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Rita Mitsouko


Initiales RM

Catherine Ringer et Fred Chichin ont accepté de se prêter au jeu du « titre à titre » pour nous permettre d’explorer leur nouveau disque. Mais Catherine prévient d’emblée, avec un sourire malicieux : « Les chansons sont faites pour être entendues, ne comptez pas sur moi pour vous faire des explications de textes ! ».

A la première écoute, on est frappé par le classicisme des nouvelles compo. « Variety » baigne dans un univers pop rock. Mais au fur et à mesure que l’on plonge dans ce nouvel album studio des Rita Mitsouko, on ne peut s’empêcher de penser que les patrons du rock sont de retour. « On voulait des chansons assez courtes et bien balancées », explique Catherine. Et jamais la « Singer Ringer » n’a semblé aussi à l’aise. Sa voix ample et chaleureuse brille sur « Même si », l’un des sommets de ce disque. Impériale et puissante, elle chante, à l’égal d’un Bowie, une déclaration d’amour absolue qui vous lacère le cœur. Même dans l’écriture, dame Ringer se fait plus classique. Si les histoires qu’elle nous raconte laissent toujours place à l’imagination de l’auditeur, la manière de le faire semble plus exigeante : « J’ai essayé de faire quelque chose de plus concis cette fois-ci, de plus ramassé. Il y a moins de jeux de mots, les choses y sont plus claires. Il n’y a rien de bizarroïde à comprendre. » Moins pavé dans la mare que superbe disque adulte et mature, les Rita ne sont pas assagis (il n’y a qu’à les voir sur scène ou être attentifs au clin d’œil grivois de « Ding ding dong » ). Ils offrent de la belle musique avec un son « clair, net, précis qui s’écoute mieux quand c’est fort ». On ne peut qu’approuver cette précision de Fred.

Depuis le dernier enregistrement, le groupe a changé de label pour continuer à travailler avec les mêmes personnes : « C’est un changement dans la continuité. On travaille depuis vingt ans avec Emmanuel de Buretel, il n’y a pas de raison de changer ». Enregistré en partie à la maison, en partie au studio Gang, écrit entre Londres et Paris, « Variety » a été produit par le grand Mark Plati (Bowie, Louise Attaque, Brazilian Girls). « Nous sommes allés vite, en trois mois, se souvient Fred. On avait 17 morceaux, on n’en a gardé que 12, sans remords. J’ai décidé de ne plus me prendre la tête. Quand ça me plait, je garde ! » Ces douze chansons, belles, sereines, joyeusement rock et faussement assagies, ressemblent donc terriblement à leurs auteurs.

« L’amie ennemie »

Catherine : C’est une rencontre avec quelqu’un venu du passé. Le texte est assez clair, écrit sous la forme d’une comptine moderne dans Paris.

Fred : Cette chanson donne le ton du disque. On s’est accordé beaucoup de liberté, mais à l’intérieur d’un cadre classique. C’est l’un des albums les plus fluides que l’on ait fait. Tout s’est enchaîné et quand un morceau sonnait bien, je n’ai pas ressenti le besoin de rajouter quoi que ce soit… Avec Mark Plati, on a bossé de manière pro et décontractée. A mon avis, c’est quand tout baigne que l’on fait les meilleurs disques.

Catherine : On n’a pas forcément besoin d’être torturés pour bien travailler !

Fred : On a beaucoup progressé sur ce sujet. Quand un morceau n’avance pas, on ne s’acharne plus, il dégage ! Et ça va beaucoup mieux comme ça.

« Communiqueur d’amour »

Catherine : C’est dur d’être communiqueur d’amour. C’est difficile à expliquer. C’est l’histoire de quelqu’un qui a une obsession, qui est sur la défensive et qui essaie de s’ouvrir plus aux autres. C’est peut-être la suite de « Y’a d’la haine » ou des « Histoires d’A », allez savoir…

Fred : C’est le premier single qui tourne en ce moment en radio.

« Rêverie »

Fred : Les chœurs de cette chanson font très Bowie. J’aime bien la jouer en concert. D’ailleurs, en ce qui concerne la scène, on va faire pas mal de dates, mais en restant plusieurs jours au même endroit, dans des clubs comme la Boule Noire. J’ai très envie de rester quelques jours à Londres, à Berlin, et de jouer le soir. La tournée n’est pas éreintante, on est plus détendu. Ce n’est pas l’usine, on peut humer l’air du coin, rencontrer des gens… Et les concerts sont meilleurs.

« Berceuse »

Catherine : C’est un genre d’ambiance à la David Lynch. Une drôle de berceuse que nous avait commandé Alfredo Arias. Finalement, il ne s’en est pas servie et nous l’avons gardée pour nous. J’aime bien chanter cette méchante mère. On alterne entre balade et metal.

Fred : Cette chanson, comme le reste de « Variety », est très produite. C’est quelque chose que l’on ne fait plus trop aujourd’hui dans le rock… Ou alors, on produit au mixage par économie. Nous, on s’est embêtés à trouver un son pour chaque instrument.

« Même si »

Catherine : C’est une chanson assez classique, que l’on avait d’abord faite un peu plus grave. C’est un texte sur l’amour, je suis ravie s’il touche. Quant à sa signification, ça reste le mystère des chansons !

