Depuis le début du siècle, Caroline Martial et Orion Bouvier délivrent, en vinyle, des bombes vitaminées à la Do It Yourself attitude revendiquée. Leur truc ? Passer le rock’n'roll à la moulinette de l’ordinateur : « A la maison, on travaille avec de vrais instruments, des synthés chinés dans des marchés aux puces, des guitares, des basses, des vieilles batteries…
Puis on finalise les sons dans l’ordinateur. Nous obtenons alors une texture plus actuelle, avec une vraie âme, quelque chose d’assez rock’n'roll mais finalement digital. » Puis Caroline pose sa voix, à la manière d’un instrument, sur les mélodies orchestrées par Orion. Peu à peu, les onomatopées des débuts sont devenus des mots, avec du sens. « Mon écriture est assez spontanée, » indique-t-elle. « J’y mets toutes mes tripes, mais cela n’a rien de politique, juste des sentiments qui me touchent. » Une prise de pouvoir du texte particulièrement visible sur l’album « Black list », notamment avec « Blue screen », le seul morceau où le tempo ralentit. Cela parle de la communication par ordinateur et de sa néfaste influence… Une pause inhabituelle pour un groupe qui se caractérise par une permanente fuite en avant.
Car Kap Bambino, c’est une spirale musicale, « une autoroute, de l’énergie pure, une expérience qui passe par les rythmes frénétiques. » En concert, lancée à une vitesse oscillant entre 120 et 160 bpm, Caroline, intenable et torturée, arpente la scène comme une cour de récréation. Orion a les doigts collé à l’ordi. La prestation est souvent fougueuse, proche de la transe, et sans cesse renouvelée. Vraiment hypnotique, voire hallucinée. « Nous ne prenons pas de drogues… La rapidité de la musique fait que nous arrivons à quelque chose de corporellement vraiment puissant. » Lancé à 200% à la scène comme à la ville, Kap Bambino joue chaque représentation « comme si c’était la dernière », conscient de la chance « miraculeuse » de pouvoir vivre de sa passion à travers le monde tout en étant, enfin, débarrassé des contraintes d’une vie plus ordinaire.
Véritablement obsédante, la musique de ce duo sexy et flashy est à vivre comme une expérience sonore et visuelle unique, mais aussi comme une vraie claque au conformisme musical. Un must.
Patrick Auffret
« Black list » – Wwilko / Because Music / Photo: Matt Irwin





