Syrano Patrick Auffret 400ouv A l’image de son rap qui n’en est pas, le répertoire de ce chanteur-compositeur-auteur-illustrateur se révèle faussement enfantin, vraiment introspectif. On pense à Tim Burton, à ce mélange de clair-obscur et de poésie, à cette façon originale de raconter la vie, quand la réalité se dévoile sous le fantastique. Ainsi depuis 2004, chacun de ses concerts est une invitation en terres syranesques, là où se côtoient des influences aussi multiples qu’hétéroclites (il cite Brel, I am, Björk, Aznavour, Hugo, Elfman…).

Son premier album autoproduit, « Musiques de chambre », révèlera cet éclectisme, mêlant violon, violoncelle, guitare, accordéon et machines à des textes finement écrits. Ecumant les routes depuis lors, 2008 aura été l’occasion pour l’artiste de se consacrer à d’autres occupations. Tout d’abord à des ateliers en milieu scolaire d’où est né « Le grand zappeur », un spectacle jeune public soutenu par les JMF que l’on pourra découvrir en avant-première aux Francofolies de La Rochelle et qui sera décliné en livre-disque dès la rentrée prochaine. Mais aussi les voyages, qui ont fortement influencé « Le goût du sans », nouvel album aux thématiques plus sombres, au propos plus tranché. Si l’élan musical reste ancré dans une tradition populaire et poétique, accordéon et violon répondant toujours présents, quelques changements ont pris place :  » Je voulais depuis un moment intégrer une batterie ainsi qu’une basse au groupe. Le départ de la violoniste m’a décidé à tout changer.Je me suis dit que cela faisait cinq ans que j’étais installé dans mes automatismes sur scène. Cela fonctionnait certes, mais j’avais envie de me mettre en danger, de repartir de zéro. » C’est donc entouré d’un tout nouveau groupe que l’on retrouve désormais Syrano sur scène. Quant au disque, le backing band n’est autre que Debout Sur Le Zinc, amis de longue date qui sont venus prêter main forte dans cette période de transition : « J’avais tout composé, il ne manquait que les instrumentistes. On se connaissait bien et ils m’ont proposé de me filer un coup de main. Je les en remercie! » Désormais réunie, la nouvelle formation arpente déjà les routes depuis le printemps. Et pour les avoir vu, nous le confirmons : c’est une réussite!

A noter que Syrano vient de remporter le Prix Olivier Chappe 2009 succèdant à Alexandre Varlet et Mell ! Ce prix tient son nom du jeune journaliste musical, fortement impliqué auprès des artistes en quête de notoriété, et ayant lutté avec courage, contre une forme rare de cancer. L’Association Olivier Chappe lui rend hommage et poursuit, en sa mémoire, son action. « En concert contre le cancer», une phrase d’accroche chère à sa raison d’être, pour que la rencontre musicale facilite l’échange, et renforce la conviction d’aider à éradiquer la maladie. Chaque année depuis 3 ans, en plus de la date de concert offerte par l’association, le lauréat du Prix Olivier Chappe se donne en concert au profit de la recherche sur le cancer, où sont conviés patients et personnel hospitalier de l’Institut Curie. Concert remise du Prix le 14 octobre aux Trois Baudets, la nouvelle salle de l’émergence musicale francophone à Paris.

http://www.syrano.net http://www.olivierchappe.com

Texte: Caroline Dall’o

Photos: Patrice Normand

Syrano contre le Grand Zappeur

Syrano n’a jamais aimé l’école. Mais il a retenu Cyrano de Bergerac, un homme qui « se battait avec des mots très drôles, différents que ceux que l’on nous apprenait. » A la tête d’une formation hip/hop, le rappeur a déjà sorti deux albums avant d’avoir l’opportunité de mettre en place un atelier d’écriture sur le thème de la télévision avec une classe de CM2.

Une continuité plus qu’un changement de cap : certaines de ses anciennes chansons sont dans ce nouveau spectacle à destination des 6 / 10 ans. Ce cœur de cible est particulièrement captif face au petit écran : «  Chaque enfant passe chaque année en moyenne 800 heures avec son maître, indique Syrano, et 1400 devant la télévision ! » Autant dire que le combat face au grand zappeur est loin d’être gagné. Capuche sur la tête, ce dernier cherche à attirer les enfants devant la télé. Syrano va jouer de ses mots pour l’en empêcher. « Le Grand Zappeur, c’est également moi… Il représente le fait de rester passif devant la télévision. Je ne veux pas forcément dire du mal de la télé mais montrer qu’il y a certaines choses à en tirer, et d’autres à éviter. » Sur scène, un écran géant est dressé.

Les images, plutôt drôles, défilent rapidement et déclenchent rapidement l’hilarité des enfants. Personne ne semble remarquer que le chat n’a que trois pattes…. Le montage, très rapide, ne permet pas de fixer un événement précis. Le grand zappeur veut donc garder les enfants devant la télé mais bientôt l’écran s’éteint. Syrano est déjà sur scène avec Alexandre Lambert, son guitariste fétiche, un ami de quinze ans. Une mise en scène sobre pour permettre au chanteur de déverser à son tour ses textes engagés, forcément engagés. «  Le beau pour le beau, quand c’est vide de sens, cela peut exister, mais je ne conçois pas les choses comme cela. La musique me touche moins quand l’artiste ne fait pas passer de message.

La scène, c’est une tribune. » Alors Syrano ne se gêne pas pour mettre les points sur les « I ». Pêle-mêle, il est question d’anorexie, de voyages, de peuples opprimés et même de Sarkozy. Entre chaque chanson, parfois même pendant, le Grand Zappeur tente de reprendre la main. Les images, des animations comme des scènes de vie réelles, se bousculent et interpellent. Les enfants, surpris par l’abondance de visuels et séduits par la musicalité des chansons, adhérent rapidement sans pour autant forcément comprendre la profondeur du discours. Après 30 représentations, dont beaucoup dans l’Eure (le spectacle a été créé avec L’Abordage, La scène nationale d’Evreux, Les Francofolies de La Rochelle, Bleu Citron et les Jeunesses Musicales Françaises), le spectacle est désormais bien en place.

Il vaut mieux puisque la vidéo est lancée une fois pour toutes en début du spectacle… Un livre-disque sortira disponible en février 2010, et la vidéo visible gratuitement sur le site Internet. Un site où figurent également les paroles des textes, éléments indispensables pour saisir toute la saveur d’un spectacle original qui renouvelle le genre en mettant à la portée des petits les histoires des grands sans pour autant tomber dans la niaiserie.

Texte et photos: Patrick Auffret

http://syrano.net

A écouter en ligne : Syrano

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