Fred : J’aime beaucoup la manière dont Catherine chante dessus…

Catherine : En tant que musicienne, je n’ai jamais cessé de me dire qu’il fallait que je progresse. Fred me coache beaucoup.

Fred : Je t’ai quand même vachement fait chanter différemment au fil du temps… Là, nous avons vraiment beaucoup travaillé les textes pour que ce soit facile à chanter. On a fait des ébauches de textes, puis on a créé les mélodies, ensuite on a finit d’écrire sur les mélodies. C’est pour ça que c’est très musical. On a également insisté sur la manière de chanter. Il fallait que ce soit très détendu pour laisser sortir la puissance.

« Rendez-vous avec moi-même »

Catherine : Là encore, j’aime le côté efficace de cette chanson. Pour notre précédent, « La femme trombone » (2002), nous avions fait beaucoup de morceaux avec des breaks, des instrumentaux. Là, les choses sont plus resserrées. Le texte… on va dire que c’est au cas où l’on se perde un peu de vue…

Fred : Il y a un gros son, mais ça n’est pas noisy. Mark Plati est très bien pour ça, il sait travailler par couches.

« She’s a cameleon »

Catherine : J’ai toujours écrit des chansons en anglais. Il y en a toujours dans nos albums.

Fred : Au départ, on devait faire un maxi en anglais. Il y a des textes que Catherine a écrit en anglais et qui ont ensuite été traduits en français…

Catherine : Et vice-versa. D’ailleurs, on sort aussi une version anglaise de « Variety ». Quand on écrit en anglais, comme sur ce morceau, on joue plus sur le son que sur le sens des mots, c’est un exercice plaisant. Et suivant que je chante en anglais ou en français, ma voix change. On a fait écouter les deux disques à plein de jeunes et beaucoup préfèrent les versions anglo-saxonnes !

Fred : Musicalement, ils préfèrent et trouvent que ça sonne plus rock, mais pour se pencher sur les paroles, ils écoutent la VF.

« Soir de peine »

Catherine : C’est un exemple de ce que nous avons essayé de faire dans une forme d’écriture classique. Une femme attend un rendez-vous… On installe une ambiance et on joue avec.

Fred : C’est vrai pour tout l’album et également en ce qui concerne le visuel. En tant qu’auditeur, j’adore quand le disque est un tout… Pour la pochette, nous avons fait appel à un artiste californien qui s’appelle Emek. Il est perdu dans le désert et difficilement joignable. On lui a envoyé le disque, des photos et des clips et ils nous a fait un dessin que j’adore. Le style me rappelle Moebius et les dessinateurs psyché des 70′s.

« Badluck Queen (Marie-Antoinette) »

Catherine : C’est une histoire de Marie-Antoinette. Une chanson sur une destinée tragique dans un monde qui change… Pas de bol, non ?! Personnellement, je trouve que ce morceau n’est bien qu’en anglais.

« Ma vieille ville »

Catherine : J’aime chanter Paris, je ne m’en lasse pas. Ses rues, son histoire, sa beauté… En même temps, ce n’est pas si facile à vivre au quotidien, mais ça fait aussi partie de son charme. Ca parle de quelqu’un qui revient à Paris après un voyage et qui a cette impression qu’en même temps tout est pareil et à la fois différent. C’est le genre de sentiments que l’on peut tous avoir.

Fred : Je trouve la mélodie vraiment jolie… rêveuse.

« Ding ding dong (screaming at your door) »

Fred : On a voulu faire un son années 80, très dansant. Vu le temps qui passe on peut faire du 60′s, 70′s, 80′s, 90′s et 00′s !

Catherine : Et même 50′s !

Fred : C’est le long solo de saxo qui fait vraiment 80′s. C’est un son que j’aime bien. On a pris un mec qui jouait avec les Rolling Stones.

Catherine : Trois fois rien !

Fred : Mark Plati le connaissait bien. Il a écouté le morceau et a composé et joué sa partie en deux prises. J’aime bien quand tout est fluide comme ça.

Catherine : Et le texte, bucolique, tranche avec les rythmes syncopés. Cette musique est extrêmement joyeuse. C’est la joie de l’aurore, on se réveille super tôt et on a envie de faire l’amour !

« Terminal beauty »

Catherine : S’il y a cinq ans, Fred vous disait qu’il aimait bien System of a Down, vous conviendrez que l’on a de la suite dans les idées : cette chanson est un duo avec son chanteur, Serj Tankian. J’avais envie de chanter avec lui et on a fait ce morceau à distance. Il a été content du morceau, ça le changeait de ce qu’il fait d’habitude ! On y parle de la maigreur des top models sur les podiums. Je l’ai écrit il y a plus d’un an. On en parle beaucoup plus aujourd’hui. Cette maigreur est insupportable, on a l’impression de voir des squelettes…

Fred : Cette chanson est notre préférée. Elle est simple, mais elle a de l’ampleur. Elle est à la fois européenne et américaine. Elle a un petit côté cabaret, Nick Cave ou Screamin’ Jay Hawkins, un rythme à la Bertolt Brecht. C’est très dramatique. Un beau final. C’est Johnny qui nous l’a dit (et il le tenait de Maurice Chevalier) : « Il faut faire une bonne intro, une bonne fin… et entre les deux, tu te démerdes ! »

Eric Nahon

« Variety » – Because Music

www.ritamitsouko.com

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