la signature chez un gros label indé (Pias) vient en mai 2009. « A tout moment » est alors bien avancé, mais « on jette encore des heures d’enregistrements. » Cet album, dans l’exacte lignée des précédents (cf. notre chronique dans le n°51), comporte finalement douze chansons inscrites « dans une tradition orale française ». « Il y a beaucoup de piano, de respirations », appuie Romain. « J’aime les arrangements, mais on ne veut pas en mettre trop, cela ferait tape-à-l’œil. Eiffel doit rester un groupe de rock. » « A tout moment la rue », premier extrait de l’album passe désormais en boucle sur les radios pop-rock et Eiffel vient de remplir le Bataclan et La Cigale. Après deux années à se reconstruire, le groupe inaugure une tournée qui s’annonce déjà longue.

Bastien Brun

« A tout moment » – Pias

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