Tout est comme avant, ou presque. Après une parenthèse solo, Mickaël Furnon revient avec de nouveaux musiciens et un album pop-rock aux textes aussi acides que délurés, et sur lequel on retrouve le son bricolé et électrisant que l’on aime.

Il a sillonné les routes avec sa guitare, a surmonté sa peur d’affronter seul le public, puis est retourné s’enfermer chez lui pour composer. Si son nouveau disque explore une veine moins intime et engagée que les précédents, Mickey n’a rien perdu de son sens dingue de la mélodie.

Les nouveaux Mickey 3D, c’est qui ?

Toujours moi, mais avec de nouveaux musiciens : près d’une dizaine ont joué sur cet album. Trois d’entre eux m’accompagneront sur scène : Cécile Hercule au chant, son bassiste et son batteur. C’est une nouvelle aventure. Je n’avais plus vraiment d’atome crochu avec les membres de la précédente formation.

Nouveau groupe, nouveau départ : pourquoi n’as-tu pas changé aussi de nom ?

Parce que ce disque est vraiment un disque de Mickey 3D : ce sont mes textes, ma musique et mon univers que je partage avec d’autres. Il explore la même veine pop-rock anglaise saupoudrée de chanson française que les précédents. La différence est que nous ne sommes plus un groupe, comme avant, mais un chanteur accompagné de musiciens. C’est pour cela que le « 3D » est désormais entre parenthèse. Mon modèle, ce sont les Cure : les musiciens ont changé au bout de dix ans, mais le projet a continué à l’identique autour de Robert Smith.

Cet album est né dans ta chambre, comme les autres ?

Oui ! C’est ma façon de faire, je n’ai rien changé. J’ai composé une quarantaine de chansons sans trop savoir où j’allais. Je suis dans le bricolage, je m’amuse avec tout ce qui me passe sous la main. Puis j’ai travaillé les titres en studio, toujours dans mon village d’Ecotay, avec mon ingé-son habituel. C’est là que j’ai appelé des amis musiciens en renfort. J’avais besoin de leur fraîcheur et d’enrichir mon univers avec leur son.

Tes nouveaux morceaux sont moins autobiographiques et engagés que les précédents…

En effet : cette fois, je voulais raconter des petites histoires imaginaires plutôt que de parler de social et de politique. J’avais un grand besoin de changement et d’évasion. Je me suis beaucoup inspiré de lectures. « Je m’appelle Joseph » vient par exemple de « Seul le silence », un roman de R.J. Ellory, qui se déroule dans l’Amérique profonde. « Les vivants » sont tirés d’un proverbe des pays de l’Est : « Les vivants avec les vivants, les morts avec les morts, les enfants avec leur mère ». « La fille du cannibale » raconte l’histoire d’une fille qui ramène des hommes chez elle, mais pas pour ce que l’on imagine : son père les cuisine.

Le thème de la mort revient souvent : une obsession ?

Non. J’ai surtout voulu prendre le contre-pied de la « bénabarisation » de la chanson, qui veut que les textes n’abordent que le banal et le quotidien des gens pour chercher une forme d’universel. J’ai tenté à l’inverse de mélanger des morceaux à l’imaginaire débridé, comme « Méfie-toi l’escargot », à d’autres ouvrant la réflexion sur des thèmes comme les relations hommes-femmes ou, c’est vrai, la mort. Je ne veux pas qu’une chanson impose un point de vue, je préfère que chacun y pioche ce qu’il a envie.

Tu portes un regard lucide et dur sur le monde. Ne te décourages-tu jamais ?

Non. Je parle de choses parfois dures, mais je fais partie des 20% de la population qui a l’incroyable chance de vivre de sa passion. Je suis conscient d’être un privilégié, et ça me donne l’envie folle de continuer !

Aena Léo

« La grande évasion » – EMI

www.mickey3d.com

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