
Vendôme (41), du 24 au 31 octobre 2009
La route file à travers la Beauce. Plate, atone et pourtant au bout, il y a l’horizon. Et de vagues retours de flamme d’Amérique. Le soleil d’hiver aveugle qui ose le défier. L’ombre des éoliennes défile sur le bitume et les lignes blanches.
Les bosquets isolés ont pris des couleurs. Les bouleaux se sont légèrement dénudés. Les chênes sont dorés. Les herbes folles et hautes asséchées par la chaleur et le froid. Grâce furtive des paysages. La route se fait soudain moins droite. Les champs harassés, labourés de frais cèdent du terrain aux arbres automnaux. On entre dans un monde de rivières, et de replis. Ça ruisselle et ça méandre. Vendôme n’est pas loin !
Lundi 26 octobre – « Comme à la maison »
Rendez-vous était pris à la Porte Saint-Georges. Vestige tenace de l’enceinte médiévale. C’est là que siège l’association Figures Libres. Escalier d’honneur en pierres lisses, puis parquet rêche, brut, pas vraiment verni par le temps. Pas de grand bonjour entendu, mais quelques poignées de main et une poignée de sourires. Chacun vaque. Les organisateurs organisent. Dans trois heures, ce sera le concert-secret. Dans trois jours, une fin de semaine chargée. Jugez plutôt : 27 concerts, dont ceux de Dominique A, Oxmo Puccino, Izia,Karkwa… Pas besoin de montrer sa carte de presse, de signer une quelconque charte. On ne me donne pas de badge, pas de feuille de route, mais on me file une carte de la bonne ville de Vendôme. « Pour l’hôtel ? C’est simple : quand tu sors, tu tournes à gauche. C’est tout droit. Tu verras, ce sera sur ta droite… » Bienvenue. Welcome dans un festival rock à taille humaine.
C’était au numéro 8. En face d’un restaurant marocain. Julie et Romain ouvraient leur appartement aux Rockomotives. L’an passé, le festival organisait un concert dans ses propres bureaux. Là, il s’invite chez l’habitant. Les heureux convives, prévenus dans l’après-midi par texto de l’horaire et du lieu de rendez-vous, ne sont qu’une vingtaine. Ensemble, ils vont refaire le match. (Ré)écouter Marie-Flore et Culture Reject passés dimanche soir au Théâtre du Perce-Oreilles. L’ambiance est tamisée, les coussins jetés au sol. Il commence à faire humide et noir dehors. Et bon, à l’intérieur. C’est donc le cœur palpitant –ce qui vaut mieux- que Marie-Flore et sa guitare se sont présentées devant ce public si proche, dont nulle obscurité ne dissimulait l’humeur. Beauté sylvestre, cachée par un chapeau et un châle démesuré, cette toute jeune femme détiendrait son prénom d’une chanson de Joan Baez. Excellent augure. Que ne démentira pas ce mini-concert. Il y a chez Marie-Flore, une fébrilité et une détermination qu’avait à ses débuts Keren-Ann Zeidel. Ce qui donne à sa folk-rock une tension, une intériorité et une lumière toutes particulières. Il y a aussi un coté un brin comédien, une modestie gênée presque feinte, qui rappelle Cat Power. Mais le temps gommera ce défaut. A la voir sans broncher, dérouler ses chansons et reprendre un titre des Pussycat Dolls, on ne peut que croiser les doigts pour que cette jolie plante éclose sous les meilleurs auspices.
Maître des loops et des samples, Michael O’Connell, a.k.a Culture Reject, a quant à lui, montré toute l’étendue de sa dextérité, de son savoir-faire… et les limites de son écriture musicale. Nul doute que le Torontois domine sa matière. Nul doute aussi que sa voix pourrait se passer d’amplification, que son timbre et son groove émouvraient les granits les plus durs. Mais, Michael O’Connell n’est pas un mélodiste. Victime sans doute de sa virtuosité, il étire ses compositions folk-blues, en répète jusqu’à l’épuisement les trouvailles et les gimmicks. Elles sont autant de grands espaces, de kilomètres à perte de vue. Sans grand relief, presque monotones. Décidemment, on ne compose pas un nouveau « So what » en un claquement de doigts.
Sylvain Dépée
